Fessenheim, « un poignard suspendu au cœur de l'Europe », selon les opposants qui demandent sa fermeture immédiate

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Dans une lettre ouverte à la ministre de l'énergie, plusieurs ONG anti-nucléaires demandent l'arrêt immédiat de la centrale nucléaire de Fessenheim. Déjouant une partie des arguments des pro-nucléaires, ils invoquent plusieurs problèmes de sureté spécifique à la situation géographique de la plus vieille centrale française.

« Votre gouvernement souhaite-t-il être le gouvernement de l'accident ? ». Cinq associations d'opposants au nucléaire, dont quatre ONG locales, interpellent ainsi la ministre de l'énergie dans une lettre ouverte datée du 22 novembre. Ils demandent l'arrêt immédiat des deux réacteurs de Fessenheim en invoquant plusieurs problèmes de sûreté spécifiques au site. Les associations espèrent ainsi convaincre le gouvernement de signer tout de suite un décret d'arrêt de Fessenheim pour raison de sûreté. Une voie plus sûre, selon eux, qu'une promesse de fermeture quelques mois avant des élections présidentielles.

23 réacteurs mis en service dans les 5 ans qui ont suivi le démarrage de Fessenheim

Les associations tentent de justifier la nécessité d'arrêter tout de suite Fessenheim en pointant une série de risques présentés par les deux réacteurs alsaciens. Des risques indépendants de la stricte question de leur âge ou de leur sureté intrinsèque, qui, eux, remettraient en cause la continuité des 56 autres réacteurs français. Comme le pointe Hervé Mariton, député UMP. « 23 réacteurs nucléaires ont été mis en service dans les 5 ans après la centrale de Fessenheim et 46 dans les 10 ans. Si le critère d'âge est appliqué, c'est 40% des réacteurs qui seront fermés d'ici 2022 et 80% d'ici 2027 », note-t-il dans un rapport récent.

Au-dessus de la "plus grande nappe phréatique d'Europe"

Ces deux réacteurs ont été érigés entre 1971 et 1977 sur la « plus grande nappe phréatique d'Europe », soulignent les associations. En cas d'accident grave qui mènerait à la diffusion de matières radioactives dans l'environnement (notamment dans la nappe phréatique), « cela supprimerait la vie pendant 300 ans (durée de dangerosité de certaines particules) dans une des zones les plus peuplées et les plus actives «d'Europe », a affirmé Jean-Louis Basdevant, expert nucléaire.

Un puits en cours de construction pour relier la centrale à la nappe

EDF est d'ailleurs en train de creuser un puits afin de relier directement les réacteurs et la nappe phréatique, afin de fournir une deuxième source de refroidissement des c?urs (qui vient s'ajouter aux eaux du canal qui passe le long de la centrale). « C'est digne des Shadock ! », s'exclame Jean-Louis Basdevant. « Pas besoin de corium [le magma radioactif issu du c?ur qui aurait fondu après un accident] pour aller polluer la nappe ! Pour prévenir la pire catastrophe, on la devance ! ».


Une zone sismique avec fort "facteur d'amplification"

Ensuite, les associations rappellent que Fessenheim est construite dans une zone sismique. « Le tremblement de terre qui a ravagé Bâle, à proximité, en 1356 était de magnitude 6,2 selon les estimations françaises, de magnitude 6,9 selon les Suisses. Nathalie Kosciusko-Morizet a précisé en mars 2011 que Fessenheim est conçu pour résister à un séisme de force 6,7 », soulignent-ils. Selon l'Institut de Physique du Globe de Strasbourg, les couches alluviales sous la centrale, meubles, confèrent un facteur d'amplification très élevé (10) au site », ajoute Jean-Jacques Rettig, président du Comité pour la sauvegarde de Fessenheim.


Risque de vague ou de « noyade »

Construite, pour son point bas, quelques mètres sous le niveau du canal, Fessenheim risque, en cas de rupture d'un des barrages amont ou aval, d'être soit noyée par une vague de 10 mètres (selon les simulations), soit privée de sa source de refroidissement (si le problème surgit à l'aval), ajoutent les opposants à la centrale. Ils incriminent ensuite le « radier », le socle en béton sous la cuve dont l'épaisseur est comprise entre un et 1,5 mètres , selon les endroits. « A Fukushima, le radier était épais de 3 mètres, il a tenu un jour », souligne Jean-Louis Basdevant.

L'ASN partage cet avis puisqu'elle a exigé qu'EDF le renforce avant juin 2013. L'électricien a décidé de construire sous l'actuel radier un réceptacle qui viendrait recueillir le corium, le cas échéant. « Que se passerait-il en cas de séisme » s'interrogent les opposants.

1,6 million d'habitants ont voté contre la centrale

Enfin, « Fessenheim connaît 3 fois plus d'incidents que les autres réacteurs », affirment les associations. "Entre 2000 et 2007, elle en a connu 202 contre 77 pour la moyenne des autres centrales", affirme André Hatz, de Stop Fessenheim.

« Des motions votées par des collectivités locales en Suisse, en Alsace et en Allemagne, représentant 1,6 million de personnes, se sont prononcées pour la fermeture de cette centrale », ont conclu les associations. « Il faut ajouter les 1,2 million d'habitants de la Franche-Comté », a ajouté Alain Fousseret, vice président EELV de la région France Comté, qui a rappelé que sa région avait voté pour la fermeture immédiate de Fessenheim le 25 mars 2011. « Un coup politique », a-t-il admis car UMP et PS s'étaient alors abstenus.

 

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a écrit le 22/07/2013 à 12:14 :
quel article d'apocalypse , alors là , il existe une centrale nucléaire bien plus dangereuse et a proximité de l'Europe , elle alimente a peu près 80% de la population de ce petit pays bien pauvre et avec le meme type de réacteur que Tchernobyl , c'est L'armenie , cette centrale est juste au dessus d'une faille sismique , les arméniens vivent avec le risque , ils le savent , ont'ils peur ? , pas vraiment , mais ils savent que si il y'a problème , ils seront rayés de la carte , cette centrale est aussi dangereuse et les arméniens déplorent que l'écologie s'arrette a l'Europe , chez eux c'est plus dur et puis il y'a la russie qui influence beaucoup la région , mais quand cette centrale aura un gros problème , le nuage c'est vrai s'arrêtera a la frontière , sans compter les arméniens qui viendront chez nous et les pays voisins ? , en apocalypse on peut voir aussi a cet endroit et c'est pas les lieux qui manquent helàs .. esperont que cela ne se réalisera jamais .
a écrit le 27/11/2012 à 6:17 :
Les opposants sont surement des supporters de Gazprom...
a écrit le 27/11/2012 à 4:12 :
http://www.2000watts.org/index.php/energytrend/nucleaire/839-les-lnegociations-secretesr-francaises-autour-du-nucleaire-avec-des-electriciens-chinois.html
a écrit le 25/11/2012 à 11:24 :
Et l'Allemagne qui profite de son électricité? Et les emplois qu'elle offre? Et les revenus qui sont disponible grâce à elle? Et l'électricité alsacienne, d'où vient-elle? Et les commerces alentours, grâce à quoi vivent-ils? Grâce à quoi l'électricité d'Alsace (et de France en général) a-t-elle un prix si bas? Les Alsaciens seraient-ils d'accord d'avoir un parc d'au moins 1000 éoliennes pour remplacer Fessenheim? (Valable pour toutes les autres centrales). Répondez à toutes ces questions avant de foncer dans le tas tête baissée.
a écrit le 23/11/2012 à 15:56 :
2000 Jobs , non 5000 Jobs à Fessenheim ! et qui dit mieux ?
Marrant le reacteur nuc. de ISAR 1 en Baviere emploie moins de 700 (sept cents) personnes ...
Réponse de le 27/11/2012 à 0:22 :
Etonnant.... une liste circule sur 60 000 emplois menacés en 2012, certaines entreprises ont fermé. Cette liste ne mentionne pas les emplois indirects, quelle coefficient devrais je appliquer ?
Réponse de le 27/11/2012 à 0:33 :
Ici, c'est près de 60 000 emplois :
http://s1.lemde.fr//mmpub/edt/doc/20120706/1730466_bd97_emploismenaces.pdf

Quel coefficient dois je appliquer pour les emplois indirects ?
a écrit le 23/11/2012 à 14:57 :
je ne suis pas d'accord avec la fermeture de la centrale tant que l'on na pas trouvé une autre énergie pour la remplacée?en France va ton s'éclairer a la bougie?et se chauffer au feu de bois,et,les gens qui y travaillent,on en fait quoi?

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