Total transformera bien de l’huile de palme en biodiesel

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Total va produire 500.000 tonnes de biodiesel par an sur son site de la Mède (Bouche-du-Rhône)
Total va produire 500.000 tonnes de biodiesel par an sur son site de la Mède (Bouche-du-Rhône) (Crédits : Stephane Mahe)
À l’issue de l’enquête publique et à un an de la mise en service de sa bioraffinerie sur son site en reconversion de la Mède, le pétrolier confirme son intention de recourir majoritairement à de l’huile de palme, aujourd’hui la plus avantageuse sur le plan économique.

La production de biocarburants n'est pas un long fleuve tranquille. Total investit 275 millions d'euros pour transformer en bioraffinerie son site de la Mède sur l'étang de Berre (Bouches-du-Rhône), et continuera d'y employer 250  des 430 salariés présents sur le site jusqu'à fin 2016.

En dehors de la production de biodiesel et de biocarburant pour l'aviation, le site abritera une unité de régénération de résidus maritimes en partenariat avec Ecoslops, une entreprise technologique innovante qui produit du carburant et du bitume léger, ainsi qu'un centre de formation et une centrale solaire de 10 MW, remportée dans le cadre d'un appel d'offres.

Mais les biocarburants représentent un axe fort de sa stratégie : devenir d'ici 20 ans la major de l'énergie responsable. Total écoule déjà 1,8 million de tonnes de biodiesel par an sur le marché français, et ambitionne d'en produire 500.000 tonnes par an à la Mède à compter de mi-2018.

Une technologie capable de transformer tous types d'huiles

Pour cette usine, le pétrolier utilisera une technologie HVO (hydrogenated vegetal oil) développée par IFP Energies nouvelles et commercialisée par Axens qui permet de traiter tous types d'huiles, qu'elles soient d'origine végétale (colza, soja, palme) ou qu'il s'agisse d'huiles résiduelles usagées. A la différence des esters produits à partir des mêmes sources, les HVO ne présentent pas de taux limite d'incorporation dans le carburant conventionnel. Total a  noué un partenariat avec Suez portant sur 20.000 tonnes par an d'huiles usagées. Bien que Total annonce à terme son intention d'en consommer 100.000 tonnes par an, le marché français dans sa globalité ne dépasse pas les 45.000 tonnes. Au-delà du traitement de ces huiles, dont certaines peuvent être très corrosives, les principaux enjeux concernent a collecte et la qualité.

Aujourd'hui, sur les quelque 650.000 tonnes de matières premières nécessaires à la production de 500.000 tonnes de carburant, l'usine est configurée pour traiter de 30 à 40% de ces huiles usagées et de 60 à 70% d'huiles végétales.

Les écologistes vent debout contre l'huile de palme

Sans même remettre en cause le recours à des huiles végétales afin de compléter l'approvisionnement, le recours à l'huile de palme,  particulièrement pointée du doigt pour ses ravages en matière de déforestation en Malaisie et en Indonésie, suscite des inquiétudes, notamment auprès des Amis de la Terre qui les ont exprimées à l'occasion de l'enquête publique qui s'est achevée en avril dernier.

Mais, si le colza s'est beaucoup développé ces dix dernières années grâce à une fiscalité particulièrement favorable, l'huile de palme présente aujourd'hui une équation économique nettement plus intéressante, notamment grâce à un rendement 4 à 5 fois supérieur à celui du colza et 10 fois supérieur à celui du soja. En moyenne, le colza revient 25% plus cher environ que l'huile de palme.

Aujourd'hui, la moitié seulement des 2,9 millions de tonnes de biodiesel consommées en France sont produites sur le territoire français à partir de ressources françaises. L'autre moitié se compose soit d'importations de carburant, soit de la transformation de matières premières importées, dont 350.000 tonnes d'huile de palme, soit 13,7% du marché (contre 83% pour l'huile de colza).

Total s'approvisionnera en fonction des disponibilités sur le marché, du prix, des qualités requises et de la réglementation en vigueur, mais si aucune mesure ne vient rétablir la compétitivité du colza produit en France, le pétrolier pourrait donc décider de s'approvisionner exclusivement en huile de palme pour 60 à 70% de sa production. C'est d'ailleurs sur cette base économique qu'est calculée la rentabilité de la bio-raffinerie. Mais cela doublerait les importations françaises, au grand dam des associations écologistes.

De son côté, le Parlement européen a adopté le 4 avril dernier une résolution invitant l'Union européenne à cesser progressivement d'utiliser les biocarburants issus d'huiles végétales d'ici 2020 et à établir une certification unique pour l'huile de palme durable.

La première génération en question

Quelle que soit la matière première utilisée, le marché des biocarburants (qui au niveau mondial représente 3,6% des volumes et connaît une croissance annuelle de 5% pour le bioéthanol et 11% pour le biodiesel) est suspendu à la réglementation. Aujourd'hui, la directive européenne sur les énergies renouvelables vise 10% d'énergies renouvelables dans les transports en 2020. La France, qui a déjà atteint 7%, s'est fixé un objectif de 15% en 2030. C'est dans ce cadre que se sont multipliés les projets industriels ces dix dernières années. Mais un projet de nouvelle directive sur les énergies renouvelables propose de ramener ce taux à 3,8% en 2030. En cause : le bilan carbone des biocarburants « de première génération » (issus de matières premières susceptibles d'être transformées en nourriture, sucres et huiles), qui serait selon certaines études pire encore que celui des énergies fossiles, en raison des changements d'usage des sols induits. Mais les industriels qui se sont engouffrés dans la production de première génération, dont Total, comptent bien profiter des deux prochaines années qui nous séparent de l'adoption définitive de la directive pour se faire entendre. Le syndicat des énergies renouvelables (SER) est vent debout contre ce projet et la FNSEA se serait récemment exprimée à ce sujet auprès de l'exécutif.

Un bilan carbone de 50% meilleur que le pétrole

Aujourd'hui, 97% des biocarburants en circulation dans le monde sont de première génération. Total, l'un des partenaires du projet BioTifueL à Dunkerque, qui consiste à transformer en biogazole et biokérozène de la biomasse lignocellulosique, est bien placé pour connaître les freins financiers de la deuxième génération.

Le pétrolier rappelle d'ailleurs que la réglementation en vigueur depuis le 1er janvier dernier n'autorise que les biocarburants, dont le bilan carbone (sur la base d'une analyse du cycle de vie allant de la culture de la plante jusqu'à la combustion du carburant, ou « du puits à la roue ») est d'au moins 50% meilleur que celui d'une énergie fossile. Tous ses biocarburants seront dûment certifiés e concernant l'huile de palme, Total promet de ne travailler qu'avec des fournisseurs certifiés et labellisés RSPO (roundtable for sustainable palm oil). Pas sûr que cet argument suffise à calmer l'opposition des écologistes locaux, voire au-delà...

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