Quand l'autopartage débarque dans les flottes d'entreprise

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Une voiture d'entreprise qui n'est pas partagée, peut rester 95% de son temps seule dans un parking. L'autopartage doit permettre d'optimiser l'utilisation de ce qui reste un actif aux yeux des gestionnaires de flottes...
Une voiture d'entreprise qui n'est pas partagée, peut rester 95% de son temps seule dans un parking. L'autopartage doit permettre d'optimiser l'utilisation de ce qui reste un actif aux yeux des gestionnaires de flottes... (Crédits : Décideurs en région)
Avec la loi sur la transition énergétique, les entreprises sont encouragées à proposer des solutions d'autopartage à leurs salariés. Au-delà de la bonne intention environnementale et sociale, elles y voient aussi un important gisement d'économies...

Les nouvelles mobilités n'ont pas encore épuisé toute leur imagination. Et voici qu'une nouvelle frontière s'ouvre avec l'autopartage des voitures de flottes d'entreprise. L'enjeu est immense tant les flottes d'entreprises représentent une part de plus en plus importante du parc automobile national. Sur les seules ventes neuves, elles assurent désormais plus de la moitié des immatriculations annuelles en France.

Pour les entreprises, c'est une opportunité d'optimiser les coûts, mais également d'améliorer les conditions de travail des salariés.

"L'évolution réglementaire conduit les entreprises à aller plus loin dans les plans de déplacement de leurs salariés. Le covoiturage et l'autopartage sont des systèmes qui doivent leur permettre d'améliorer les solutions proposées aux salariés", explique Bernard Fourniou, directeur de l'observatoire de la voiture d'entreprise.

Chez iDVroom, on estime que le développement de l'autopartage est un véritable gisement de croissance. "Il y a 19 millions de personnes qui se rendent quotidiennement au travail en voiture, dont 72% en auto-solisme", observe Frédérique Ville, directrice générale de la filiale de la SNCF spécialisée dans le covoiturage.

Les clés virtuelles arrivent au bon moment

A partir du 1er janvier 2018, la loi sur la transition énergétique obligera effectivement les entreprises à développer des solutions de déplacement des salariés qui favorisent les transports alternatifs à la voiture individuelle. Tous les leviers seront alors utilisés pour améliorer et optimiser la contrainte du trajet domicile-travail : vélo, aménagement des horaires de travail, encouragement à habiter à proximité... Et bien entendu, l'autopartage. En l'occurrence, il s'agit d'en finir avec les attributions individuelles de voitures d'entreprises, et de les mettre en partage à l'ensemble des salariés. En clair, si un collaborateur veut utiliser une voiture en 10h et 12h, il devra la réserver, tandis qu'un second pourra utiliser ce même véhicule entre 13h et 14h, par exemple.

Pour les gestionnaires de flottes, cette idée n'allait pas de soi. Il fallait revoir les process car assurer les retours et les départs de voitures, leur calendrier, et surtout la remise des clés, nécessitaient de lourdes contraintes logistiques et humaines. L'arrivée des clés virtuelles qui permettent de déverrouiller et démarrer une voiture grâce à une application smartphone, a grandement facilité les choses.

Les salariés, plutôt enthousiastes, surtout les jeunes

En interne, on pouvait craindre un débat sur un sentiment d'un déclassement des privilèges. Il semblerait, en réalité, que l'idée est relativement bien reçue des salariés. "Les salariés voient d'un bon œil les solutions de partage des voitures. Ils sont très sensibles au fait d'agir pour l'environnement. Ils tiennent seulement à garder leur flexibilité", juge Frédérique Ville. De son côté, Bernard Fourniou estime qu'il y a toutefois une réserve générationnelle : "Six gestionnaires de parcs sur dix interrogés dans le dernier Baromètre OVE-CSA estiment que la voiture de fonction est encore considérée comme une récompense à laquelle sont attachés les collaborateurs. Ce n'est donc pas cette population qui va changer, mais les nouvelles générations. Une étude de PwC confirme d'ailleurs que seulement 4% des jeunes diplômés voient la voiture de fonction comme un avantage". Pour Guillaume Crunelle, associé chez Deloitte et expert de l'industrie automobile, "il y a une évolution sociétale. Après le bureau partagé, qu'on appelle l'open space, il y aura désormais la voiture partagée". Ajoutez à cela, enfin, que le parc bénéficiera à beaucoup plus de salariés, dont certains qui n'étaient alors jusque-là pas éligible à un tel avantage.

Des gains économiques substantiels à la clé

C'est sur le volet économique que les yeux des entreprises vont sûrement briller. Les entreprises espèrent des gains substantiels en généralisant l'autopartage, surtout pour les plus grandes flottes. Elles passeraient ainsi d'une voiture par collaborateur, à plusieurs collaborateurs par voiture. "L'idée est assez logique, un parc automobile est un actif qui a un coût, améliorer son taux d'utilisation est un levier de meilleure rentabilité", note Guillaume Crunelle, et de résumer : "la voiture qui coûte le plus cher, c'est la voiture qui ne roule pas". A l'observatoire du véhicule d'entreprise, on note effectivement qu'une voiture d'entreprise reste immobilisée dans un parking entre 90 et 95% de son temps. La conséquence pourrait donc être une réduction des flottes. Faut-il pour autant s'inquiéter d'un impact sur le marché du neuf ? Pas nécessairement ! Au contraire même, si l'on en croit Bernard Fourniou  de l'observatoire du véhicule d'entreprise qui juge qu'avec une utilisation plus intensive, "le renouvellement des parcs pourraient être plus fréquents".

Autre conséquence bénéfique pour les constructeurs, les achats de flottes pourraient être réorientés vers des segments supérieurs. "L'auto-partage pourrait avoir une incidence sur la typologie des véhicules achetés puisqu'ils devront répondre à tous les usages", souligne Guillaume Crunelle.

Les start-ups, trop petites

Mais pour l'heure, l'autopartage en entreprise en est encore à ses balbutiements. Paradoxalement, il n'est pas dit que les start-ups pourront préempter cette nouvelle activité. "Les start-ups qui viennent de l'univers des usages et qui veulent appliquer leur recette au monde des flottes d'entreprises devront monter en compétence. Elles devront en outre avoir une bonne surface financière", explique Guillaume Crunelle, du cabinet Deloitte. Autrement dit, gestionnaire de flotte reste une activité très capitalistique où il faut être capable d'acheter et maintenir une flotte de véhicules. De plus les marges seront très serrées, il sera donc nécessaire de faire du volume pour espérer survivre. Ainsi, la mise de départ risque d'être conséquente et prohibitives pour les jeunes pousses.

En réalité, les start-ups espèrent se greffer dans des solutions d'autopartage des grands gestionnaires de flottes, à l'image d'iDVroom qui souhaite proposer aux gestionnaires de flottes de passer par eux pour proposer du covoiturage à leurs salariés. D'ailleurs, dans l'esprit de la loi de transition énergétique, l'autopartage n'a de sens qu'il autorise le covoiturage, ce que nombre d'entreprises entendent rendre obligatoire.

Les grands gestionnaires pourraient donc rester incontournable. Arval, ALD ont déjà lancé des offres d'autopartage. Ocean, filiale d'Orange, qui gère 110.000 voitures dont le parc le plus important de France (Orange), vient de lancer son offre d'autopartage. Pour cela, Ocean a consenti à d'importants investissements : nous "avons investi d'importantes ressources humaines en R&D pour que cette nouvelle offre puisse enfin voir le jour", explique Olivier Picard, patron d'Ocean.

En attente d'un coup de génie

Car l'expertise ne s'improvise pas. Il est nécessaire de mettre en place des process précis sur la gestion des ressources, les contraintes de maintenance et de logistique, mais également sur une prévision dynamique des disponibilités... Cher et complexe, le ticket d'entrée dans la gestion de flotte reste donc élevé. Mais, il ne faut pas sous-estimer l'imagination disruptive des start-ups... Reste à attendre l'idée de génie !

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Commentaires
a écrit le 14/12/2016 à 22:28 :
Plus largement c'est la mobilité partagée qui doit gagner du terrain: auto-partage + vélo-partage en entreprises et collectivités permettent de changer les habitudes de déplacement.Les usages évoluent fort heureusement et la situation anachronique d'une voiture individuelle pour faire 10 km aller et 10 km retour seul doit rapidement disparaître. On a tous (tout) à y gagner: santé, économie,bien-être, qualité de vie
a écrit le 13/12/2016 à 18:07 :
"il y a une évolution sociétale. Après le bureau partagé, qu'on appelle l'open space, il y aura désormais la voiture partagée". Je reste dubitatif devant cette assertion : autant la voiture partagée peut effectivement donner lieu à consensus, autant le bureau partagé est une autre affaire qui fait des "ravages" sociaux dans nos entreprises. Il convient ici de ne pas tout mélanger.
a écrit le 13/12/2016 à 10:32 :
Très bon publireportage.
L'objet d'une voiture de société est de permettre de rentrer chez soi le soir avec.
Donc sur les x personnes qui se partageraient le véhicule, qui aura cette chance ?
L'intérêt serait plutôt de faire du covoiturage avec des personnes hors la société mais là il n'y a rien à gagner...
a écrit le 13/12/2016 à 8:50 :
Que les entreprises voient là une bonne occasion de faire des économies structurelles est logique puisqu'en effet elles ont toutes à y gagner, par contre il est évident que les sociétés d'assurance vont faire la gueule elles et comme c'est la finance qui décide de tout dans le monde cela m'étonnerait que l'ont voit cette bonne idée se généraliser.

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