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Régulation financière : que peut faire le G20 ?

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Par Nicolas Véron, économiste au Centre de réflexion européen Bruegel

Le sommet de Londres, le 2 avril prochain, sera la seconde réunion tenue au niveau des chefs d'Etats et de gouvernement par le G20, ce format de discussion qui représente deux tiers de la population du globe et neuf dixièmes de son activité économique. La précédente session, le 15 novembre à Washington, n'était qu'une mise en jambes.

Les pays du G20 doivent désormais affronter une crise qui a changé de nature, débordant largement le secteur financier avec une récession violente, un effondrement du commerce mondial, une montée en flèche du chômage, et la déstabilisation macroéconomique de nombreux pays, dont certains au sein même de l'Union européenne. En outre, ce sera la première grande réunion internationale pour Barack Obama. Inévitablement, les marchés seront suspendus au résultat des discussions. Le G20 n'a pas droit à l'erreur.

Mais quel succès peut-il espérer ? Il n'a guère de prise sur plusieurs des grandes questions du moment. Les politiques budgétaires ne peuvent pas être coordonnées dans un groupe aussi vaste et hétérogène. De même pour les politiques de change, qui appellent un forum plus restreint. Le sauvetage des banques reste une responsabilité nationale, tout au plus régionale dans le cas de l'UE. Sur les sujets de court terme, le G20 ne peut produire pour l'essentiel que des exhortations, certes utiles, notamment à ne pas sombrer dans le piège du protectionnisme.

Le sommet de Londres devra donc se concentrer sur les enjeux de moyen terme. Malgré les urgences du moment, ceux-ci sont essentiels. La crise sera longue, et le bateau des institutions mondiales doit être réparé en même temps qu'il traverse la tempête. Le G20 doit restructurer le système existant à marche forcée, pour le rendre pertinent dans un monde devenu multipolaire.

Le premier de ces enjeux, la réforme du FMI, a aussi des aspects très immédiats, car les ressources du Fonds sont sous-calibrées face à la tourmente qui s'annonce. Pour que les grands émergents cessent de s'y sentir marginaux, les Etats-Unis doivent renoncer unilatéralement à leur droit de veto, et les Européens à leur surreprésentation. Si ces gestes sont annoncés le 2 avril, la Chine et d'autres pourraient contribuer rapidement au renforcement des moyens d'intervention. Or, il est vital que le FMI soit suffisamment fort pour intervenir partout où c'est nécessaire, y compris en Europe.

Le G20 devra également accélérer la transformation d'autres institutions. Le forum de la stabilité financière mais aussi le comité de Bâle sur la supervision bancaire, au centre des débats sur la procyclicité des politiques prudentielles, devraient inclure la Chine pour conserver leur autorité dans un monde où trois des cinq premières banques mondiales par la capitalisation ont leur siège à Pékin.

En matière de comptabilité, le G20 devrait prendre acte de la réforme (imparfaite) de l'IASB annoncée en janvier, et surtout se préoccuper de la cohérence internationale actuellement insuffisante dans la mise en œuvre des normes. Il devrait aussi entamer une réflexion de moyen terme sur la supervision des acteurs financiers mondialement intégrés, comme les agences de notation, les principaux réseaux d'audit et les grandes banques d'investissement. Ces pistes centrées sur les questions de gouvernance sont bien mieux adaptées à la nature politique du G20 que les sujets détaillés de régulation financière, qui formaient l'essentiel de la déclaration du sommet de novembre.

Enfin, le G20 pourra utilement progresser sur la question des paradis fiscaux, enjeu d'équité et condition préalable pour envisager des hausses d'impôts sur les plus fortunés.

Un tel programme suffira-t-il à satisfaire la nervosité des marchés ? Sans doute, car ces derniers attendent des avancées concrètes, même limitées, plutôt que des soufflés rhétoriques sur le sauvetage du monde ou la refondation du capitalisme. Ils se sont résignés à dépendre des responsables politiques, mais sans pour autant les tenir en haute estime. C'est pourquoi le G20 doit faire preuve de modestie en ciblant son action là où sa valeur ajoutée est réelle.

S'il y parvient, il pourra s'imposer comme un format durable de coordination des institutions mondiales économiques et financières, dont le nombre et le rôle pourraient s'accroître fortement avec la crise. Sinon, il pourrait n'être bientôt plus qu'un souvenir, celui d'une étape fugace dans la déroute de la mondialisation.

n.veron@bruegel.org

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