L'innovation mérite-t-elle une mise en examen ?

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Jean-Christophe Tortora, Président de La Tribune. / DR
Jean-Christophe Tortora, Président de La Tribune. / DR (Crédits : DR)
Publier une opinion dont le ton et la forme déplaisent à une entreprise peut encore conduire un média français devant la justice. La Tribune en a fait l’expérience la semaine dernière.

Une tribune de Nicolas Colin consacrée à l'innovation dans le secteur des taxis, publiée d'abord sur son blog puis sur latribune.fr, a suscité l'ire de Nicolas Rousselet, patron du groupe G7, qui a attaqué notre média, et obtenu ma mise en examen pour diffamation, ainsi que celle de l'auteur du texte.

Cette réaction peut étonner de la part du fils d'André Rousselet, homme de presse et innovateur qui a fondé le quotidien InfoMatin, Canal+… et le groupe G7, à la tête duquel il a installé son fils, Nicolas, en 2006. Mais elle en dit long sur la nervosité de ce dirigeant et sur sa répugnance à laisser s'ouvrir un débat sur la concurrence dans son secteur.

En position dominante à Paris depuis la reprise de Taxis bleus, souffrant d'une mauvaise image chez les clients français et étrangers, le groupe G7 découvre ces temps-ci les joies de la concurrence sur deux fronts : celle des nouvelles sociétés de VTC, comme Uber, et celle des start-up qui proposent des applications mobiles permettant aux chauffeurs et clients de se mettre en contact facilement et - horreur! - gratuitement.

De quoi réjouir les taxis indépendants sous le joug des tarifs élevés imposés par le groupe G7. La thèse de Nicolas Colin, qui lui appartient, est que la résistance de G7, qui fait un lobbying intense pour imposer une loi obligeant les VTC à respecter un délai de quinze minutes pour prendre un client (finalement suspendue pour l'instant par le Conseil d'État), est en quelque sorte l'incarnation d'une France frileuse face à l'innovation.

Aurions-nous donc dû censurer Nicolas Colin pour plaire à Nicolas Rousselet ? La Tribune est un média économique indépendant, qui promeut l'innovation, l'entreprise et le développement des territoires. Notre journal vit lui-même dans un écosystème bousculé par de nouveaux acteurs disruptifs sur Internet. Notre réponse a été d'innover en basculant au format numérique* et en cherchant un nouveau modèle économique. Pas en réclamant à Google un délai avant de référencer nos articles!

Présent dans de nombreuses régions françaises, notre média plaide autant pour la liberté d'entreprendre que pour des formes nouvelles d'économie alternative et pour une régulation qui tienne compte de l'intérêt des consommateurs et des citoyens.

Sa liberté de ton et l'ouverture constante de ses colonnes au débat d'idées l'ont toujours distingué dans le paysage de la presse économique. Cela peut irriter certains dirigeants, mais ce choix est - et restera - à la base des valeurs de sa rédaction et de sa ligne éditoriale.

Depuis sa création en 1985, La Tribune a toujours été en faveur d'une information économique pertinente, mais au ton impertinent. Notre site a été à l'origine de la naissance du mouvement des « pigeons » contre la surtaxation des plusvalues mobilières dans le PLF 2013. À ce que l'on sache, François Hollande n'a pas porté plainte…

La réaction du patron de G7 ne peut que renforcer nos convictions et inciter notre rédaction à poursuivre son travail. Ce sera le cas en particulier dans le domaine de la ville intelligente, un secteur passionnant et riche en opportunités, qu'il s'agisse de G7, de ses concurrents VTC ou de tous les nouveaux business naissant dans ces éco systèmes changeants que sont les métropoles.

Dans une période incroyablement difficile pour la presse et où est remise en question la survie d'une information indépendante de qualité, elle nous rappelle l'importance de la mission d'informer et d'encourager les acteurs de l'économie à innover, que ce soit avec ou contre ceux qui, dans les périodes de changement, pensent leur entreprise comme une forteresse assiégée.

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* Le format numérique de La Tribune a démultiplié le nombre de nos lecteurs, 1,8 million de visiteurs uniques dans la dernière enquête Médiamétrie.

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Commentaires
a écrit le 29/04/2014 à 10:22 :
Le problème n'est-il pas résumé à la licence de taxi obligatoire et excessivement cher ?
a écrit le 12/04/2014 à 9:15 :
Quand on raconte des conneries on doit assumer!!
Réponse de le 13/04/2014 à 2:11 :
Pierre, conducteur de Taxi :)
Réponse de le 16/04/2014 à 23:49 :
Hahaha !
Très bon, David ;)
a écrit le 12/04/2014 à 9:07 :
Prêt à sacrifier la liberté d'opinion pour conserver sa rente. Belle mentalité !
a écrit le 12/04/2014 à 8:31 :
Tout à fait d'accord ! Il y a des gens en France qui essaye de faire avancer les choses. Une partie de ce processus aura lieu lors du TEDx du 29/4 prochain. Allez voir, çà fait toujours du bien un peu d'agilité intellectuelle prospective !
www.tedxissylesmoulineaux.com
a écrit le 12/04/2014 à 0:19 :
France, pays de rentier ! Cela signifie la mise sous verrou des secteurs d'activités, la protection par connivence réglementaire plutôt que la mise en concurrence par innovation
a écrit le 11/04/2014 à 17:59 :
Bonjour,
Pourquoi ne pas innover dans votre façon de vous défendre?
On connait les pétitions par internet, pourquoi ne pas lancer les témoignages par internet?
En effet, il ne peut y avoir diffamation que s'il y a mensonge. Or nous sommes quelques millions à pouvoir témoigner que dans la vraie vie (pas dans la vie des hauts magistrats, dans la nôtre) ce qui a été écrit se vérifie chaque jour.
Lancez un appel aux témoignages, nous établirons la vérité et votre adversaire devra apprendre à gagner de l'argent par ses propres moyens (i.e. autrement qu'en attaquant en justice ou en se donnant la peine de naître...)
a écrit le 11/04/2014 à 15:48 :
Vous expérimentez les limites de la liberté d'expression sur des sujets relativement mineurs. Peut être cela vous servira t'il de leçon afin de ne pas aboyer avec la meute quand un prochain Dieudonné viendra à son tour dénoncer des comportements iniques d'un tout autre niveau qu'un probleme de Taxis.

A bon entendeur...
Réponse de le 12/04/2014 à 3:28 :
Dieudonné comme référence ? Merci de donner des arguments précis sur ce à quoi vous faîtes référence car moi j'ai entendu quelqu'un de pas sérieux du tout : Dieudonné et préfère nettement le sujet évoqué par le Tribune et qui n'a rien de mineur.
Réponse de le 12/04/2014 à 12:22 :
Tarifs du zoo de Vincennes : 22 euros pour les adultes, 14 pour les enfants et gratuit pour les journalistes ! peut être que les journalistes, grassement nourris aux subventions et exonérations de toutes sortes doivent payer plein pot chez G7 ?
Réponse de le 16/04/2014 à 23:56 :
Mais voyons, Oups !
N'avez-vous pas compris qu'ils sont donnés en pâture aux lions et autres animaux sauvages ?
Tout le monde le sait. C'est pour cette raison que c'est gratuit pour eux.
a écrit le 11/04/2014 à 14:10 :
Tant que les taxis feront preuve d'intolerance vis a vis de la concurrence, je vous engage a ne plus les prendre, meme si leur service est satisfaisant.
Nous avons parfaitement le droit de boycotter les privileges royaux, en tout cas a titre individuuel.
a écrit le 11/04/2014 à 13:44 :
Bravo, ne vous laissez pas intimider. Et vous avez raison, cela en dit long sur la nervosité de la profession.
a écrit le 11/04/2014 à 13:27 :
Votre journaliste a eu parfaitement raison: il faut s'attaquer aux professions qui disposent de privilèges -à cet égard on est toujours dans l'ancien régime.
Et commençons par boycoter les taxis en général et G7 en particulier!
a écrit le 11/04/2014 à 12:55 :
En tout cas, continuez comme ça, c'est ce qui fait votre charme. Avoir la possibilité de lire dans vos colonnes des articles innovants est une excellente chose ; même si parfois on a l'impression que des gens viennent y vendre leurs produits. Il y en a un peu marre des resucées des dépèches AFP ou des articles qu'on sent en prise directe avec la pensée gouvernementale !
a écrit le 11/04/2014 à 12:29 :
Quand le marketing ne suffit pas à laver les cerveaux, les puissants sortent l'armada des juristes pour faire taire les voix qui dérangent. çà sent mauvais. Commençons par boycotter G7.
a écrit le 11/04/2014 à 10:54 :
très bonne réaction de la tribune.

la chronique était fort instructive aussi.

faisons comme à londres
a écrit le 11/04/2014 à 10:18 :
Mise en examen ne veut pas dire condamnation. Il me parait plus que normal qu'une personne (physique ou morale) puisse porter plainte (y compris pour tout et n'importe quoi). A la justice de décider si c'est légitime ou non et d'éventuellement punir la plainte abusive. A la justice de décider une mise en examen ou non. A la justice de décider s'il faut condamner ou non. Au condamner de faire appel ou non.

Donc oui, si la justice le décide, publier une "opinion" peut légalement amener une mise en examen et ***éventuellement*** une condamnation. On est responsable de ses propos/écris journaliste ou non.
Réponse de le 11/04/2014 à 10:54 :
certes il existe la liberté de porter plainte, mais on a vraiment l'impression qu'il est de plus en plus difficile dans ce pays de s'exprimer sans devoir s'en expliquer devant les tribunaux.
Dans ce cas précis peut-être qu'à son tour la tribune devrait demander justice pour plainte abusive !...
Réponse de le 11/04/2014 à 11:02 :
De ce que je comprends, il y a eu plainte : cela semble "osé" de la part du plaignant (je n'ose être plus franc, de peur de me faire attaquer par cet "industriel" qui semble plus enclin à attaquer ses opposants qu'à servir ses clients ...), mais il a le droit de se plaindre. Par contre, que la justice décide d'une mise en examen me semble extrêmement problématique et "anormal". Espérons que la justice acquitte ce journaliste, pour que l'on ait encore le droit de publier des opinions !!!
a écrit le 11/04/2014 à 9:33 :
Comme la fonction publique, les monopoles taxis, sncf, ratp, edf, notaires, huissiers, magistratures, pharmacies, syndicats publics, etc non content de le ruiné prennent en otages notre pays ainsi va la France vers son déclin...
Réponse de le 11/04/2014 à 10:21 :
Posez vous une question : quelle est votre responsabilité personnelle dans tout ça ? Avez vous "bien" voté (si jamais vous avez voté) ?
Réponse de le 11/04/2014 à 13:53 :
@Pauv'France. Se plaindre est stérile. Il faut agir et prendre ses responsabilités. Certes, seul on se sent impuissant. Mais seul, on l'est quand on le veut bien.
Alors oui, il y a de nombreux abus de la part de certains, politiques, chefs d'entreprises, syndicats, salariés... Mais le monde est ainsi fait qu'il y a partout des bons et des mauvais. Aux bons de se regrouper pour limiter la nuisance des mauvais. C'est d'autant plus facile que les mauvais ont généralement du mal à s'associer entre eux, par crainte de se voir "roulé" par ses congénères...

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