Education : vers un enseignement du (et avec le) numérique

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Comment refonder la pédagogie, à l'heure du numérique? Par Alain Goudey, Professeur Associé de NEOMA Business School

J'ai la conviction qu'aujourd'hui, un professionnel ne saurait être complet sans un juste équilibre entre compétences techniques, créativité et appétence pour le numérique... Et pour mener notre jeunesse à cet idéal, et qu'enfin la France entre des deux pieds dans le Nouveau Monde, il apparaît nécessaire de faire bouger notre système éducatif aujourd'hui peu adapté au monde du 21ème siècle.

Le système nous programme à répéter


Dans le monde d'aujourd'hui, il n'y a que rarement une unique solution pour résoudre un problème donné. Pour autant, nous n'habituons pas nos enfants à oser, créer, transformer, essayer, se tromper, retenter, s'adapter, etc. L'Ecole ne stimule que trop les aires cérébrales rationnelles et cognitives et trop peu les aires intuitives et créatives.

Dans le monde d'aujourd'hui, nous pensons les jeunes à l'aise avec les technologies. Néanmoins, je rencontre régulièrement de futurs ingénieurs perdus autour de réflexes basiques de sécurisation informatique, ou encore de futurs communicants en errance sur leur présence digitale. Il est nécessaire d'accompagner la jeunesse dans la découverte de cet océan technologique dont le déploiement actuel semble sans limite.

Dans le monde d'aujourd'hui, nous oublions l'humain au profit de la performance mécaniste et n'apprenons à nos enfants qu'à répéter des gestes et trajectoires (qui n'existeront plus demain) ! On sait pourtant que le plaisir, le jeu et l'implication de l'apprenant sont de puissants leviers d'apprentissage.

Désormais, le quotidien d'un Professeur doit être de former des étudiants à des métiers qui n'existent pas encore mobilisant des technologies pas encore été inventées pour résoudre des problèmes que nous ne nous sommes pas encore posés ! Selon le Forum Economique Mondial, en 2020 un bon professionnel devra mêler analyse critique, créativité, intelligence émotionnelle, flexibilité cognitive et aptitudes à travailler en groupe.

En parallèle de cela, il s'avère que l'Ecole n'est plus la seule dépositaire du savoir et de l'information, que les avancées technologiques sont plus rapides dans la sphère privée et que l'innovation technologique a favorisé l'émergence d'acteurs nouveaux mondialisés. Ainsi le MIT dès 2001 a lancé l'Open CourseWare en donnant accès gratuitement à ses cours (slides, captations de cours, examens, etc.). Depuis 2008, de nombreux MOOCs ont été créés par les établissements de l'enseignement supérieur et sont accessibles sur des plateformes telles que Coursera, Udacity... Les acteurs de la formation professionnelle suivent également cette tendance de la digitalisation. La Code Academy ou encore la Khan Academy sont apparus pour proposer des cours de programmation pour la première et de toutes les matières du secondaire pour le second. Enfin, de nombreux experts utilisent Youtube pour diffuser de la connaissance gratuitement ou Udemy pour le faire en étant rémunérés à la hauteur de leur audience. L'information, en dehors de structures d'enseignement, est abondante, accessible, simple d'accès et souvent gratuite.

La pédagogie doit évoluer grâce à la technologie

L'évolution de la pédagogie est absolument nécessaire pour la personnaliser, la rendre plus participative inductive et ludique afin de permettre aux individus d'apprendre à apprendre, de mieux gérer le changement perpétuel qui s'installe durablement et d'intégrer plus facilement l'inconnu (qu'il soit technologique, culturel et/ou managérial).
Après 15 ans d'enseignement dans le supérieur, il m'apparaît que cette refonte de la pédagogie doit passer par :

-un enseignement structuré de la « culture numérique » : faussement, beaucoup de personnes pensent que la génération née avec Internet est à l'aise avec la technologie. Pourtant, la pratique intensive d'une activité n'implique pas forcément sa bonne pratique. Enseigner la culture numérique dès la fin du primaire donnerait des perspectives sur la manière dont s'est construit le numérique, ses impacts sur le comportement individuel, ses conséquences pour une entreprise, pour la société, etc. Cela serait aussi l'occasion d'éclairer nos jeunes sur les fantastiques possibilités de ces outils (créativité, source infinie d'information, nouveaux métiers, ouverture sur le monde, etc.) mais aussi sur les dangers réels : usurpation d'identité, désinformation, piratage, dépendance etc. Pour l'heure, les Ministères considèrent malheureusement le numérique trop comme une affaire d'outils et d'équipement (tableaux blancs interactifs, tablettes, ordinateurs, etc.) et pas assez comme une question de culture et de manière d'appréhender le Nouveau Monde par les enseignants, les élèves, les étudiants, les écoles, les collèges, les lycées et les universités.

-un enseignement mobilisant la technologie : le chercheur américain Ruben R. Puentedura a proposé le modèle SAMR (Substitution, Augmentation, Modification, Redéfinition) pour évaluer l'impact de la technologie sur l'engagement de l'apprenant. Il fournit un premier cadre utile à la discussion de l'apport d'une technologie dans le processus pédagogique :

  •  Substitution : la technologie permet de faire la même tâche qu'avant. C'est le cas par exemple de l'insertion du traitement de texte par rapport à l'utilisation du crayon pour écrire. L'apport pédagogique est ici limité à la simple compréhension et utilisation d'une technologie.
  •   Augmentation : le numérique reste un substitut mais apporte de nouvelles fonctionnalités. Cela correspondrait par exemple à l'apport des fonctions de mise en page du traitement de texte et/ou du correcteur orthographique ou au déploiement de questionnaire en ligne. L'apport pédagogique est d'améliorer l'apprentissage par une interactivité plus intense entre l'apprenant et le contenu à apprendre.
  •    Modification : l'introduction de la technologie modifie la tâche et l'enrichit plus fortement. Par exemple en partageant son texte en ligne, on introduit la notion de collaboration et l'apprenant peut bénéficier de commentaires de la part de l'enseignant, d'autres élèves, et ainsi découvrir la richesse de la construction collaborative d'un contenu.
  • Redéfinition : la technologie implique la création de nouvelles taches inexistantes au préalable. C'est par exemple le cas de l'introduction de l'impression 3D dans des cours de marketing produit où l'étudiant va pouvoir prototyper rapidement le design de son produit pour en affiner la pertinence. L'utilisation de la réalité virtuelle immersive s'insère aussi dans une logique de redéfinition en permettant de faire rentrer directement en salle de classe de très nombreuses situations pertinentes pour la pédagogie.


Les deux derniers échelons de l'échelle SAMR mettent en jeux les compétences clés à développer pour appréhender le Nouveau Monde : esprit critique, collaboration, créativité ou encore innovation.

A la numérisation de l'enseignement, je préfère l'enseignement du numérique et avec le numérique. Albert Einstein disait bien que « la connaissance s'acquiert par l'expérience, [et que] tout le reste n'est que de l'information ». Instaurons vite des cours d'expérience mobilisant les technologies d'aujourd'hui et de demain pour nos enfants afin de rentrer avec eux dans le Nouveau Monde !

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Commentaires
a écrit le 16/03/2017 à 17:18 :
oser, créer, transformer, essayer, se tromper, retenter, s'adapter,
douter, raisonner, critiquer...
ne s'apprennent-ils pas mieux dans le réel ?
Construire un code correct nécessite un ordinateur

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