La nouvelle aventure du visionnaire de la chaussure high-tech

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A 49 ans, Karim Oumnia, collectionne les succès commerciaux. Digitsole, la société qu'il a créée en 2014, a recruté 20 salariés et vendu 120.000 paires de semelles chauffantes et connectées. Il vient de signer, avec Bouygues, un accord de partenariat pour le développement de semelles connectées équipées d'une vingtaine de capteurs pour mesurer la pénibilité du travail de ses ouvriers sur les chantiers et prévenir les blessures.
A 49 ans, Karim Oumnia, collectionne les succès commerciaux. Digitsole, la société qu'il a créée en 2014, a recruté 20 salariés et vendu 120.000 paires de semelles chauffantes et connectées. Il vient de signer, avec Bouygues, un accord de partenariat pour le développement de semelles connectées équipées d'une vingtaine de capteurs pour mesurer la pénibilité du travail de ses ouvriers sur les chantiers et prévenir les blessures. (Crédits : Olivier Mirguet)
Karim Oumnia, ingénieur franco-algérien de 49 ans, ancien sportif de haut niveau, a passé sa vie professionnelle à inventer des applications liées à la chaussure : plus légères pour le sport, lavables en machine et désormais dotées de semelles connectées. Installé à Nancy, il veut maintenant lever des fonds pour assurer à ses entreprises, Digitsole et Zhor Tech, leur développement mondial.

Ses bureaux place Stanislas, dans le coeur historique de Nancy, offrent la vision étonnante d'un show-room de mode dans un repaire de développeurs informatiques. Une startup technologique dans un univers de couleurs, des chaussures de sport éparpillées, une salle de réunion encombrée par des morceaux de semelles désossées. Bienvenue chez Karim Oumnia, président de Digitsole, un ingénieur obsédé par ses chaussures high-tech. « Il se vend 21 milliards de paires de chaussures par an dans le monde. Elles seront bientôt connectées et elles produiront des données dont toutes les applications restent à imaginer », prévoit-il. Optimiste ou visionnaire ? Le marché est à inventer et pourtant, Karim Oumnia, 49 ans, collectionne les succès commerciaux. Digitsole, la société qu'il a créée en 2014, a recruté 20 salariés et vendu 120.000 paires de semelles chauffantes et connectées : des équipements à utiliser à la chasse, sur un terrain de golf, en randonnée. Il vient de signer, avec Bouygues, un accord de partenariat pour le développement de semelles connectées équipées d'une vingtaine de capteurs. L'entreprise de construction entend mesurer la pénibilité du travail de ses ouvriers, détecter les mauvaises postures sur les chantiers, prévenir les blessures. En ce début d'année, à Las Vegas, les exposants du CES (Consumer Electronics Show) ont récompensé l'inventivité de Digitsole en lui attribuant le trophée dans la catégorie du sport, du fitness et des biotechs. « Je serai le leader du footwear connecté », prévient Karim Oumnia.

Cet ancien sportif de haut niveau, membre de l'équipe nationale algérienne de water-polo, a vécu comme un jeu son exposition médiatique offerte par le CES. « C'est incroyable ! On m'interviewe sur les chaînes de télévision américaines », dit-il. Il se méfie, aussi, d'une croissance trop rapide et non maîtrisée. Car il est déjà passé par là...

« En 1998, j'ai inventé la chaussure de football la plus légère au monde. Les chaussures d'une marque concurrente portées par Zidane pesaient 375 grammes. Les nôtres, en microfibres, 245 grammes. Les grandes marques allemandes et brésiliennes n'ont jamais voulu acheter mes innovations. C'était vexant ! Je me suis lancé seul, avec 50.000 francs. »

De Nancy à Los Angeles, la période héroïque

L'aventure de Baliston, première société créée par Karim Oumnia, durera une décennie. Choisi comme équipementier de l'ASNL, l'équipe de football professionnel de Nancy, Baliston a fourni des chaussures et des maillots à Ajaccio, Istres et Troyes, tous promus en Ligue 1 entre 2002 et 2005.

« Pendant quelques années, nous étions plus forts qu'Adidas », se souvient Karim Oumnia. Une incursion sur le marché de la mode - en modifiant la semelle de chaussures de taekwondo - a propulsé Baliston aux États-Unis. Repérées par un magazine de mode américain, dont elles ont fait la une après un passage sur un salon professionnel, elles se sont retrouvées dans les rayons de l'enseigne Fred Segal, « magasin de stars » à Los Angeles.

La suite de l'aventure des « Baliston Sneakers » prend des allures de comédie. « Le producteur des VH1 Awards m'a invité dans les coulisses de son show. J'ai offert mes chaussures à Beyoncé, Madonna, Jessica Alba, Antonio Banderas. Tout cela commençait à me dépasser. Je n'arrivais plus à répondre à la demande », raconte Karim Oumnia. Le chiffre d'affaires de Baliston est passé de 500.000 euros à 4 millions d'euros, sans augmentation des fonds propres. « Quelle erreur ! », regrette-t-il. « Mon banquier a commencé à me regarder comme un extraterrestre. Avec KPMG, nous avons réfléchi à une levée de fonds. Trop tard. J'ai dû me contenter d'une ligne de crédit de 350.000 euros. Quand la crise de 2008 est arrivée, la BNP a pris peur et m'a demandé de tout rembourser. Je me suis retrouvé à deux doigts du dépôt de bilan. » Stoppée dans son élan, Baliston fut cédée aux Émirats. Avant de disparaître.

Semelle futuriste et... nouveau modèle économique

En 2009, Karim Oumnia se remet en selle avec Glagla Shoes et valorise sa nouvelle invention : une chaussure de loisirs réputée très légère, ventilée naturellement, lavable en machine. « Le T-shirt du pied », résume-t-il. Le modèle économique est différent : pas de stocks, vente par correspondance.

Trois ans plus tard, l'avènement de la technologie Bluetooth fait naître l'idée des semelles connectées. Leur présentation au CES en 2015 convainc Chicony, le producteur taïwanais des caméras GoPro, d'en assurer la fabrication. Un an plus tard, toujours au CES, Karim Oumnia signe un nouveau « coup » médiatique. « Nous sommes venus avec notre Smartshoe, une chaussure futuriste qui calcule les pas, la distance, équipée d'une lumière, d'une semelle chauffante et s'ouvre ou se ferme à distance, d'un clic sur le smartphone. Comme dans le film Retour vers le futur ! Nous avons coiffé Nike sur le poteau. »

Trouver le bon canal de distribution, et financer la croissance

Reste à choisir le bon canal de distribution. Les semelles de course connectées, qui permettent avec un smartphone d'écouter un coaching audio, d'analyser la qualité de la foulée et de détecter la fatigue du joggeur, sont vendues en test chez Boulanger. Où elles courent le risque de sombrer dans une niche de marché anecdotique, entre les téléviseurs et l'électroménager... « Ils ne savent même pas dans quel rayon les classer. Tout le monde avance en tâtonnant », observe Karim Oumnia. Pour diluer les risques, il envisage un modèle parallèle en B to B : des partenariats seront proposés avec des fabricants de chaussures et de vêtements. La marque qui portera ces développements a été déposée : Zhor Tech. « Si Timberland cherche un spécialiste des objets connectés, il viendra vers nous », propose le dirigeant.

Reste à financer la croissance. Epsilon, la société holding qui chapeaute Digitsole et Zhor Tech, a levé 4,5 millions d'euros auprès de la Financière Fonds Privés, un spécialiste de l'ingénierie financière des PME. « Ces opérations menées en deux temps, en 2015 et en 2016, valorisent ma société à hauteur de 11 millions d'euros », affirme Karim Oumnia, resté majoritaire après ces levées de fonds. « Nous préparons déjà le tour de table suivant pour 20 millions d'euros. Nous ne pourrons pas maintenir notre leadership si nous sommes sous-capitalisés », annonce-t-il. Son chiffre d'affaires (2 millions d'euros en 2016) passera à 10 millions d'euros en 2017. Pour réussir, il veut aller vite.

Par Olivier Mirguet,
correspondant Grand Est

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BIO EXPRESS

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2017 Trophée du CES à Las Vegas pour les chaussures connectées Digitsole

2015 Création de Zhor Tech

2014 Création de Digitsole

2009 Création de Glagla Shoes

1998 Création de Baliston

1993 École nationale supérieure des mines de Nancy

1990 École nationale Polytechnique d'Alger

1967 Naissance à Alger

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Cet article a été publié dans La Tribune Hebdo n°195 titrée "2017 - Où va l'économie mondiale" et datée du jeudi 12 janvier 2017, jour de distribution de l'édition papier en kiosque et de diffusion de l'édition numérique (pdf).

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Couverture La Tribune Hebdomadaire 11/01/2017

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