Transplantation d'organes  : Hémarina lève 8 millions d'euros

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Les essais sur HEMO2life, qui permet de préserver les greffons, valident les vertus thérapeutiques prometteuses que le docteur Franck Zal, issu du CNRS, attribue à l'annélide, un petit ver marin arénicole.
Les essais sur HEMO2life, qui permet de préserver les greffons, valident les vertus thérapeutiques prometteuses que le docteur Franck Zal, issu du CNRS, attribue à l'annélide, un petit ver marin arénicole. (Crédits : Laboratoire-Hemarina Morlaix)
La société bretonne de biotechnologies Hemarina, spécialisée dans le développement de transporteurs d’oxygène d’origine marine, a fait une importante levée de fonds pour poursuivre la phase de développement et de commercialisation sur trois produits. Elle va ainsi pouvoir réaliser un nouvel essai clinique à grande échelle d’HEMO2life, une solution qui permet de préserver les greffons et qui utilise les propriétés du ver marin arénicole.

En septembre prochain, la pépite morlaisienne en biotechnologies, Hemarina, livrera l'analyse de l'ensemble des données résultant de l'essai clinique du produit HEMO2life, menée de janvier 2016 à janvier 2017 dans six hôpitaux dont celui de Brest, sur soixante patients en attente d'une transplantation rénale. Et son fondateur et Pdg, le docteur Franck Zal, spécialisé dans le développement de transporteurs d'oxygène d'origine marine, est très optimiste.

Les essais sur ce produit qui permet de préserver les greffons valident les vertus thérapeutiques prometteuses que ce scientifique issu du CNRS attribue à l'annélide, un petit ver marin arénicole. Si les vacanciers  reconnaissent sa présence grâce aux tortillons de sable qu'il laisse sur les plages bretonnes, ils ignorent que ses molécules peuvent se substituer aux globules rouges comme transporteur d'oxygène universel (O négatif) voire comme substitut sanguin.

La fin de ce premier essai clinique, avant un test à grande échelle, permet d'anticiper d'ailleurs une mise sur le marché d'HEMO2life au 2e semestre 2018. Cette commercialisation sera appuyée par la récente levée de fonds de 8 millions d'euros qu'Hemarina a bouclé auprès de ses investisseurs historiques (XMP/Business Angels, Finistère Angels, Armor Angels, CM-CIC ), de family offices et du fonds spécialisé dans la santé Force 29 du Crédit Agricole. Hemarina vise les hôpitaux et CHU en France et a entamé des discussions avec une société pharmaceutique pour le déploiement en Europe et en Turquie, et avec des distributeurs aux Etats-Unis.

Lyophilisation et médecine d'urgence

« Cette levée de fonds, qui porte à 20 millions d'euros le total des capitaux mobilisés par Hemarina depuis sa création en 2007, vient renforcer notre position financière reconnaît Franck Zal. Elle va nous permettre de renforcer nos équipes et d'accélérer nos programmes de recherche ainsi que la phase 1 du développement d'un autre de nos produits l'HEMOXYcarrier. »

Outre le fait d'assurer une meilleure préservation des greffons avant transplantation, les propriétés des hémoglobines extra cellulaires du ver arénicole ont amené Hemarina à concevoir un transporteur d'oxygène pour lutter contre les hémorragies. Alors que le sang humain ne se conserve que 42 jours, la molécule extra cellulaire du ver marin a l'avantage de pouvoir être lyophilisée. Le marché américain est important pour le produit HEMOXYcarrier. Hemarina travaille déjà avec l'US Navy, intéressée par cette solution de sang en poudre pouvant favoriser l'oxygénation du cerveau des soldats victimes des bombes. Outre des applications en médecine d'urgence, la solution présente au moins 14 autres applications différentes, de la lutte contre les pathologies d'anémie aigue, à l'AVC. D'ici à trois ans, Hemarina entend aussi commercialiser sur le marché international un pansement oxygénant favorisant le traitement des plaies chroniques, dans les cas de diabète par exemple.

Structuration de la société et industrialisation

En créant de la valeur, Hemarina se structure. La société qui emploie une trentaine de personnes réparties sur les sites de Morlaix, Noirmoutier, et dans ses bureaux commerciaux de Paris et Boston, va procéder à des recrutements dont celui d'un chef de projet.

L'entreprise entend aussi finaliser la mise en place de son outil de production après avoir investi dans une ferme marine à Noirmoutier.

Pour mieux contrôler la production du ver marin, Hemarina porte depuis 2013 le projet collaboratif aquacole Marbiotech qui vise à développer en France la première ferme d'élevage industriel d'arénicoles.

Labellisé par le Pôle Mer Bretagne, mais aussi par Atlanpole Biothérapies (44) et Medicen (75),  et sélectionné au FUI pour un finalement public de plus de 2 millions d'euros, ce projet de 7 millions d'euros sur quatre ans est mené avec quatre partenaires. S'y côtoient trois acteurs publics et un privé, dont l'agrocampus Ouest de Beig Meil et l'écloserie de bars Aquastream (Morbihan).

Hemarina envisage de monter un pilote de production de 30 tonnes par an d'ici à un an:

« La traçabilité est parfaite et cela permettra de couvrir l'ensemble de notre développement. L'objectif à terme n'est pas qu'Hémarina produise toute sa matière première puisque nous disposons d'un site de soutien en Hollande, mais de franchiser le process. Cela implique de trouver des partenaires souhaitant se diversifier et produire pour nous et ayant une autorisation de pompage d'eau de mer. D'ici à cinq ans, l'entreprise doit aussi être capable de fabriquer ses propres actifs. »

Au-delà de la santé publique, Hemarina commence à aborder le secteur de l'agro-alimentaire et utiliser les propriétés du ver arénicole pour la fabrication de ferments lactiques et de levures. Entre aquaculture et biotechnologies, l'annélide est malin !

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