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Le Trièves reprend des couleurs grâce au whisky

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Jean Giono venait souvent en villégiature dans ce territoire montagneux bordé par le Vercors et le dévoluy. / © AFP
Jean Giono venait souvent en villégiature dans ce territoire montagneux bordé par le Vercors et le dévoluy. / © AFP
« Pour vivre heureux, vivons cachés » est un dicton que partage une majorité d'habitants du Trièves, territoire montagneux situé au sud du département de l'Isère. « Cachés », oui ; mais aussi très battants et créatifs.

En 1997, la première décision du nouveau gouvernement Jospin fut de stopper la construction de l?autoroute a 51, qui devait traverser le Trièves, territoire montagneux situé au sud du département de l?Isère. L?autoroute qui monte de Grenoble s?arrête donc à Monestier-de-Clermont, au bord d?un pays désormais enclavé. Un pays rural. Neuf mille habitants, 29 villages, un élu pour 20 habitants, 14 habitants au km2. Un plateau à 800 m d?altitude, bordé par le Vercors et le Dévoluy, récemment classé éco touristique. Randonneurs, cavaliers, fondeurs, parapentistes et vététistes viennent y goûter ses admirables paysages, son air léger et ses petites routes que ne bordent ni panneaux publicitaires ni foison de poteaux. Jean Giono y venait souvent en villégiature. Il y a situé plusieurs de ses romans ? Un roi sans divertissement et Batailles dans la montagne ? et laissé une empreinte encore vivante.

En 1994, vingt-cinq ans après sa création, l?association terre vivante fonde dans le Trièves un centre écologique sur une cinquantaine d?hectares, à proximité de mens, le village-nombril du pays. une installation qui a fait l?objet de forts débats dans un monde paysan traditionnel qui voyait là une curieuse incursion de bobos écolos des villes. L?installation de terre vivante (scop, 80 associés, 30 salariés, 200 000 livres vendus en 2010, 30 000 abonnés à sa revue Les 4 Saisons du jardin bio) a profondément marqué le pays. Nombre d?écologistes, notamment anglais, qui sont venus y travailler quelques saisons, ont fait souche dans le pays et y ont créé des activités agricoles (20 % des agriculteurs du Trièves sont aujourd?hui labellisés bio) ou agroalimentaires. Avant de se tourner vers des actions de formation pratique, le centre accueillait 20 000 visiteurs par an, des amateurs et des pèlerins de l?écologie.

Après huit ans aux cuisines de terre vivante, Serge de Thaey part au Canada où il rencontre une « crudivore ». Il revient dans le Trièves en 2006 et fonde Biscru en 2008, sur une innovation : des biscuits aux légumes, aux graines ou aux fruits crus, séchés à moins de 40 °C. Bio, bien sûr. Biscru compte une dizaine de produits à son catalogue, exporte 70 % de sa production dans douze pays, et ne parvient à fournir que 30 % de la demande. serge boucle une énième augmentation de capital pour équiper l?entreprise de machines qui vont permettre de porter la production de 800 à 2 000 paquets/jour d?ici à la fin de l?année et embaucher quatre salariés de plus. son développement profite au pays : Biscru choisit des fournisseurs à moins de cent kilomètres à la ronde et, si possible, dans le Trièves.

Bio, le single malt !

Le château a des allures écossaises. Sévère, il garde le col Accarias (900 mètres d?altitude) depuis quatre siècles. C?est là, en 2009, que Jérémy Bricka, ingénieur ?nologue, et Frédéric re-vol, ingénieur agronome, ont installé leur ferme-distillerie, dans la maison d?un paysan qui prenait sa retraite. Les deux associés, qui ont l?expérience des grands crus (chez Guigal), ont le projet de produire ici un whisky bio. Le Domaine des Hautes Glaces sortira ses premières bouteilles de whisky certifié bio en 2013. Il faut trois ans de vieillissement pour avoir droit au label whisky. En attendant, le Domaine propose un single malt et Woska, un alcool blanc aromatique de seigle. Le magazine Saveurs, dans sa rubrique « Whiskies du monde », observe que le single malt du Domaine assemble « authenticité, prédominance de l?orge maltée associée à des notes de fruits confits, d?agrume, de pin et de chocolat noir ».

Entreprise intégrée, le Domaine maîtrise la chaîne de production : récolte, transformation, eau de source du domaine, distillation, mise en bouteille. Le domaine produit aujourd?hui 10 000 litres de distillats par an, et prévoit, dès 2013, 10 000 litres de whisky et 10 000 litres de Woska. En attendant, dans la cave voûtée de 50 mètres de long du château, vieillissent cent barriques de 220 litres. Les amateurs peuvent trouver le single malt du Domaine des Hautes Glaces à la maison du whisky ? distributeur du Domaine ? à Paris, ou sur le site du Domaine (hautesglaces.com) pour calmer leur curiosité. et boire, même avec modération, un whisky français. Quand même ! Le roi de la semelle vient de fêter son centenaire : DeClermont, créé en 1911 à Monestier-de-Clermont par la famille Allibert, est devenu, au fil des années et des innovations, le leader du marché de la semelle et des produits chaussants.

Aux semelles de paille qui vous calaient les pieds dans le sabot, a succédé la semelle thermoformée, un must. Menacé de délocalisation en Pologne en 1991, DeClermont a été « sauvé » par trois cadres qui se sont battus pour continuer l?entreprise dans le Trièves. L?un des trois, Oreste Caprio, son actuel président, affiche son succès : leader français du marché de la semelle, DeClermont emploie 45 personnes qui produisent 12 millions d?articles, distribués pour l?essentiel (80 %) en grande surface, et réalise 7 millions d?euros de CA.

Le petit vin de Prébois

Ici, le premier employeur (privé), c?est le bâtiment, avec de nombreuses entreprises artisanales. Mais, avec la crise, la construction a reculé de 50 % en trois ans.les projets sont nombreux, les initiatives multiples. Berceau du compostage, de la construction en bois, des jardins partagés, le Trièves compte de nombreuses associations dynamiques.la première d?entre elles, vignes et vignerons du Trièves (400 adhérents), fondée en 2008, voulait sauver les vignes familiales menacées de disparition : elle vient d?obtenir, après quatre ans de lutte, l?installation du premier vigneron professionnel à Prébois, village rendu célèbre par Giono qui a évoqué dans une nouvelle « le petit vin de Prébois ». Il assurait que seuls les vrais amis le buvaient sans broncher. un cru qui réjouit maintenant les amateurs de vin de terroir. et une victoire qui situe bien l?avenir du Trièves dans le développement durable.

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