« Notre écosystème d'innovation est jeune, il faut le connecter » Paul-François Fournier, BpiFrance

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« La French Tech apporte de la visibilité et de la confiance. Elle s'inscrit dans la dynamique de transformation interne au sein de Bpifrance », considère Paul-François Fournier, directeur de l'innovation de Bpifrance
« La French Tech apporte de la visibilité et de la confiance. Elle s'inscrit dans la dynamique de transformation interne au sein de Bpifrance », considère Paul-François Fournier, directeur de l'innovation de Bpifrance (Crédits : DR)
Chargé d'un poste assez inédit pour une banque, - fût-elle publique et d'investissement -, Paul-François Fournier passe au scanner le réseau et l'environnement français des start-ups pour déceler les pépites de demain, et leur apporter des solutions de financement adaptées à leur stade de développement.

LA TRIBUNE - En quoi une banque publique peut-elle mieux soutenir l'innovation ?

PAUL-FRANÇOIS FOURNIER - L'intérêt d'être une banque est d'être centré sur le client, l'entrepreneur : c'est une vraie révolution. Il faut pouvoir suivre une start-up depuis l'attribution d'une bourse French Tech de 30.000 euros pour acheter des ordinateurs jusqu'à une levée de fonds de 20 ou 30 millions d'euros pour devenir une entreprise internationale. Nous souhaitons industrialiser ce parcours pour qu'il y ait de plus en plus de belles histoires, comme Criteo par exemple. C'est ce que les Américains ont réussi à faire.

Nous voulons être le catalyseur d'un écosystème. Nos fonds jouent le rôle de « Monsieur Plus », participent de l'augmentation de la taille des tickets moyens, qui sont en France un peu inférieurs à ceux constatés en moyenne aux États-Unis et au Royaume-Uni. Notre fonds Ambition numérique participe à des tours de table qui sont 25% plus élevés que la moyenne des tickets habituels. Notre fonds Large Venture est au capital de 70% des entreprises qui ont effectué une mise en Bourse de plus de 20 millions d'euros.

Or, notre écosystème est en train de changer d'ère. Il y a cinq ans, un entrepreneur vendait sa boîte 40 millions d'euros. Aujourd'hui, le standard c'est plutôt 100 millions : regardez la levée de fonds de BlaBlaCar, ou l'entrée au Nasdaq de Criteo, valorisé 2 milliards de dollars, qui a fait sauter un plafond de verre.

Il ne faut pas oublier que notre écosystème de start-up est récent : il est né à la fin des années 1990, début 2000, quand celui de la Silicon Valley remonte, lui, à la fin des années 1940 ! Il y a aussi un effet d'échelle : on ne peut pas se mettre sur le même plan que les États-Unis, et ce pour une question de taille. Mais il ne faut pas croire qu'il est si facile de lever 10 millions de dollars dans la Silicon Valley avec seulement trois slides : le milieu est hyperconcurrentiel, et 80% des fonds américains ne sont pas rentables.

Que peut apporter l'initiative French Tech ?

Notre écosystème d'innovation est jeune. Il faut le connecter aux autres, notamment ceux de Tel Aviv, de San Francisco, de New York, d'Asie. C'est ce qu'apporte la French Tech : de la visibilité et de la confiance. La French Tech s'inscrit dans la dynamique de transformation interne au sein de Bpifrance, avec notre plan Nova. Nous avons ainsi développé de nouveaux projets et des produits comme le Pass French Tech.

C'est une initiative conjointe avec les pôles de compétitivité Cap Digital et Systematic, la DGCIS, Ubifrance, la Coface, l'INPI, qui nous permet de combiner nos dispositifs de soutien : c'est une sorte de « pass VIP » pour les entreprises en hypercroissance (+100% par an pour celles de moins de 3 ans, +70% pour celles de 3 à 5 ans, +30% pour celles de plus de 5 ans), qui, vu leur vélocité, ont le potentiel de devenir des acteurs mondiaux.

Une fois labellisées French Tech, ces start-up bénéficient d'un plan d'action de soutien. Nous en avons déjà identifié six dont Mobiles Republic, AT Internet, Oledcom, et six autres vont suivre. C'est une démarche très régionale et ascendante, qui part du terrain, venue initialement de Cap Digital.

Bpifrance va aussi lancer le programme « Connect » : nous voulons être le catalyseur de la logique de build-up, sans se substituer aux banques d'affaires. Nous voulons faire le lien entre les start-up et les PME, les ETI et les grands groupes du CAC 40, qui n'évoluent pas dans les mêmes cercles et ne se parlent pas. Dans la Silicon Valley, se croisent dans les mêmes restaurants Mark Zuckerberg, des investisseurs et des fondateurs de start-up. Nicolas Dufoucq, notre directeur général, a fait passer le message à Paul Hermelin, le patron de Capgemini, qu'il faut que la première SSII française travaille avec les start-up.

Disposez-vous d'assez de moyens pour toutes ces missions ?

Nos moyens vont quasiment doubler jusqu'en 2017 ! Et ce grâce aux programmes d'investissement d'avenir, au soutien de l'État et à nos moyens propres, comme le fonds Large Venture. Notre activité directe reste marginale, mais elle nous permet de comprendre ce qui se passe, d'être en prise avec la réalité du terrain.

Nous investissons dans des fonds de fonds, pour jouer sur l'effet de levier, au total 500 à 600 millions d'euros par an, dans 280 fonds au total dont 90 sont exclusivement régionaux et une soixantaine « fléchés » sur l'innovation.

Certains pensent que Bpifrance n'est là que pour pallier la faiblesse du capital-risque français ?

Je ne suis pas d'accord avec cette vision du verre à moitié vide. Il y a de plus en plus d'entrepreneurs et un flux de contrats continu. Certes, nous pourrions faire plus, mais La France est tout de même le troisième écosystème mondial, après les ÉtatsUnis et le Royaume-Uni, donc le deuxième en Europe, du point de vue des levées de fonds. L'Allemagne, l'Espagne, l'Italie n'ont pas cet actif-là. Nous devons le développer. Il y a plusieurs axes d'amélioration, notamment dans le capital d'amorçage et dans la dynamique régionale.

Nous avons désormais en portefeuille une vingtaine de fonds d'amorçage, dont six interrégionaux. Il faut faire le lien avec les fonds internationaux et se rapprocher des fonds étrangers, comme nous l'avons fait en invitant des capital-risqueurs américains à Paris, en juin.

Mais en termes de financement, tout semble se passer encore à Paris...

C'est vrai que le capital-risque français a un prisme parisien, mais c'est le cas aussi aux États-Unis : là-bas, les venture capitalists ont un prisme californien ! Cependant, j'ai été frappé, lors de mes nombreux déplacements ces derniers mois, par la dynamique régionale dans des villes telles que Lille, Nantes, Lyon ou Grenoble. Les gens travaillent ensemble, sont fiers de leur territoire, les écosystèmes fonctionnent et sont en train de grandir, la French Tech est en train d'émerger.

Nous n'avons pas la « route 101 » comme en Californie, mais nous avons le TGV qui, avec son maillage incroyable, met de nombreuses métropoles à moins de deux heures de Paris. Le monde moderne est celui de la mise en réseau. Ce qu'a apporté Internet, c'est la connexion, les liens de temporalité, de connaissance. Grâce à nos infrastructures, nous pouvons mettre en réseau nos écosystèmes pour construire une Silicon Valley européenne.

Peut-on faire émerger des labels French Tech partout en France ?

L'idée de la French Tech est de tirer le système vers le haut. Il faut donc un minimum de taille critique et de compétence. Il faut qu'un écosystème ait un vrai potentiel et la génétique pour grandir. C'est important de fixer des critères, tout en ayant une approche pragmatique. Il ne faut pas décourager les initiatives, mais être clair sur le chemin à parcourir et la nécessité peut-être de s'agréger pour certaines villes, dans leur intérêt.

La French Tech peut-elle être déclinée au niveau européen ?

La plupart des pays européens, le Royaume-Uni, le Portugal, l'Italie essaient de créer leur propre Banque publique d'investissement. Il faudrait faire le lien entre les différents clusters européens. Il y a déjà de l'émulation entre les grandes capitales, Londres, Berlin, Paris, mais notre pays présente une spécificité forte : il se passe des choses ailleurs que dans la capitale, et Paris est hyperconnecté avec les autres écosystèmes comme Lille, Nantes et Lyon. Cette Europe de l'innovation se crée par cette saine émulation des écosystèmes. La compétition tire vers le haut.

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Commentaires
a écrit le 11/09/2014 à 19:45 :
bonne nouvelles , ca vas dans le bon sens???

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