Plus de femmes scientifiques au secours de la compétitivité ?

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Plus de femmes scientifiques pour voler au secours du manque de compétitivité des pays développés? C'est la thèse d'Agnès Audier, directrice au Boston consulting Group.
Plus de femmes scientifiques pour voler au secours du manque de compétitivité des pays développés? C'est la thèse d'Agnès Audier, directrice au Boston consulting Group. (Crédits : DR)
Pour retrouver un dynamisme économique, les pays développés misent tous sur l'essor du numérique. Or, ce secteur manque de main d’œuvre disponible. Le simple fait de former davantage de femmes aux sciences pour atteindre la mixité dans ces filières permettrait de combler le manque, suggère Agnès Audier, normalienne et directrice de recherche au cabinet BCG.

Des progrès phénoménaux dans l'éducation. Entre 2000 et 2010, le nombre d'enfants scolarisés dans le monde a progressé de près de 100 millions à démographie égale. A ce constat dressé par le Boston Consulting Group (BCG), le cabinet d'études apporte un bémol. Dans l'enseignement supérieur, les femmes sont toujours sous-représentées dans les matières scientifiques.

Or, au-delà du présupposé discutable de cette étude, qui devrait être publiée en intégralité en novembre, ce sont justement ces filières qui auraient le plus de potentiel sur le marché du travail. Devant les décideur(e)s économique et politique du monde réunis ce vendredi au Women's forum à Deauville, l'une des auteures de cette étude, Agnès Audier, normalienne et ingénieure des Mines , a plaidé en faveur de la féminisation des sciences. A La Tribune, elle détaille ses arguments.

La Tribune - Pourquoi avoir voulu mettre, comme bien d'autres enquêtes, l'accent sur les filières scientifiques plutôt que sur les autres?

Agnès Audier : Le digital et la capacité à entrer dans l'économie de la connaissance sont clés dans la compétitivité des pays. Cette capacité à se développer dans l'économie de la connaissance dépend de la composition de la force du travail du pays. Des études de l'Union européenne montrent que d'ici 2020, il manquera 900.000 personnes en Europe formées dans ces métiers. Nous nous sommes demandés si les filles ne pouvaient pas être une solution à cet enjeu. Si elles ne pouvaient pas permettre d'obtenir la 'bonne composition du monde du travail' qui permette aux entreprises de se développer et aux pays d'êtres compétitifs.

Globalement, il y une sorte d'équilibre entre hommes et femmes dans les autres métiers mais un déséquilibre dans les métiers scientifiques. Les gros bataillons se dirigent vers les métiers de sciences humaines, de l'art, de la santé et de l'éducation...  Mais, dans ces métiers scientifiques, il n'y a que 20 à 30% de femmes. Par exemple, 71.000 filles diplômées en sciences physiques dans les métiers de l'OCDE, c'est quand même extrêmement faible!

Qu'en avez-vous déduit?
Nous avons calculé que, dans les seuls pays de l'OCDE, entre 2015 et 2020, si l'on parvenait à ce qu'une toute petite proportion de filles étudient moins les humanités ou se dirigent moins vers les domaines sanitaires, si nous parvenions simplement à faire en sorte qu'il y ait au moins autant de filles que de garçons qui choisissent de se former à ces métiers, il y aurait un rééquilibrage. Et en tout, 4 millions de gens supplémentaires dotés de compétences scientifiques et technique seraient ainsi disponibles. Ils formeraient un réservoir de gens formés suffisant pour combler le fossé déterminé par les statisticiens européens et américains.

Mais pourquoi ne pas aller piocher parmi les diplômé(e)s des autres filières, comme les sciences humaines, pour combler le manque?
Si vous voulez être un ingénieur big data, il faut quand même avoir fait un peu de mathématiques dans votre jeunesse! Certes, la question de réussir à attirer dans ces entreprises des collaborateurs qui ont d'autres formations et qui se reforment sur d'autres sujets est un vrai sujet. D'ailleurs, dans des maisons comme Google, Facebook ou Amazon, il n'y a pas que des gens qui ont étudié uniquement les mathématiques. Mais les enquêtes menées sur l'économie de la connaissance montrent que dans ces métiers, il faut une proportion de gens formés à très haut niveau. Il faut une masse critique de gens très expérimentés dans ces disciplines capables ensuite de créer des ponts entre les laboratoires d'universités, les centres de recherche, et les entreprises. Cela revient à un sujet-clé, surtout en France: comment passe-t-on de la recherche à l'innovation?

Finalement votre message, c'est "il y a eu un effort incroyable dans l'éducation mais pas suffisant dans l'orientation"?
Attention, cela ne veut pas dire qu'il n'est pas important d'avoir des professeurs bien formés. Mais nous avons un problème quantitatif. On a besoin de 30% à 40% de plus de gens dans les filières technologiques. On ne peut pas se dire que le monde est digital et "big data" et, dans le même temps, accepter que, chaque année, sortent du système scolaire à peine 5 % à 10% de de gens supplémentaires qui connaissent ces sujets-là!

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a écrit le 07/03/2015 à 13:47 :
"..manque de main d'oeuvre disponible..." Non. Les DRH de ces secteurs n'embauchent qu'en sortie d'école. pas question de trouver un emploi à 35 ans dans une grande entreprise ou par rare exception. Dans ces conditions sur une classe d'âge pour les gens qui se sont spécialisés, l'offre est effectivement plus réduite... de là à dire qu'elle "manque". Le secteur IT est par ailleurs fortement instable pour les moins qualifiés et sûr plus les plus qualifiés. En effet il supprime en général 15 emplois pour une embauche soit 14 pertes y compris dans ses propres rangs, par vague. HP supprime en ce moment 6000 emplois par mois... et soyez sûrs que les partant ne trouveront pas de place chez Google. Il ne faut pas être maths mais très maths. Pour les garçon la motivation vient de la compétition et d'une question de survie. Les filles ont d'autres ressources. Tous les secteurs et le salaire qui va avec leur sont ouverts pour peu qu'elles veuillent les suivre.
a écrit le 07/03/2015 à 10:45 :
Quelle vision! Toujours plus de constructivisme. Au nom de quoi? N'a-t-il pas fait assez de dégats comme ça au cours du siècle précédent? Si on résume votre analyse, c'est sur le fond: "les femmes, des hommes comme les autres". Laissez-leur donc un peu de liberté et d'initiative plutôt que de vouloir toujours fonctionner comme si vous étiez des demi dieux jouant à un jeu de société à l'échelle mondiale. La seule force de l'Occident, notre seule force véritable, est d'avoir laissé s'exprimer les individus. Et vous, vous ne rêvez que de les contraindre ou de leur imposer leur destin. Pour leur plus grand bien? Même pas. Décidément, ça ne vole pas bien haut.
Réponse de le 08/03/2015 à 12:26 :
La dame n'a jamais prétendu forcer les personnes à faire telle ou telle chose, c'est uniquement vous qui n'avez rien compris à l'article. La faiblesse de l'Occident c'est la perte de niveau intellectuel généralisée, qui amènent beaucoup de personnes à ne pas comprendre un simple article de presse.
Réponse de le 09/03/2015 à 6:16 :
Y a pas d'occident, c'est une invention pour nous faire croire qu'on est tous pareils car on est blancs ou chrétiens, mais ça ne veut rien dire...Et puis les femmes ou les hommes, y a aucune différence...ah si, les femmes veulent l'indépendance sans les hommes, et donc n'en ont pas besoin...mais les hommes c'est pareil, et à la fin, c'est chacun pour soi, et tout le monde vit tout seul et meurt tout seul dans la solitude, et se multiplient les plans q, mais y a aucun amour.
a écrit le 23/10/2014 à 1:35 :
On ne fait pas boire un âne qui n'a pas soif et manifestement les femmes n'ont pas soif de sciences (dites "dures") voir elles en font une allergie car elles requièrent rigueur, logique et persévérance soit tout le contraire du comportement féminin qui s'illustre plutôt par la schizophrénie.
Réponse de le 23/10/2014 à 23:28 :
La misogynie a élu domicile dans nos esprits. Une blague sur les femmes ici, une justification du viol là, un commentaire sexiste ici, un film violent là, et une autre chanson dégradante... Un bon jour, nous constatons que nos esprits sont aliénés non seulement des femmes, mais de nous-mêmes et de notre environnement. La misogynie n’est pas plus drôle ni inoffensive que le racisme : c’est une attitude grave, voire mortelle. La préférence pour les fils et la discrimination à l’égard des femmes sont tellement répandues dans le monde que des millions de femmes spontanément ou sous pression décident de ne pas donner naissance à des filles. Les statistiques qui figurent dans les rapports du Parlement européen sont éloquentes à cet égard : c’est partout sur la planète qu’il naît plus de garçons que de filles ( 150 000 000 de « femmes manquantes »)
Réponse de le 08/03/2015 à 12:30 :
@ Michel : n'importe quoi ! Mes deux filles font des études scientifiques mais par contre vous vous avez pas dû en faire beaucoup...des études ;-)
a écrit le 22/10/2014 à 19:25 :
Cette dame a-t-elle lu les dispositions de la convention SYNTEC concernant la maternité ? Visiblement non. Elle est gentille, mais pas crédible :)
Réponse de le 23/10/2014 à 23:42 :
rien de plus que la législation en vigueur et qui relève de la politique familiale des différents gouvernements. Le père est aussi concerné par la naissance de son enfant . De plus les enfants sont conçus bien après avoir obtenu un contrat de travail pérenne
a écrit le 22/10/2014 à 18:58 :
Si ces métiers n'attirent pas les femmes, c'est simplement parce qu'ils manquent d'attractivité. Quand une femme veut fonder une famille et avoir des enfants, elle choisi un métier qui lui permet de le faire quand elle est jeune. Tout le monde a compris qu'une carrière peut s'arrêter brutalement et que la famille a plus de valeur qu'un hypothétique avenir professionnel. Rien à voire avec une motivation intellectuelle. Et on sait que créer un réservoir de main d'oeuvre, c'est pour faire baisser les prétentions salariales...
Réponse de le 23/10/2014 à 23:30 :
L’exclusion des femmes de la sphère scientifique n’a commencé à s’estomper qu’à la fin du 19ème siècle. Aujourd’hui elles sont les égales des hommes en principe, mais les faits résistent encore souvent. Pas étonnant dans une société qui reproduit de génération en génération l’organisation sexuée des milieux de pouvoirs en faveur des hommes. Il faut également prendre en compte une socialisation différenciée des filles et des garçons : on dit « un savant » et « un ingénieur », la rationalité est avant tout une activité masculine. L’idéal des sciences indépendantes du social, de l’histoire et de la culture en prend un sacré coup. Cette inégalité, aujourd’hui révolue en droit, ne l’est pas dans les faits. Cela saute aux yeux dans certaines disciplines où les femmes sont quasi absentes comme les mathématiques, la physique et les sciences de l’ingénieur. Et là où elles sont plus présentes, comme la biologie ou les sciences sociales, les femmes se raréfient au fur et à mesure qu’on monte dans la hiérarchie En fait, l’exclusion relative des femmes des milieux scientifiques n’a rien de spécifique. Elles ont en effet été, au cours de l’histoire, exclues de tous les lieux de pouvoir L’organisation sexuée des milieux scientifiques peut sembler paradoxale, gênante, pour qui considère les sciences comme universelles. Cette organisation questionne les limites de l’indépendance des sciences vis-à-vis du social. Si l’organisation des sciences est sexuée, plutôt masculine, les résultats et énoncés de sciences ne seraient-ils pas eux aussi marqués par les différences de sexes ? En effet, le sexisme ne s’arrête à la proportion de chercheuses au CNRS, il va se nicher jusque dans les énoncés scientifiques. Les sciences ne seraient-elles pas alors impliquées dans la fabrication et la perpétuation des inégalités, en passant par la naturalisation des différences entre hommes et femmes ?
a écrit le 22/10/2014 à 16:51 :
Dans un autre domaine que le scientifique, les femmes ont plutôt de peine à s'imposer en France, elles font plutôt figure de potiches politiques utilisées pour redorer le blason de chaque parti, somme toute, politiquement correct (au moins pour la façade) oblige. Cependant dans le domaine politique européen, la compétitivité homme-femme me semble plus équilibrée. N'oublions pas les mots de Barack Obama à l'égard de Merkel, il y a deux ou trois ans, en la nommant "Europe’s most powerful leader, Chancellor Angela Merkel of Germany", une reconnaissance que surclasse MM. Cameron, Barroso et Hollande. Toutefois j'ai mes doutes que Obama la désignerait de la sorte de nos jours : la popularité du Président américain s'effiloche éperdument, tandis que celle de Dame Merkel reste solide comme le rocher à Lorelei. Une histoire de compétitivité homme-femme elle aussi ?
a écrit le 22/10/2014 à 14:04 :
Je porte dans mon cœur toutes les femmes que j'ai aimées. Oui, j’aimerais une femme de 60 ans… ou alors deux femmes de 30 ans. Mais compétentes, bien entendu. J’aimerais une femme qui a horreur des jeux de hasard....à moins qu’elle ait déjà remporté le Gros lot, cela nous arrangerait à souhait. J’aimerais une femme qui aime les jeux de cartes… mais qui n’aime pas jouer avec les cartes de crédit. Enfin, j’aimerais une femme énarque diplômée jusqu’aux oreilles...… de préférence que ne soit pas socialiste.
a écrit le 22/10/2014 à 13:11 :
Le dynamisme économique est surtout le fait de l'énergie et cette discipline est peu étudiée en particulier pour son role dans le développement économique.

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