"Non, l’innovation n’est pas que technologique"

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L'une des nouvelles catégories de l'innovation, peut-être la plus importante, concerne les modèles économiques, la façon dont une entreprise crée, capture et partage la valeur.
L'une des nouvelles catégories de l'innovation, peut-être la plus importante, concerne les modèles économiques, la façon dont une entreprise crée, capture et partage la valeur. (Crédits : DR)
Bpifrance a réalisé, avec la FING, un vaste travail de redéfinition de l’innovation afin d’adapter ses dispositifs de soutien aux jeunes entreprises. Dimension sociale, marketing, mais aussi modèle d’affaires inventif, la banque publique d'investissement reconnaît que l’innovation ne se résume pas au numérique, comme le montre l’émergence de l’économie collaborative notamment.

« Qu'est-ce que l'innovation aujourd'hui ? » C'est la question que s'est posée la banque publique d'investissement. Bpifrance a mené un profond travail de réflexion, en collaboration avec la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING), qui s'est étendu sur plus d'un an, en associant une dizaine d'entrepreneurs et les pôles de compétitivité. Le constat est clair aujourd'hui et dressé dans un petit ouvrage d'une centaine de pages, riche en exemples concrets et graphiques explicatifs, qu'elle présente ce lundi 26 janvier :

« L'innovation a beaucoup changé ces dix dernières années. Elle n'est pas que technologique. BlaBlaCar, Bic, Valeo, de nombreuses entreprises développent des innovations où il y a de la technologie mais aussi de l'innovation de produit ou d'usage, marketing, Apple en est le meilleur exemple. Il peut aussi y avoir des innovations dans la commercialisation, dans les procédés, dans les modèles d'affaires et même de l'innovation sociale » explique à La Tribune Paul-François Fournier, le directeur exécutif en charge de l'innovation chez Bpifrance.


Ne pas confondre innovation et R&D

« En France, on a un prisme un peu trop technologique. On a tendance à confondre R&D et innovation » relève celui qui fut patron du Technocentre d'Orange, « l'usine à produits et design » de l'opérateur. D'ailleurs, la France n'apparaît qu'à la 11e place du tableau de bord de l'innovation de la Commission européenne, alors que son effort de R&D se situe bien plus haut. Or l'innovation ne se mesure pas forcément à l'aune de l'effort de recherche et développement: Twitter n'avait que deux brevets à la fin de 2013. Et quid des entreprises de l'économie collaborative ?

 « Le numérique n'est pas le seul vecteur d'innovation et de croissance : BlaBlaCar et Autolib offrent des services de mobilité innovants » observent la BPI et la FING, dans leur ouvrage intitulé « l'innovation nouvelle génération. » Elles citent aussi « Sushi Daily, qui a créé 1.500 emplois en 4 ans en installant des bars à sushis au sein des hypermarchés. »

L'ouvrage regorge d'exemples concrets, plus ou moins connus, des six typologies d'innovation distinguées : les biscuits Michel et Augustin et leur communication ludique et directe avec les clients ou le compte Nickel sans banque chez son buraliste pour l'innovation marketing et commerciale, Seb et sa friteuse sans huile ou Withings et ses appareils de santé connectée pour les produits et usages innovants, Valeo et sa motorisation hybride des autos pour l'innovation technologique, la biscuiterie Poult et sa démarche d'open innovation pour l'innovation d'organisation, Vente-privee et ses ventes événementielles ou Recommerce et sa solution de reprise et revente de mobiles d'occasion pour le modèle d'affaires, "la Ruche qui dit oui" et sa mise en relation directe des producteurs locaux et des consommateurs pour l'innovation sociale.

BPI innovation graphique


Les plus grandes ruptures viennent des modèles d'affaires


Bpifrance et la FING mettent l'accent sur « une nouvelle catégorie d'innovation, peut-être dominante, celle des modèles d'affaires », c'est-à-dire la façon dont l'entreprise « crée, capture et partage la valeur », estimant que c'est souvent de là que viennent les innovations les plus « disruptives » : de nouveaux entrants qui proposent des produits et services souvent « moins bons que ceux qu'ils concurrencent, comme la photo numérique contre l'argentique, le MP3 contre le CD, le low cost face au high tech», mais se différenciant par la structure de coûts, la relation avec les clients ou le "réseau de valeur" avec les partenaires. Autre constat: une entreprise innovante l'est souvent dans plusieurs dimensions à la fois.

« Dans l'Internet des objets par exemple, l'innovation est à la fois de la technologie, mais aussi beaucoup de design, de processus de distribution et de modèle d'affaires, et tout cela s'interconnecte avec du Big Data et du logiciel » analyse Paul-François Fournier.


Une nouvelle grille d'analyse plus large

La plupart des dispositifs de soutien à l'innovation en Europe s'appuient sur le Manuel d'Oslo de l'OCDE, qui a étendu sa définition depuis 2005 à l'innovation d'organisation et à celle de commercialisation, ce qui a permis d'ouvrir progressivement, souvent timidement les aides à d'autres profils d'entreprises.

« Dès la création de Bpifrance, nous sommes partis du constat très concret que certaines entreprises ne rentraient pas dans les cases, ou alors au chausse-pied, comme BlaBlaCar, dont la création de valeur n'est pas tellement technologique. Il fallait tricher un peu pour pouvoir aider ce type de sociétés. Autant assumer ! Il nous fallait un autre référentiel, une nouvelle grille d'analyse et une appréciation beaucoup plus large de l'innovation, sinon nous risquons de ne pas pouvoir soutenir beaucoup d'entreprises innovantes qui créent pourtant énormément de valeur et c'est un crève-cœur » confie le dirigeant de Bpifrance.

La banque publique avait commencé en mars dernier à déborder du champ strict habituel «avec les bourses French Tech, une aide de 30.000 euros accordée à de petites entreprises de moins d'un an pour financer des innovations non technologiques, plutôt d'usages, de procédés ou de services » rappelle Paul-François Fournier. Une enveloppe de 10 millions d'euros annuels doit y être consacrée.

Ce nouveau référentiel de Bpifrance ne crée pas de nouvelles « boîtes étanches » mais repose sur deux questions : qu'est-ce que le projet apporte de neuf et en quoi différencie-t-il l'entreprise de sa concurrence ? Il lui permettra d'élargir son champ d'action pour repérer un projet innovant, quelle que soit sa nature ou sa forme. Et ainsi de concentrer ses efforts sur les futurs «champions mondiaux » de l'économie française.

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Commentaires
a écrit le 27/01/2015 à 8:50 :
J'aime beaucoup la notion de "capture" de la valeur de la première illustration.
Une grosse partie de cette vague d'innovation capitalise la privatisation des données de la vie privée des gens. C'est le cynisme à l'état pur que de parler de création de richesse quand il s'agit dans les faits de s'approprier sans qu'ils ne s'en rendent compte la vie privée des gens.
Dans d'autres cas, on parlerait volontiers d'abus de faiblesse, mais là on parle d'innovation. Dernier exemple frappant au hasard pour bien faire comprendre ce que cela recouvre: aux US, les sites officiels d'Obamacare (la nouvelle assurance santé obligatoire) transmettent sans que les utilisateurs ne le sachent, des données personnelles à des prestataires privés.
D'ailleurs il suffit de voir la lutte acharnée que se livrent les acteurs économiques pour l'obtention de ces données ainsi que le développement foudroyant de l'économie de leur cession et interprétation pour comprendre ce qui est en jeu. Et quiconque parle de Big Data pour laisser accroire que ces données ne sont pas personnalisables se cache derrière son petit doigt. Les objets connectés, les compteurs intelligents de toute (fournisseurs de services, énergie, voitures), les sites sociaux (qui vont comme Twitter jusqu'à revendiquer la propriété de tout ce qui est publié par eux) etc. ne le sont pas pour rien. Mais on voudrait nous faire croire que ce développement est uniquement dû à l'innovation. Oui en partie. Pour le reste, il n'est possible que par l'attaque en règle de notre vie privée, dont on a beau jeu d'essayer de nous convaincre qu'elle est déjà morte et qu'il est inutile de lutter contre ce changement fondamental de paradigme, auquel nos jeunes âmes sont déjà toutes acquises... tant qu'elles n'en ont pas mesuré les effets. Quand elles le feront, il sera bien entendu trop tard.
a écrit le 26/01/2015 à 18:13 :
La BPI innovation n'est rien d'autre que l'ex Oseo ex Anvar,
tout ce magma qui change de nom régulièrement pour masquer leurs échecs absolus sont en eux même une débâcle, une débandade, une imposture.

La France gagnera à boucle cette simple officine de vrais faux fonctionnaires déguisés, fêtards à souhait, vantards invétérés,
mais en réalité bons à rien mauvais à tout.

Faut le boucler ce bouclard ruineux stupide inutile.
a écrit le 26/01/2015 à 16:47 :
Non , l'innovation n'est pas que technologique. Elle fait aussi très bien vivre les nombreux amis du gouvernement qui dirigent les non moins nombreuses structures d'accompagnement publiques ou semi-publiques. Ces messieurs touchent des salaires entre 5000 et 10000 euros nets mensuels, certains avec voiture de fonction et chauffeur. Ah oui et j'oubliais la CB de leur organisation et des notes frais professionnels où apparaissent la FNAC, les resto gastronomiques et les cadeaux. Tous ces gens sont bien sur unanimes lorsqu'il s'agit de dire à quel point l'innovation est importante pour le développement de la France...C'est surtout elle qui les engraisse et les gavent d'argent publique alors que les entrepreneurs triment pour quelques euros de subventions. Oui, l'innovation n'est pas que technologique mais si la BPI était honnête elle ferait un audit des comptes des pôles de compétitivités, des incubateurs et autres structures tel que le GENOPOLE d'EVRY afin d'expliquer comment l'argent est utilisé. Car le vrai scandale est là. Comment peut-on dépenser plus d'argent dans ces structures que dans le financement direct des start-up innovantes.... avec aucun contrôle de la réalité de l'aide apportée aux entrepreneurs. Croyez moi, pour y avoir travaillé, je peux vous assurer que le seul intérêt de ces structures c'est le lobbying qu'elles font entre elles pour se fournir les subventions de l'état aux entrepreneurs qui ont signé un accord avec elles. N'espérez pas plus. La BPI est juste en haut de la pyramide c'est elle qui file le fric. point final.
a écrit le 26/01/2015 à 15:45 :
On oublie aussi trop souvent ECOCEAN dans l'ingenieurie écologique et qui remporte de tres nombreux contrats dans le Monde et qui continue via des projets francais et europeens sa R&D.
a écrit le 26/01/2015 à 15:45 :
Tout à fait d'accord avec Francky. Franchement, on peut dire que la BPI ne fait pas dans l'innovation en matière de constat! D'une certaine façon le constat d'un tel constat de retard est consternant! Bon restons positif, mieux vaut commencer une course que de ne pas la faire du tout!
a écrit le 26/01/2015 à 13:04 :
Et dire qu'il faut attendre 2015 pour les voir faire ce constat. Mieux vaut très (voir trop) tard que jamais!
a écrit le 26/01/2015 à 10:20 :
En France le R&D est mis en avant pour des raisons principalement fiscales: c'est un de moyens d'amoindrir un impot à un taux idiot. Baissez l'imposition générale, supprimez les niches fiscales et vous verrez un ré-équilibrage entre R&D et innovation...
a écrit le 26/01/2015 à 9:29 :
...la technocratie est l'inverse de l'innovation, de l'efficacité, de la performance industrielle, commerciale ou sociale, la technocratie qui nous gouverne...c'est la faillite et la régression permanente.

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