E-commerce : "La supply chain vit un moment de bascule" (Manuel Davy, Pdg de Vekia)

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Aujourd'hui, le client qui achète en magasin, chez lui sur son ordinateur ou sur mobile, exige d'avoir le choix entre de nombreuses références. Il veut aussi bénéficier du meilleur prix et pouvoir retirer son produit en magasin ou se le faire livrer le plus vite possible. Cette nouvelle exigence représente un défi majeur pour les distributeurs, qui doivent totalement repenser l'organisation de leur supply chain, estime Manuel Davy, qui vient de lever 12 millions d'euros pour sa startup Vekia.
"Aujourd'hui, le client qui achète en magasin, chez lui sur son ordinateur ou sur mobile, exige d'avoir le choix entre de nombreuses références. Il veut aussi bénéficier du meilleur prix et pouvoir retirer son produit en magasin ou se le faire livrer le plus vite possible. Cette nouvelle exigence représente un défi majeur pour les distributeurs, qui doivent totalement repenser l'organisation de leur supply chain", estime Manuel Davy, qui vient de lever 12 millions d'euros pour sa startup Vekia. (Crédits : DR)
Le lillois Vekia, acteur clé du machine learning dans le secteur de la supply chain, réussit une nouvelle levée de fonds de 12 millions d'euros auprès de Serena Capital, le fonds Ambition Numérique de Bpifrance, et ses investisseurs historiques Pléiade Venture, CapHorn Invest et ZTP. Manuel Davy, son cofondateur et président, revient pour La Tribune sur cette levée et l'impact de l'intelligence artificielle dans l'évolution de la supply chain.

LA TRIBUNE - Vekia fait partie de ces startups nées dans un laboratoire. Comment avez-vous réussi cette bascule ?

MANUEL DAVY - Je suis un ingénieur, mais je m'intéresse à l'intelligence artificielle depuis longtemps d'un point de vue académique. J'ai fait une thèse de doctorat sur le machine learning en 2000, j'ai aussi été chercheur à l'Université de Cambridge au Royaume-Uni et j'ai animé pendant quelques années la communauté scientifique en France autour de ce thème. Au milieu des années 2000, je me suis installé à Lille. L'équipe de l'Inria m'a alors contacté pour rejoindre son équipe de recherche et travailler sur l'intégration de l'intelligence artificielle dans le commerce de détail [retail, NDLR].

Suite à mes contacts avec le tissu économique local, j'ai co-fondé Vekia en 2008. C'était alors une entreprise de conseil. J'aidais mes clients, des acteurs de la grande distribution, à prévoir grâce au machine learning la fréquentation de leurs magasins, pour mieux adapter les horaires des hôtesses de caisse. On pouvait prévoir jusqu'à un an en avance, avec un taux d'erreur très faible, combien de personnes fréquenteraient le magasin un jour précis.

Fort de ce succès, Vekia a pivoté en 2010 pour vendre un logiciel de planification des horaires de caisse. A partir de 2012, nous avons pivoté à nouveau pour fournir des solutions qui aident l'ensemble de la supply chain.

A quel besoin répond Vekia pour les retailers ?

L'essor du e-commerce a changé la manière de consommer. Aujourd'hui, le client qui achète en magasin, chez lui sur son ordinateur ou sur mobile, exige d'avoir le choix entre de nombreuses références. Il veut aussi bénéficier du meilleur prix et pouvoir retirer son produit en magasin ou se le faire livrer le plus vite possible, en un jour ou moins. Cette nouvelle exigence représente un défi majeur pour les distributeurs, qui doivent totalement repenser l'organisation de leur supply chain.

Les détaillants sont confrontés au casse-tête d'avoir des centaines de références en stock, situées à proximité de leurs clients, tout en gardant des coûts faibles. Il faut donc qu'ils disposent des meilleures prévisions de vente afin d'éviter les ruptures de stock, qui impactent fortement leur productivité et leur chiffre d'affaires. Fonctionner sous Excel, comme beaucoup le font actuellement, n'est plus possible. La supply chain vit un moment de bascule. Les détaillants plafonnent en matière de performance : ils ont des centaines de sites, des millions de références, donc désormais les méthodes d'empirisme ne suffisent plus pour être compétitif.

C'est là qu'entre en jeu l'intelligence artificielle ?

Oui. Notre logiciel, qui fonctionne grâce au machine learning, apporte à nos clients une augmentation immédiate de leur chiffre d'affaires de 3% à 5%. Il leur permet de réduire le stock de 8% à 30%, les taux les plus hauts étant observés dans la distribution spécialisée. L'intelligence artificielle permet de prévoir les ventes en prenant en compte une multitude de paramètres d'une complexité inouïe, complètement inaccessible aux méthodes traditionnelles de calculs et au cerveau humain. L'IA peut analyser simultanément l'impact d'une campagne publicitaire, la météo, les fournisseurs, la fréquentation... pour obtenir des prévisions d'une précision inégalée, ce qui permet de répondre parfaitement à la demande des consommateurs sans encombrer les magasins et les entrepôts avec du stock inutile.

Vous revendiquez la meilleure technologie du marché. Pourquoi ?

Nous sommes en avance sur nos concurrents, qui sont surtout américains, en partie parce que les enjeux de la supply chain aux Etats-Unis sont moins complexes qu'en Europe, en raison de leur rapport à l'espace. Notre expertise se fonde sur des années de recherche académique, une connaissance pointue du terrain car nous passons beaucoup de temps avec nos clients, et des échanges réguliers avec des cabinets d'experts internationaux pour rester à la pointe des évolutions du secteur. Au risque de ne pas paraître assez modeste, cela nous donne la vision la plus aboutie au monde sur le sujet.

Cette levée de 12 millions d'euros, c'est justement pour vous affirmer à l'international ?

Vekia entre dans une étape cruciale de son développement à la fois en
France, en Europe et à l'international. Ce nouveau tour de table va nous aider à concrétiser notre objectif fondateur consistant à offrir des solutions de supply chain de nouvelle génération. Cette levée va également nous donner les moyens de nous étendre en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Asie, tout en continuant à innover pour conserver notre avance technologique. Nous avons aujourd'hui 60 salariés, nous espérons doubler notre effectif d'ici à un an et élargir notre portefeuille de clients, aujourd'hui composé d'une vingtaine de groupes [Galeries Lafayette, Mr. Bricolage, But, Leroy Merlin, Fnac...], dont 15 réalisent un chiffre d'affaires supérieur à un milliard d'euros.

Propos recueillis par Sylvain Rolland

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Commentaires
a écrit le 08/09/2017 à 6:26 :
En terme de modestie, micron a trouve son maitre.
a écrit le 07/09/2017 à 23:46 :
rotation des références, cout kg*kilomètre, pas simple effectivement...
a écrit le 07/09/2017 à 9:24 :
et pour la petite histoire........
y a 20 ans++ je discutais avec un ami informaticien, brillant programmateur en c, java et reseau
il avait un ami informaticien qui avait developpe un logiciel neuronal qui faisait de la prevision boursiere; j'ai eu beau lui expliquer que ca n'etait pas possible ' comme ca', il n'a pas demordu
je lui ai conseille d'utiliser le logiciel au lieu de le vendre, il serait milliardaire plus rapidement........
les deux sont toujours informaticiens, et aucun n'est milliardaire.....
a écrit le 07/09/2017 à 9:20 :
pour etre intervenu plusieurs fois en grande distrib (en france et ailleurs) , je peux sans trop de pbs vous dire que c'est loin d'etre aussi simple qu'enonce......... quant a prevoir un an a l'avance, alors celle la elle est bonne!!! je ne vais pas dire pourquoi, mais intuitivement chacun a deja des idees la dessus...
cela dit je suis d'accord sur les concepts et la philosophie ( que les entreprises ne veulent pas entendre, vu qu'elles veulent du pull - euh egards aux process en arriere boutique, si vous voyez a quoi je pense-)
a écrit le 07/09/2017 à 8:42 :
Si j'ai bien compris, il s'agit de la gestion de la chaîne logistique (supply chain) à destination des détaillants (retailers) grâce à un logiciel d'apprentissage automatique (machine learning). Est-ce bien cela?
Réponse de le 07/09/2017 à 14:10 :
Merci pour votre traduction..instantanée !!!! J'en étais resté a retail= commerce donc retailer = commerçant expression un peu dépassée !!!
Réponse de le 07/09/2017 à 17:49 :
Voir le sketch des Inconnus : Les Langages Hermétiques

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