La Tribune

Les amours impossibles de Lagardère avec la télévision

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Sandrine Cassini  |   -  658  mots
Le groupe de médias avait le budget le plus important de toutes les candidatures aux nouvelles chaines de la TNT. Mais le CSA l'a écarté. Un énième déboire de Lagardère dans la télévision.

« Un autre concept, Elle TV, devrait être développé en fin d'année ou l'année prochaine ». Cette phrase, c'est Arnaud Lagardère lui-même qui l'a prononcée. C'était en 2001. L'héritier de Jean-Luc Lagardère donnait un entretien avec son père au journal Investir. Il a fallu plus de 10 ans au groupe de médias pour présenter son projet au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Et pour ce quasi anniversaire, Lagardère avait mis les petits plats dans les grands. De toutes les auditions publiques, la présentation faite par Denis Olivennes, le patron de Lagardère Active, la branche médias du groupe, était la plus convaincante. Le groupe, qui s'est pour l'occasion attaché les services d'Isabelle Giordano pour la ligne éditoriale d'Elle TV, avait aussi prévu le budget le plus important, avec 139 millions d'euros de pertes avant d'atteindre l'équilibre. Mais c'était le prix à payer pour conquérir 2,3% de part d'audience en 2015, et 73,8 millions de recettes publicitaires, des chiffres bien supérieurs aux prévisions des concurrents.

Les propos malheureux d'Arnaud Lagardère devant les analystes

Pourquoi le CSA n'a-t-il pas retenu le projet le plus ambitieux ? Peut-être n'a-t-il pas voulu prendre le risque de déstabiliser le marché avec un acteur qui dispose de moyens supérieurs aux autres. Une chose est sûre, les errements du groupe dans la télévision ces dernières années n'ont pas dû l'aider à convaincre les Sages. De fait, Arnaud Lagardère, dont l'absence avait brillé lors de l'audition, a tenu des propos malheureux devant les analystes. «Je ne suis pas si optimiste que ça concernant les investissements importants sur la TNT, surtout si on est seul », avait-il déclaré. Malgré un rétropédalage public dans les pages du Journal du dimanche qui lui appartient, le patron n'a pas suffit à faire oublier cette sortie.

Navigation à vue

Dans la télévision, Lagardère navigue à vue depuis longtemps. Son expérience dans la TNT est révélatrice. A l'origine, il possédait trois fréquences, il n'en détient plus qu'une, avec sa chaîne pour enfants Gulli, qu'il ne contrôle même pas entièrement, puisque France Télévisions en possède 34%. Une co-habitation orageuse, puisque pendant plusieurs mois, les deux groupes avaient du mal à s'entendre sur le positionnement et donc sur le budget 2012. Lagardère voulait orienter Gulli sur la famille, une cible plus séduisante pour les annonceurs, et France Télévisions sur la cible enfants. Selon nos informations, les parties sont enfin parvenues à un accord. En tout cas, l'arrivée prochaine de 6Ter, la nouvelle chaîne de M6, à destination de la famile risque de faire l'ombre à Gulli, sur ce segment. Avant cela, le groupe avait rendu sa fréquence payante Canal J et cédé Virgin 17 à Bolloré pour 70 millions d'euros, au prétexte que la possibilité de rentabiliser cette chaîne musicale était impossible à trouver, mais sans avoir fourni d'explications convaincantes sur ce désengagement. A ce jour, il possède notamment Canal J, MCM et Tiji, des chaînes disponibles sur le câble et le satellite.

La malchance dans la TV est historique

Les grandes ambitions du groupe du télévision ont toujours été déçues : on se souvient du désastre de la Cinq qui avait failli couler le groupe alors présidé par Jean-Luc Lagardère. Une aventure douloureuse engagée après avoir raté la privatisation de TF1, confiée à Bouygues.  En 2001, il avait lancé en grandes pompes  Match TV, doté de 80 millions de francs de budget. La chaîne devait baisser le rideau 3 ans et demi plus tard.  Arnaud Lagardère avait alors de ses v?ux la privatisation de France 2 ...qui n'est jamais arrivée. Aujourd'hui, Lagardère est toujours bloqué avec 20% de Canal Plus France. Et n'est toujours pas parvenu à un accord avec Vivendi sur la cession de cette participation.

 

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