Smartphones : haro sur les accros !

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Des participants à un événement de L'Oréal, ce dimanche à Paris, à l'occasion de la Fashion Week.
Des participants à un événement de L'Oréal, ce dimanche à Paris, à l'occasion de la Fashion Week. (Crédits : Reuters)
Dans la rue, les restaurants ou les concerts, les utilisateurs de smartphones en agacent parfois plus d’un. Au point que professionnels et pouvoirs publics n'hésitent plus à interdire l’usage de ces « téléphones intelligents » qui ne nous quittent plus.

L'anecdote a de quoi faire sourire. Comme le rapporte France Inter ce lundi, le patron du restaurant Le Petit Jardin, à Saint-Guilhem-Le-Désert (Hérault), a décidé d'interdire les smartphones à table. Dans cet établissement, si un convive ne peut s'empêcher de pianoter sur son terminal, il s'expose à un coup de sifflet du personnel, accompagné d'un système de cartons jaune et rouge, synonyme d'avertissement puis d'exclusion, comme dans un match de foot. Aux yeux du patron du restaurant, si les smartphones doivent rester dans les poches, c'est parce qu'ils sont accusés de « briser les échanges et la convivialité ». Si l'initiative est saluée par de nombreux clients, d'autres, en revanche, ne sont pas prêts de revenir à cette table. A l'instar de cette cliente qui affirme sur Tripadvisor.fr avoir été « expulsée » des lieux parce que « [sa] nièce de 16 ans regardait son portable ». « Cela s'appelle du fanatisme et de la dictature », fusille l'intéressée, qui déplore « [avoir] eu le droit, en sus, à une leçon de morale sur l'éducation des enfants ».

Alors que partout dans le monde, les smartphones se sont imposés dans notre quotidien, beaucoup s'agacent de la place prise par ces terminaux, qui nous emprisonneraient trop souvent dans un futile et superficiel cocon virtuel. L'initiative du Petit Jardin rappelle, par exemple, l'interdiction des smartphones dans les concerts de la chanteuse Alicia Keys. Si la démarche vise à empêcher la diffusion de ses shows sur les réseaux sociaux, elle constitue aussi un moyen d'appeler les fans à profiter vraiment des concerts. Ou, en d'autres termes, à ne plus s'épuiser à brandir leur terminal au-dessus des têtes pour une vidéo de piètre qualité et une poignée de « j'aime » sur Facebook ou Instagram.

Quand le smartphone provoque des accidents

Pis, l'addiction au smartphone génère de plus en plus d'accidents. C'est notamment le cas de piétons qui traversent le nez rivé sur leur écran, sans prendre garde à la circulation. La ville hawaïenne d'Honolulu a d'ailleurs pris le problème à bras-le-corps. A compter de la fin du mois d'octobre cette année, les policiers pourront infliger des amendes de 15 à 35 dollars aux piétons qui traversent les yeux scotchés sur leur terminal. Hyper-connecté, le monde politique n'est pas non plus épargné par les interdictions. Pendant la campagne présidentielle, plusieurs chaînes de télévision ont décidé de bannir les smartphones pendant les joutes entre candidats. Cette décision est intervenue après la polémique qui a suivi le premier grand débat télévisé sur TF1, au mois de mars. Pendant l'événement, François Fillon, qui a consulté son téléphone à de nombreuses reprises, a été accusé de « tricherie » par certains commentateurs. Même si l'intéressé a vertement démenti.

Les dérives de l'addiction au smartphone sont devenues un sujet de société à portée mondiale. En témoigne, par exemple, le clip ravageur dévoilé l'an dernier par le musicien électro Moby :

L'Hexagone est, à ce propos, un excellent sujet d'étude, si l'on en croît une enquête du cabinet Deloitte, où ses experts passent au crible la « relation fusionnelle » des Français avec leurs smartphones.

Etude Deloitte smartphone

(Crédit: Deloitte)

« Outil numérique polyvalent, le téléphone portable est devenu omniprésent, assure Deloitte. Il accompagne les Français partout et tout le temps. Pour un Français sur cinq, il se passe moins de cinq minutes entre le réveil et le premier coup d'œil au téléphone portable (hors désactivation de l'alarme) ; une proportion qui double chez les 18-24 ans. Le soir, 23 % des Français le consultent une dernière fois moins de cinq minutes avant de s'endormir. »

« Des comportements à risque »

Le problème est que, selon Deloitte, la dépendance au smartphone est devenue telle que certaines pratiques nocives et dangereuses se répandent :

« De fait, 41 % des Français confessent qu'il leur arrive de consulter leur téléphone au milieu de la nuit, hors vérification de l'heure. Et une part non négligeable d'entre eux (7 %) déclarent même répondre à leurs messages nocturnes. L'usage intensif du téléphone portable peut aussi générer des comportements à risque : ainsi, 58 % des Français reconnaissent qu'il leur arrive de consulter leur smartphone au volant et 66 % alors qu'ils traversent la rue. »

Des chiffres qui alimenteront, à n'en point douter, le moulin des partisans du droit à la déconnexion... D'autant que ces pratiques excessives risquent fort d'aller crescendo dans le sillage de l'amélioration technologique des terminaux. On songe, par exemple, aux nouveaux outils de reconnaissance faciale, qui permettent notamment de déverrouiller son terminal d'un simple regard. De quoi, une fois encore, faciliter la vie digitale des accros du smartphone. Lesquels, se muent, pour le meilleur et pour le pire, en véritables prothèses cérébrales.

| Lire aussi: Le smartphone, la télécommande de notre vie

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Commentaires
a écrit le 03/10/2017 à 17:31 :
Depuis un Iphone 9(prototype)
Les smartphones sont un progrès indéniable qui vont rendre les grandes métropoles plus globales et surtout inclusives
a écrit le 03/10/2017 à 15:55 :
Smartphones en France: 10 ans de retard sur le Japon; pays bien connu pour le qualité de vie perçue par ses habitants... Toutefois, ne pas confondre l'outil, neutre, et ses utilisateurs, crétins. Mais c'est bien ça qu'on leur demande: la TV, les "rézo" (rézozos, non ?), selfies !!! photos (seul critère de publicisation chez Apple !!!) (qu'on ne re-regarde jamais (53k disait fièrement l'épicier d'à côté...)), le mp3, etc... Un smartphone n'est rien d'autre que le miroir de son possesseur.
a écrit le 03/10/2017 à 11:20 :
Comme on déposai les armes a l'entrée du saloon pour maintenir l'ordre, il est normal d'accepter les règles ou de ne pas y entrer! C'est un choix!
a écrit le 03/10/2017 à 7:53 :
.... enfin des initiatives contre cette aliénation technologique : quais de gare restos , salles d'attentes .... plus personne ne regarde l'autre : une société déshummanisée en marche !
Réponse de le 03/10/2017 à 13:59 :
Eh oui, avant les gens lisaient des livres en attendant leur train, bus avion. Maintenant il le font de manière dématérialisée. Bref rien de bien nouveau. Simple évolution.
Sinon pour ceux qui voudraient imposer leur techno phobie, il y a les Amishs.
Réponse de le 03/10/2017 à 17:15 :
@Réponse de J’aime mon smartphone

"Eh oui, avant les gens lisaient des livres en attendant leur train, bus avion. Maintenant il le font de manière dématérialisée".

Si y' avait que ça :

Pour mieux comprendre le comportement des détenteurs de smartphones, la CNIL a demandé en 2011 à Médiamétrie de réaliser une enquête auprès de 2 315 utilisateurs de smartphones. Il en est ressorti que parmi les personnes interrogées :
89 % stockent des données de contact ou des coordonnées,
86 % des données multimédias (photos/vidéos 75 %, agenda 52 %, notes 41 %…)
40 % des possesseurs de smartphone stockent des données à caractère secret (coordonnées bancaires 7 %, codes secrets 17 %, codes d'accès aux immeubles 17 %, informations médicales 3 %…).
64 % ne voient pas l'intérêt ou pensent qu'il n'est pas possible d'installer un antivirus sur son smartphone (20 % des personnes équipées Android en ont déjà installé un).
51 % pensent que les données d'un téléphone mobile ne sont pas enregistrées ni transmises sans leur accord.
46 % que les informations de localisation via le téléphone mobile ne sont pas transmises sans leur accord.
Près d'une personne sur deux vérifie au moment de télécharger une application, les données auxquelles elle a accès… mais 71 % ne lisent pas ou rarement les conditions d'utilisation.
a écrit le 02/10/2017 à 21:04 :
les humains veulent tellement se détacher de l'exterieur pour mieux se protéger eux même... qu'ils deviennent déshumanisé au point de ne pas apprécier ce qui les entourent... on fuit peut etre le malaise de notre génération pour nous cloitrer dans nos smartphones intelligents...
Réponse de le 03/10/2017 à 7:54 :
?!? .... vous pourriez nous expliquer OU se trouve l'intelligence dans ces boitiers ???
Réponse de le 03/10/2017 à 14:30 :
c'est une peu un pléonasme le smartphone intelligent.

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