OPINION. « Le rabot de trop. Et après ? », par les présidents Patrick Martin, Amir Reza-Tofighi et Arnaud Rousseau

Patrick Martin, le 27 janvier à Paris.
LTD/Victor Joly/ABACAPRESS

Patrick Martin, le 27 janvier à Paris.
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Le gouvernement, sans même écouter ni recevoir les représentants de toutes les entreprises de France qui l’avaient pourtant expressément demandé, a décidé de geler le barème des exonérations de cotisations patronales au moment même où le smic augmente de 2,4 % dès demain. Autrement dit, alors que le coût du travail augmente mécaniquement, l’État réduit dans le même temps les dispositifs qui permettaient d’en amortir l’impact. Une décision prise à contretemps au regard de la situation économique, et sans concertation suffisante.
Les entreprises, déjà confrontées aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient, devront donc absorber à la fois une hausse du coût du travail et une baisse mécanique des allègements qui permettent précisément d’en limiter l’impact. Et cela alors même que le taux de chômage vient de repasser au-dessus de la barre des 8 %, pour la première fois depuis cinq ans.
C’est une double peine. C’est surtout un signal extrêmement préoccupant envoyé à toutes celles et ceux qui créent de l’activité et de l’emploi dans notre pays. Et c’est le quatrième coup de rabot en trois ans. Au pire moment pour les entreprises, pour l’économie de notre pays, pour les Français.
Les défaillances augmentent. L’emploi salarié dans le secteur privé recule. Les tensions géopolitiques pèsent sur l’activité. Les marges sont sous pression. Dans ce contexte, alourdir de plus de 2,2 milliards d’euros le coût du travail pour les entreprises n’est pas une mesure de redressement. C’est un contresens économique. C’est une prise de risque politique, économique et sociale.
Oui, il faut réduire les déficits publics. Mais on ne sauvera pas nos comptes publics en fragilisant ceux qui produisent, embauchent et investissent. À force de chercher des recettes sur le travail, on finit par détruire le travail lui-même, on rend plus coûteuses les augmentations de salaires pour les entreprises. C’est exactement l’inverse de l’indispensable valorisation du travail que nous défendons, et que les salariés attendent avec impatience.
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À très court terme, cette mesure va d’abord pénaliser des entreprises essentielles à la vie des territoires et qui emploient de très nombreux salariés faiblement qualifiés. Le risque pour l’emploi est donc majeur, tout comme le risque de fragilisation de la cohésion sociale dans nos territoires.
Le vrai débat doit commencer dès maintenant. Car chacun doit avoir conscience de ce qui se prépare. Après quatre coups de rabot en trois ans, un nouvel alourdissement du coût du travail ne serait plus un ajustement budgétaire. Ce serait un choix politique délibéré. Le choix de taxer davantage le travail pour financer l’absence de réformes structurelles de la dépense publique.
Et les conséquences sont parfaitement connues : moins d’embauches, moins d’augmentations salariales, moins d’investissement, davantage de défaillances et davantage de chômage.
Posons-nous une question simple : comment réduire durablement la dépense publique sans casser la compétitivité de nos entreprises ni sacrifier l’emploi ?
Le moment est venu de renouer le dialogue. Pas pour corriger à la marge. Pour changer de logique. À force de considérer les entreprises comme une variable d’ajustement budgétaire, on finira par affaiblir durablement la croissance, l’emploi et notre modèle social lui-même. On ne préservera pas le modèle social français en renchérissant sans cesse le travail qui le finance.