BAROMÈTRE EXCLUSIF. 38% des patrons français envisagent de se développer hors du pays en 2026

Michel Edouard Leclerc pendant la Commission des affaires économiques au Palais Bourbon, Paris, le 25 novembre 2025.
LTD/Alexis Jumeau/Abaca

Michel Edouard Leclerc pendant la Commission des affaires économiques au Palais Bourbon, Paris, le 25 novembre 2025.
LTD/Alexis Jumeau/Abaca
Il y a un an, les patrons affichaient pour 2025 un pessimisme jamais vu depuis 2012 pour l’économie française, sur fond de paralysie politique, de dérive des finances publiques et de compétitivité malmenée. Ils affichaient en revanche un regain d’optimisme jamais vu à l’égard de l’international, à la recherche d’une prospérité impossible à trouver dans l’Hexagone.
Malgré ce signal d’alarme, les entreprises ont quand même été au rendez-vous l’an dernier, comme l’a confirmé l’Insee fin décembre : elles ont maintenu l’emploi, investi davantage, et assuré l’essentiel de l’effort qui a permis à la France d’afficher une croissance de 0,9 %, quand les ménages se réfugiaient dans leurs bas de laine… L’économie française s’en tirera-t-elle aussi bien en 2026 ? Pas mieux, en tout cas, si l’on en croit les dirigeants d’entreprise qui se montrent pour cette année un peu plus pessimistes encore pour leur activité en France, et toujours plus optimistes pour leurs affaires à l’étranger.
C’est l’enseignement majeur de la 21e édition du baromètre des dirigeants français, une enquête exclusive menée chaque début d’année par Eurogroup Consulting, BFM Business et La Tribune Dimanche auprès des principales entreprises françaises (CAC 40, SBF 120, grandes sociétés familiales, ETI et PME emblématiques du paysage économique national) pour évaluer leurs perspectives d’activité, leurs priorités et leurs craintes.

« Les patrons voient la France faire du surplace, s’enliser dans les éternels débats sur la taxation des entreprises et des riches, constatent que l’absence de majorité politique empêche les réformes qui rendraient le pays plus compétitif et plus souverain au moins jusqu’à l’élection présidentielle de 2027, constate Gilles Bonnenfant, président d’Eurogroup Company. Ils ne croient plus au retour d’un monde stable tel qu’on le connaissait avant le Covid-19, et ne peuvent plus se payer le luxe d’attendre. Ils sont bien décidés à aller chercher la prospérité là où elle se trouve dans le monde. »
Un monde dans lequel il faut de plus en plus jouer des coudes pour gagner sa place, entre les taxes douanières de Donald Trump, la virulence de la concurrence chinoise… et de nos voisins européens. Et qui impose aux dirigeants français de resserrer leurs priorités : 83 % placent en tête de liste la rentabilité et la compétitivité.
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Les objectifs de moyen et long terme sont clairement mis entre parenthèses : la menace climatique et environnementale n’est plus considérée comme majeure que par 8 % des dirigeants, presque deux fois moins qu’il y a un an… Les risques de cyber-attaques ou de fuites de données ne préoccupent que 20 % d’entre eux…
L’année 2025 a acté le décalage entre la France et le reste du monde. L’année 2026 va-t-elle acter son décrochage ? Jamais depuis que notre baromètre a été créé en 2006 les perspectives d’activité n’étaient restés dans le rouge deux années de suite. Même après la crise financière de 2008, même pendant la crise européenne du début des années 2010, même après le coup de massue fiscal porté par François Hollande en 2013. Or, en 2026, le nombre de patrons pessimistes est supérieur au nombre de patrons optimistes… pour la troisième année d’affilée !

Quel que soit le secteur, les managers ne cachent pas leur inquiétude, tant en matière de carnets de commandes que de rentabilité. Le commerçant Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique E.Leclerc, estimait récemment que « la France entre dans une économie d’arbitrage permanent, presque de renoncement ». L’industriel Benoît Bazin, PDG de Saint-Gobain, s’inquiète, en présentant ses comptes, d’un « marché français clairement en retard par rapport à d’autres pays européens en matière de reprise ». La présidente de France Assureurs Florence Lustman constate de son côté devant les parlementaires « une accumulation de risques sur la France qui freine les projets à long terme ».
Et si 9 % seulement des patrons se disent pessimistes pour 2026, c’est parce qu’ils comptent mettre le cap sur le grand large : les perspectives d’activité à l’étranger se maintiennent aussi pour la troisième année d’affilée, proches de leurs records historiques ! C’est sans doute la tendance la plus emblématique de cette année 2026 : 38 % des dirigeants d’entreprise français envisagent de se développer dans un nouveau pays en 2026, du jamais-vu, deux fois plus qu’il y a deux ans ! Et ce sont les ETI, plus que les grands groupes déjà très internationalisés, qui affichent les ambitions les plus hautes.
Face à l’atonie du marché français, et aux barrières tarifaires qui se mettent désormais en travers des exportations, 56 % des patrons français ont une priorité : renforcer leur implantation directe sur les marchés étrangers. Ils n’étaient que 36 % il y a un an. Là encore, les ETI sont en première ligne : elles sont six fois plus nombreuses à annoncer une intensification de leurs investissements à l’étranger qu’un relâchement.

La perspective s’inverse complètement lorsqu’on les interroge sur leurs projets dans l’Hexagone : ils sont deux fois plus nombreux à anticiper une diminution plutôt qu’une augmentation de leur effort d’équipement en 2026. Les destinations privilégiées ? « L’Europe reste centrale, par effet de proximité, l’Amérique du Nord est redevenue une priorité, l’Asie et de plus en plus le Moyen-Orient sont considérés comme de vrais relais de croissance, alors que la dynamique d’investissement vers l’Afrique s’essouffle un peu », résume Frédéric Sanchez, président de CCI France international.
La France ne sera pas non plus prioritaire pour les recrutements, qui seront par contre massifs à l’étranger. Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, a bien résumé le climat ambiant lors de la présentation de ses résultats : « Le défi n’est pas d’embaucher davantage mais de mieux organiser le travail et les compétences. »
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Le message est on ne peut plus clair : les difficultés de recrutement avaient limité les suppressions de postes, mais les gains de productivité redeviennent la priorité. Malheureusement, vu l’état des finances publiques et l’équilibre des forces à l’Assemblée nationale, Sébastien Lecornu aura peu de moyens pour redonner cette année des couleurs à l’attractivité de la France. Le chemin sera bien long jusqu’à la présidentielle du printemps 2027.