Pierre Hurmic maire écologiste de Bordeaux : « Les maires sont les urgentistes de la République »

Pour le maire de Bordeaux, « la commune est l’échelon pertinent pour agir et déployer des politiques innovantes ».
LTD/TS/Mairie de bordeaux

Pour le maire de Bordeaux, « la commune est l’échelon pertinent pour agir et déployer des politiques innovantes ».
LTD/TS/Mairie de bordeaux
LA TRIBUNE DIMANCHE — Votre élection à la mairie de Bordeaux, en 2020, s’inscrivait dans une « vague verte » qui a aussi concerné Grenoble, Lyon, Marseille, Strasbourg et Poitiers. Six ans plus tard, le contexte est bien moins favorable à l’écologie. Comment l’expliquez-vous ?
PIERRE HURMIC — Alors que la situation climatique s’est incontestablement aggravée en six ans, on voit en effet que les discours climato-sceptiques et l’indifférence climatique prospèrent. La résignation du gouvernement actuel est donc totalement irresponsable, que ce soit sur le soutien aux énergies renouvelables et à l’électrification des véhicules, sur la lutte contre l’artificialisation des sols et la pollution de l’air ou encore sur le retour de certains néonicotinoïdes.
Mais l’inaction climatique est une dette pour le futur ! L’économiste Jean Pisani-Ferry explique qu’investir un euro aujourd’hui dans l’action climatique, c’est éviter de devoir en dépenser cinq demain. Cela nous oblige, nous les maires qui sommes en première ligne, à nous mobiliser face au dérèglement climatique, et aux vagues de canicules toujours plus nombreuses et plus fortes qui frappent nos concitoyens.
Pourtant, le sondage IFOP sur les attentes des Français place la lutte contre le dérèglement climatique au dernier rang de leurs priorités en vue des élections municipales. Est-ce que cela vous inquiète ?
Le fait que l’écologie soit occultée au niveau national incite certains à penser que l’écologie, ce n’est pas important. Oui, c’est inquiétant, mais la mobilisation historique contre la loi Duplomb, qui a réuni cet été plus de deux millions de signatures, tend à contredire le résultat de ce sondage.
Plus largement, le projet de budget de l’État pour 2026 ne prévoit aucun investissement pour l’avenir, alors que l’éco-anxiété explose chez les jeunes. Les maires ont donc le devoir d’être là pour prendre le relais de l’action climatique au niveau local. La commune est l’échelon pertinent pour agir et déployer des politiques innovantes, car nous avons une agilité que l’État a perdue depuis trop longtemps. C’est le local qui permettra de réinventer l’écologie et, plus largement, la politique. Ce sont des territoires et des villes que viennent, aujourd’hui, les innovations.
Aviez-vous mesuré les difficultés à convaincre, pour mettre en œuvre la transition écologique à l’échelle municipale ?
Ce n’est pas toujours difficile de convaincre sur ces sujets. Quand on multiplie par deux le patrimoine végétal de la ville, les retours des habitants sont globalement positifs. Chacun voit qu’un arbre, ce n’est pas un gadget, mais bien un allié face au réchauffement climatique. À l’inverse, quand j’ai réduit la place de la voiture sur les boulevards de Bordeaux, j’ai reçu un nombre d’insultes et de courriers incendiaires que vous n’imaginez pas…
Cela a mis du temps, mais, aujourd’hui, il y a sur les boulevards autant de déplacements en voiture qu’à vélo et en transport en commun. C’est une victoire énorme ! Mais la défiance qui existe vis-à-vis du politique au plan national contamine progressivement le local. D’autant que l’État est aujourd’hui un frein à la transition énergétique, à cause de la baisse des dotations allouées aux communes. En devenant maire en 2020, Je n’avais pas imaginé que l’État ferait face à un tel déficit budgétaire ! Face à cet État dégradé, sclérosé et asphyxié, les maires sont les urgentistes de la République.
Dans votre fonction de maire, quelles sont vos armes face au dérèglement climatique ?
C’est d’abord le volontarisme politique et la pédagogie. Par exemple, pour expliquer que réduire la place de la voiture c’est répondre à des enjeux de santé publique. À Bordeaux, nous avons réduit de 35 % la pollution de l’air. On y respire mieux qu’il y a cinq ans ! Le maire doit aussi jouer collectif pour fédérer les acteurs publics et privés du territoire. Le meilleur exemple est « l’Alliance de Bordeaux pour le solaire », qui a réussi à embarquer, en deux ans, l’essentiel des acteurs économiques et institutionnels du territoire autour du déploiement de panneaux photovoltaïques partout où c’est possible.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Où placez-vous le critère de la radicalité face au dérèglement climatique ?
Je suis convaincu qu’il faut être radicalement modéré. C’est-à-dire avoir le souci permanent d’une politique équilibrée et qui prenne en compte la réalité. En matière de sécurité, par exemple, notre position, qui est pragmatique, partenariale et mesurée, a défini une nouvelle doctrine d’emploi avec une brigade d’appui armée. Et, au final, nous avons combiné médiation et répression pour augmenter, de moitié, à la fois les policiers municipaux et les médiateurs.
La réduction de la place de la voiture reste aussi un sujet sensible, qui ne se fait pas facilement. Mais je ne porte pas un discours radicalement anti-bagnole. Ce que je veux, c’est laisser le monopole de la voiture en ville à ceux qui n’ont pas le choix. Et cela suppose de réduire la circulation pour les autres. Mais, en réalité, c’est l’absence d’écologie qui est punitive, alors que nous trottinons lentement derrière un climat qui change vite.
À lire également
Dans 10 ou 15 ans, à quoi ressemblera une ville qui aura réussi sa transition écologique ?
Ce serait une ville encore plus apaisée. Pour moi, le symbole fort, ce serait une ville dont les habitants n’auraient plus besoin de prendre leur voiture le week-end pour aller à la campagne respirer du bon air. Ce serait une ville végétalisée, où chacun pourrait vivre, profiter des espaces verts et profiter d’une bonne qualité de l’air.