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EMI débarrassée d'un rapace

Eric Albert, à Londres

Publié le 02 février 2011 à 10:30 - Mis à jour le 02 février 2011 à 11:50

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Le financier Guy Hands a finalement perdu la bataille : la maison de disques EMI, qu'il avait achetée en s'endettant très lourdement, est passé aux mains de sa banque créditrice, Citigroup. Plus que la crise du disque, cet échec montre la faillite de la méthode du "private equity".

Les Beatles sont désormais aux mains d'une banque. La mythique maison de disques EMI a été saisie par Citigroup mardi soir, mettant fin à trois années de batailles financières et juridiques, qui s'achèvent par une défaite claire et complète de Guy Hands, le financier à la tête du fonds de private equity Terra Firma.

En 2007, celui-ci impressionne le monde de la musique, en achetant au prix fort EMI -dont le catalogue comprend les Beatles, Pink Floyd, Coldplay, mais aussi Alain Souchon, St Germain, Etienne Daho... A l'époque, il débourse 4,2 milliards de livres (un peu moins de 5 milliards d'euros) pour acheter la maison de disques. Guy Hands, en roi du private equity, ne dispose bien entendu pas de cette somme: il s'endette fortement, essentiellement auprès de Citigroup. Et il transfère tranquillement le tout à EMI, qui se retrouve soudain sous un poids financier intenable.

Pas de chance pour Guy Hands: la crise financière débute peu de temps après. A cela s'ajoute la crise du CD, dont les ventes s'effondrent à cause de la concurrence d'internet. Le multi-millionnaire utilise alors les outils traditionnels du private equity: faire "suer" au maximum ses actifs. Il réduit les coûts, et crie son indignation devant les énormes avances demandées par les grands artistes. Certains, dont les Rolling-Stones, répliquent en claquant la porte.

De plus, cette stratégie de réduction des coûts ne suffit pas. A chaque échéance, EMI peine à rembourser sa dette. Enragé, Guy Hands -qui s'est installé en 2009 à Guernesey pour échapper au Fisc britannique- poursuit en justice Citigroup. Il en veut à la banque de l'avoir laisser croire qu'une autre offre sur EMI était dans les tuyaux en 2007, le poussant à augmenter son prix d'acquisition. Il a finalement perdu son procès en novembre.

Il ne restait alors à Citigroup plus qu'à ramasser les morceaux. La banque a pris le contrôle de l'entreprise mardi soir. Elle a immédiatement annulé les deux tiers de sa dette, qui passe de 3,4 milliards de livres à 1,2 milliards de livres (de 4 milliards d'euros à 1,4 milliard d'euros).

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EMI, pour la première fois depuis des années, est dans une situation financière assainie. "La recapitalisation d'EMI par Citi est un acte extrêmement positif pour l'entreprise, soupire Roger Faxon, son directeur général. Cela nous donne un des bilans financiers les plus solides de l'industrie (de la musique)."

Ca tombe bien. La maison de disques s'est aussi redressée ces dernières années. Son chiffre d'affaires s'est stabilisé, après une baisse d'un tiers de 2002 à 2008. En réduisant ses coûts, la maison de disques a même dégagé un bénéfice opérationnel de 140 millions d'euros en 2009/2010, dernière année pour laquelle les comptes sont disponibles (les comptes sont ici). Mais la dette était simplement trop forte pour que ces améliorations ne suffisent.

Il ne s'agit bien sûr pas d'exonérer EMI ou Citigroup. La maison de disques, avec son catalogue exceptionnel, n'aurait jamais dû décliner autant qu'elle l'a fait au début des années 2000. Si toute l'industrie de la musique a souffert, EMI a été particulièrement mal gérée. Quand à Citigroup, malgré son procès gagné, avoir prêté une telle somme à Guy Hands en 2007 relevait essentiellement de l'âpreté au gain. Aujourd'hui encore, si elle vend EMI pour plus de 1,5 milliards de livres (1,8 milliards d'euros), la banque pourra encore dégager un bénéfice.

Reste que c'est avant tout Guy Hands qui porte la responsabilité de cette catastrophe. Le financier a parié gros, et il a perdu. C'est un rappel utile que le private equity, quand il s'endette ainsi, peut faire de graves dégâts.

Eric Albert, à Londres

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