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La classe inversée, une piste d’avenir pour la France ?

Photo de Antoine Patinet

Mehdi Lazar

Publié le 23 septembre 2013 à 12:59 - Mis à jour le 23 septembre 2013 à 13:20

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Pour notre contributeur Mehdi Lazar, l'éducation française aurait tout à gagner à expérimenter le concept américain de "classe inversée", qui fait la part belle au numérique et au travail personnel, pour consacrer les heures de cours au suivi personnalisé. Explications.

A l'heure du décrochement sensible de la France dans les grands classements éducatifs internationaux, repenser le mariage entre pédagogie et TICE (les Technologies de l'Information et de la Communication appliquées à l'Enseignement) est essentiel. Non seulement ces dernières peuvent permettre aux enseignants et aux apprenants de développer des compétences utiles aux élèves - créativité et autonomie, capacités de résolution de problèmes et de raisonnement, capacités de sélection de l'information et de communication, etc. - mais elles peuvent en plus renouveler nos approches pédagogiques.

Pour cela, il convient cependant d'éviter deux écueils : ne pas voir les TICE comme un élément central dans un processus d'apprentissage global (et donc les intégrer de façon décrochée à la pédagogie) et consécutivement mettre en place la technologie d'abord et seulement ensuite songer aux applications pédagogiques de cette technologie. Ceci nous invite donc à repenser notre usage pédagogique des TICE. Pour cela, la « classe inversée » (ou flipped classroom en anglais) permet un usage technologique qui fasse sens pour les élèves et les enseignants et qui met l'élève et les compétences qu'il doit acquérir au centre des pratiques pédagogiques.

Libérer du temps pour une éducation individualisée

Plus particulièrement, la classe inversée permet de combiner un usage électronique nomade et des contenus sélectionnés par un enseignant. Ces contenus doivent bien sûr être adaptés à l'apprentissage mobile, c'est-à-dire ni trop longs, ni trop complexes à manipuler - avec par exemple, des vidéos qui ne pas dépassent pas une dizaine de minutes. Ils peuvent alors être vus de manière plus soutenue en classe et approfondis lors des cours suivants. Cette nouvelle alliance ouvre des perspectives fascinantes dans l'éducation.

La classe inversée permet notamment de motiver les élèves par le biais de support de cours attrayant et ludiques, elle permet à chaque apprenant de se créer un horizon d'apprentissage clair en anticipant le cours suivant et elle permet enfin de libérer du temps en classe pour une éducation plus individualisée et adaptée aux besoins de chacun. Car la « classe inversée » est en fait une nouvelle façon d'organiser le temps scolaire : la partie magistrale du cours est dispensée de façon électronique (capsules vidéo, lectures personnelles, visites virtuelles, etc.) et le temps de classe est consacré au travail en groupe, à l'étayage du professeur, aux discussions et aux activités d'apprentissage actives.

Une révolution pédagogique

Cette méthode a été inventée par l'américain Salman Khan en 2006 - il était alors analyste financier - lorsqu'il a commencé à mettre des vidéos en ligne pour que ses cousins puissent réviser leurs cours de mathématiques. Il a ensuite crée en 2009 son propre site éducatif, la Khan Academy qui dispose aujourd'hui d'une banque de données de plus de 4500 vidéos visibles gratuitement. Alors que son livre vient de sortir dans l'hexagone, de plus en plus de ces vidéos éducatives seront visibles en français. Elles ne correspondent cependant pas exactement à ce que nos élèves apprennent en classe et rien n'empêcherait la Direction Générale de l'Enseignement Scolaire du Ministère de l'Education nationale ou encore l'Institut de Documentation et de Recherche Pédagogique de créer leurs propres capsules adaptées à nos programmes français.

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La création de ces simples supports en français et adaptés à nos programmes permettrait ainsi d'opérer une « révolution » pédagogique - au sens premier du terme - puisque la classe inversée renverse les méthodes d'enseignement traditionnelles pour offrir une éducation en ligne en dehors des cours, combinée aux « devoirs » dans la classe. Cette pratique pédagogique permettrait donc de renforcer les compétences que les élèves doivent acquérir par un usage pertinent et réfléchi des technologies de l'information et de la communication. En devenant un des vecteurs centraux des apprentissages, ces dernières rendent de plus les élèves plus autonomes chez eux et plus impliqués en classe.

Un environnement d'apprentissage motivant et collaboratif

Ainsi, les avantages de cette méthode sont nombreux : les élèves écoutent le cours à la maison à leur propre rythme, tandis qu'ils peuvent communiquer avec leurs pairs et les enseignants par le biais des discussions en ligne ; certains élèves ne se sentent plus frustrés par l'incapacité de faire leurs devoirs ; les enseignants peuvent mieux revoir les notions avec les étudiants en classe puisque qu'ils ont plus de temps (de plus les élèves peuvent écrire leurs questions pendant et après avoir regardé les leçons, à leur rythme) ; la mise en pratique des compétences travaillées a lieu dans la salle de classe avec l'aide de l'enseignant, qui est plus disponible pour aider individuellement les élèves. D'ailleurs, ceux qui n'ont pas le soutien de leurs parents à la maison peuvent alors obtenir le soutien de l'enseignant lors des devoirs - dorénavant en classe - alors que ce n'était pas le cas avant. De plus, les élèves qui sont absents ne manquent pas les leçons, tandis que l'utilisation des TICE crée un environnement d'apprentissage motivant à la maison et collaboratif en classe.

Une piste à explorer

Très utilisée pour le moment pour les sciences dures, cette approche peut néanmoins s'appliquer à toutes les matières et permettrait ainsi de donner du sens à l'utilisation des technologies alors que ces dernières restent en France trop souvent peu exploitées ou bien deviennent une fin en soi - l'outil prenant ainsi le pas sur l'objectif pédagogique. Cependant, la classe inversée ne doit pas non plus devenir la seule méthode pédagogique utilisée par les enseignants : elle ne remplace pas la mise en place de situations de recherche ou la structuration des apprentissages en classe. Elle reste néanmoins une piste essentielle à explorer. Et elle peut être mise en place dès l'élémentaire, voire la maternelle, et ce jusqu'à l'enseignement supérieur et la formation continue des adultes.

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Même s'il manque pour le moment des analyses à grande échelle permettant d'avancer des résultats fiables sur son efficacité en France, la perspective d'une expérimentation dans notre pays serait la bienvenue tant les exemples de réussite abondent à l'étranger. Aux États-Unis par exemple, le lycée de Clintondale près de Détroit a commencé à utiliser la classe inversée en 2010. Les enseignants y ont créés trois vidéos de 5 à 7 minutes par semaine pour les élèves à regarder à la maison (ou à l'école s'ils n'ont pas accès à l'internet chez eux) et le temps de classe a été passé à faire des exercices ou des activités interactives pour renforcer les notions étudiées. Dans cet établissement difficile, avant ce dispositif 50 % des premières années du lycée échouaient en anglais et 44% en mathématiques. Après le « flip » (terme utilisé en anglais pour désigner la pratique de la classe inversée), les taux d'échec sont tombés à respectivement 19 et 13%  dans ces matières, tandis que le nombre de sanctions disciplinaires a été divisé par trois. En France, avec une utilisation régulière et une adaptation adéquate de la classe inversée, les résultats scolaires pourraient être très encourageants, surtout dans nos établissements difficiles. A ce titre, pouvons-nous encore nous passer d'une bonne idée sous prétexte qu'elle vient de l'étranger?

* Par Mehdi Lazar, docteur de l'université Panthéon-Sorbonne et directeur académique, Los Angeles

Mehdi Lazar

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