Nyse Euronext/ ICE : la Bourse ne croit pas en la fin du monde

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L'américain ICE veut racheter Nyse Euronext pour 8,2 milliards de dollars. L'opération est amicale et vise à rapprocher deux mastodontes des produits dérivés, des actions et des matières premières. Euronext pourrait retrouver une certaine autonomie via une mise en Bourse en Europe. Une bonne nouvelle pour ceux qui craignaient que les places européennes soient plus que diluées dans le nouvel ensemble.

C'est bel et bien confirmé et l'opération est amicale : l'américain Intercontinental Exchange, ICE veut lancer une OPA sur Nyse Euronext. L'accord, approuvé à l'unanimité par les deux entités valorise l'opération à 33,12 dollars par action Nyse, soit un total de 8,2 milliards de dollars. Les actionnaires de l'opérateur transatlantique pourront être rémunérés soit en cash, soit en actions ICE, soit un peu des deux à raison de 33,12 dollars en numéraire, 0,2581 action ordinaire ICE ou une combinaison de 11,27 dollars en numéraire plus 0,1703 action ordinaire ICE. L'opération devrait être conclue au second semestre 2013, sous réserve de l'approbation des autorités de réglementation européennes et américaines et des actionnaires des deux sociétés. ICE tient à conserver la marque NYSE Euronext. ICE conservera un siège partagé entre Atlanta et New York. Les bureaux à New York seront dans l'immeuble à Wall Street qui abrite la célèbre salle de marché. À l'issue de l'opération, les actionnaires de NYSE Euronext détiendront approximativement 36% des actions ICE. « Cette opération unit deux groupes boursiers diversifiés majeurs, présents dans les matières premières agricoles et l'énergie, les dérivés de crédit, les actions et dérivés sur actions, les changes et les taux d'intérêt. Forte de capacités de compensation de premier ordre, l'entité combinée sera bien positionnée pour réaliser des synergies tout en répondant à la demande de compensation et de gestion des risques d'une clientèle mondiale », indique Nyse Euronext dans un communiqué
Détail qui a son importance : ICE compte étudier les possibilités d'une introduction en Bourse d'Euronext en Europe continentale après la conclusion de l'acquisition si les conditions de marché et les décideurs européens y sont favorables. Soit une bonne nouvelle pour tous ceux qui craignaient que le poids des places européennes soit complètement dilué dans le nouvel ensemble. Le Liffe, la pépite d'Euronext sera-t-elle maintenue dans le giron de l'entité mise en Bourse ?

Une indispensable concentration

Si cette nouvelle a fait grand bruit dans le monde de la finance jeudi matin, elle n'en est pas moins le fruit d'une série de tentatives de rapprochements avortés ces dernières années. Et ce, malgré la volonté farouche de nombre d'opérateurs boursiers de concentrer leurs forces et leurs parts de marchés pour affronter un avenir encombré par l'arrivée de nouveaux intervenants aussi dynamiques que perturbants.
De fait, l'intérêt d'ICE, cet opérateur spécialisé dans le trading de produits dérivés sur les matières premières (essentiellement pétrole, gaz et électricité) ne date pas d'aujourd'hui. En avril 2011 déjà, il s'était associé à l'autre opérateur américain mais plus spécialement orienté sur les valeurs technologiques, Nasdaq OMX pour lancer une contre-offre sur celle proposée par l'Allemand Deutsche Börse sur Nyse Euronext. Contre-offre repoussée par l'intéressé. Finalement, le rapprochement entre Nyse Euronext et Deutsche Börse n'avait d'ailleurs pas pu se concrétiser, Bruxelles s'y étant opposé jugeant qu'il aurait constitué un intervenant européen trop puissant sur les produits dérivés.

Valorisation revue à la baisse pour Nyse Euronext

ICE met donc sur la table un peu plus de 8 milliards de dollars. Soit 3 milliards de moins qu'il y a un an, sachant toutefois qu'à l'époque l'américain avançait en association avec Nasdaq OMX. Il est vrai, toutefois que depuis 2011, Nyse a perdu de sa superbe, l'action du groupe se négociant en repli d'environ 10% quand celle du London Stock Exchange (LSE) gagne 40% et Deutsche Börse 10%. Depuis l'échec de l'opération envisagée avec l'opérateur boursier Allemand, les investisseurs ont effectivement plutôt boudé le groupe dirigé par Duncan Niederauer, même si celui-ci affiche des performances plus qu'honorables, grâce d'ailleurs à l'activité constatée sur les produits dérivés. Hier, Nyse Euronext annonçait d'ailleurs qu'il avait réalisé 117 introductions en Bourse pour l'équivalent de 36 milliards de dollars, l'essentiel provenant des Etats-Unis où 79 introductions et 16 transferts ont été réalisés en 2012 pour seulement 25 IPO en Europe pour l'équivalent de 3,5 milliards de dollars.

Une course à la taille depuis 10 ans

Cette opération, si elle aboutit, pourrait bien réamorcer la course à la taille que se livrent les opérateurs depuis près de 10 ans. Rappelons que dernièrement, les places australienne et singapourienne ont tenté de se rapprocher en vain. Idem l'an passé pour le L SE avec la place de Toronto. L'offre d'ICE peut aussi raviver l'intérêt d'autres opérateurs pour Nyse Euronext, comme Nasdaq qui n'a pas dit son dernier mot. Rebattant du même coup, les cartes pour les opérateurs européens encore isolés comme Deutsche Börse et le L SE. Mais peut-être ces derniers vont-ils attendre la mise en Bourse d'Euronext pour se lancer dans une nouvelle course à la taille critique.
Les enjeux sont, certes, colossaux, l'objectif de ces plateformes de cotation étant de se rapprocher pour faire front à l'émergence des « dark pools », ces plateformes développant un business de gré à gré sans passage par le marché centralisé. Sachant que les nouvelles réglementations bientôt mises en ?uvre confortent toutefois le rôle joué par les opérateurs nationaux, notamment au niveau de la compensation des produits dérivés qui devront tous être compensés par des chambres de compensation agrées. D'où l'intérêt du L SE pour LCH Clearnet, la chambre de compensation britannique, même s'il vient toutefois de réduire d'un tiers son offre sur l'entreprise compte tenu de charges nouvelles liées à l'activité de compensation. L'opérateur britannique ne propose donc plus 19 euros par titre mais 13 euros. A voir, du coup, si LCH Clearnet va se satisfaire de cette réduction.

Les américains veulent avancer vite et fort

On le voit, les opérateurs boursiers sont loin d'avoir dit leur dernier mot et dynamisent eux-mêmes un marché des OPA bien morne en cette année 2012. Les acteurs américains sont manifestement prêts pour avancer vite et fort vers cette incontournable concentration. Qu'en sera-t-il des européens ? On attend avec impatience leur réponse.
 

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Commentaires
a écrit le 23/12/2012 à 20:53 :
Dommage que dans l'article il n' y ait pas fait mention d' une possible dégradation par Standar-Poors...si l' offre ne se faisait pas .
a écrit le 22/12/2012 à 10:02 :
Depuis que j'ai soldé mon PEA le NYSE est à vendre !
Je vous jure, je ne l'ai pas fait exprès!
a écrit le 20/12/2012 à 14:53 :
Faut interdire les dark pools, le libéralisme c'est la transparence et d'ailleurs toutes les théories sur l'efficience boursière se basent sur cela comme absolu nécessaire et préalable.
Là en fait les sociétés de bourse se battent pour les statistiques, celles sur leurs clients pour savoir qui fait quoi, et revendre ces infos bien cher. Le listing client( équivalent à un fond de commerce), c'est bien souvent ce qui reste pour bon nombre de sociétés par exemple sur l'internet.

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