Quel avenir pour Nyse Euronext ?

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Le bénéfice net de Nyse Euronext a chuté de 20%, au deuxième trimestre 2012. Copyright Reuters
Le bénéfice net de Nyse Euronext a chuté de 20%, au deuxième trimestre 2012. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Après l'échec de ses tentatives de fusion, la maison-mère de la Bourse de Paris, qui a vu son bénéfice net chuter de 20% au deuxième trimestre, se bâtit des relais de croissance dans les produits dérivés et les nouvelles technologies.

Nyse Euronext va de Charybde en Scylla. La maison-mère des Bourses de Paris, New York, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne a publié vendredi une chute de 20% de son bénéfice net, au titre du deuxième trimestre, à 128 millions de dollars. Introductions en Bourse au compte-goutte, multiplication des retraits de la cote, prudence des investisseurs à l'égard des produits boursiers... Depuis l'exacerbation de la crise de la zone euro, il y a tout juste un an, l'environnement est des plus défavorables pour les entreprises de marché, déjà confrontées depuis cinq ans à la montée en puissance d'opérateurs low-cost, comme la Bourse Chi-X.

Des projets de croissance externe tombés à l'eau

Au-delà de cette contre-performance opérationnelle, la première partie de l'année a été riche en déconvenues stratégiques, pour Nyse Euronext. Dernière en date : l'avortement de ses velléités de rachat du London Metal Exchange (LME), raflé par la Bourse de Singapour. Quelques mois plus tôt, Nyse Euronext s'était fait souffler la chambre de compensation LCH (sécurisation des opérations boursières) par son grand rival, le LSE (London Stock Exchange). Surtout, en février, son projet de méga-fusion à 7,4 milliards de dollars avec Deutsche Börse avait été retoqué par les autorités de la concurrence européennes.

Priorité à la compensation

Or ce rapprochement devait permettre à Nyse Euronext de mieux résister à des volumes d'échanges en berne sur les marchés, via une plus grande diversification de ses métiers. En particulier dans la compensation, une activité qui a le vent en poupe depuis le début de la crise financière, puisqu'elle sécurise les opérations boursières entre acheteurs et vendeurs, en prenant en charge le risque de contrepartie. Qu'à cela ne tienne, Nyse Euronext a ressorti des cartons son propre projet de chambre de compensation sur les produits dérivés, annoncé en 2010 puis mis de côté durant sa tentative de rapprochement avec Deutsche Börse.

Ainsi, à partir du premier trimestre 2014, la compensation des dérivés négociés en Europe Continentale ne sera plus effectuée par LCH, mais par une filiale de Nyse Euronext basée à Londres. Une stratégie prometteuse, les nouvelles réglementations européenne et américaine obligeant les intervenants sur le marché des dérivés de gré à gré à sécuriser leurs échanges par l'intermédiaire de chambres de compensation.

Des revenus récurrents

Autre relais de croissance, pour Nyse Euronext : les technologies. En février, la maison-mère de la Bourse de Paris a racheté près du quart de Fixnetix, une société britannique spécialisée dans le trading (courtage) ultrarapide. L'objectif : renforcer sa filiale Nyse Technologies, qui a l'avantage d'apporter au groupe des revenus récurrents. De fait, le chiffre d'affaires de la division Services d'informations et solutions technologiques a diminué de 2% seulement, au deuxième trimestre, à 119 millions de dollars, alors que les revenus tirés des marchés au comptant (actions, obligations) ont chuté de 8%, à 300 millions.

Une fiscalité alourdie

Mais Nyse Euronext pourra-t-elle indéfiniment faire cavalier seul ? Certains experts en doutent. Il faut dire que bien des nuages planent sur la Bourse de Paris. Le 1er août est entrée en application la taxe sur les transactions financières, qui consiste à imposer à hauteur de 0,2% les achats d'actions de sociétés basées dans l'Hexagone et dont la capitalisation boursière est supérieure à un milliard d'euros. Pas de quoi inciter les investisseurs à revenir vers la Bourse de Paris. D'autant moins qu'à cette mesure va s'ajouter la taxe sur les dividendes. Payée par les entreprises françaises, elle risque de pousser ces dernières à réduire la rémunération de leurs actionnaires et, partant, à faire fuir les investisseurs vers des valeurs étrangères.

Par ailleurs, le projet d'une Bourse des PME françaises ayant accouché d'une souris, début juillet, il est très probable que le LSE s'engouffre dans la brèche, en exportant l'an prochain une solution calquée sur l'AIM (Alternative Invesment Market), le marché anglais dédié aux PME. Ce qui mettrait fin au monopole de Nyse Euronext sur ce créneau.

 


 

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a écrit le 04/08/2012 à 10:23 :
Si la guerre d'égos entre les dirigeants de la Bourse de Paris et celle de Francfort n'avait pas eu lieu dans le passé, nous aurions aujourd'hui une bourse européenne solide qui aurait pu concurrencer Londres. Au lieu de ça on s'est fait croquer par le Nyse, et des milliers d'emplois ont été supprimés en France et certainement dans d'autres pays...Quel gâchis !
La bourse dont la vocation principale est de financer les entreprises par le biais d'introduction et augmentation de capital joue de moins en moins ce rôle et laisse le champ libre aux marchés dérivés. Certes ceux-ci peuvent être utiles pour assurer des couvertures et une certaine liquidité sur le marché des titres sous-jacents, mais aujourd'hui, quelle est la part de spéculation et celle de couverture ?
La bourse est devenu un immense casino bien loin de sa vocation première et ceci fausse du même coup la véritable valorisation des titres. Je comprends le dirigeant qui retire son titre de la cote quand les résultats de son entreprise ne sont pas reflétés dans les cours de bourse !
Il faudrait revenir aux fondamentaux et pour cela donner un immense et salutaire coup de balai...mais j'ai malheureusement bien conscience que personne ne prendra cette courageuse décision...le frein étant cassé, on ne pourra donc arrêter la course folle que dans un mur, cela arrivera certainement un jour, mais quand ?
Réponse de le 04/08/2012 à 10:56 :
La spéculation, au sens péjoratif et pseudo-moraliste, ça n'existe pas. Ou plutôt, tout placement est spéculatif, en ce sens qu'il consiste à anticiper l'avenir (véritable définition de la spéculation). Comme personne ne dispose d'une boule de cristal en état de fonctionner, un placement est nécessairement soumis à une part d'aléa non prévisible, que l'on est tenté à tort de confondre avec le casino (pur aléa). Oui, la bourse est faite pour gagner de l'argent, mais n'est-ce pas le but de tout placement, y compris les livrets A ? C'est l'espoir de gain et pas autre chose qui permet de financer les entreprises et les prix, tous les prix, sont déterminés grâce à cet espoir de gain. A tout instant, la bourse valorise correctement les titres : si les valorisations sont faibles, cela signifie tout bêtement que l'espoir de gain est faible.
Réponse de le 04/08/2012 à 14:31 :
Merci "Spéculation" pour la leçon de théorie, néanmoins 35 ans au coeur des salles de marchés (dont 26 sur les dérivés) m'ont convaincu de l'extrême fragilité de ce raisonnement. Cela fait les affaires d'une certaine catégorie d'intervenants qui en vivent, certes, mais force est de constater que les introductions se raréfient depuis plus de 10 ans, les appels au marché de même, et certaines entreprises se retirent carrément de la bourse. Quand un système dérape et qu'il s'éloigne de ce pourquoi il a été conçu, il me semble qu'il y a lieu de se poser très sérieusement des questions et se remettre en question, c'est tout simplement du bon sens.
Réponse de le 04/08/2012 à 15:19 :
La dérive du système relève sans doute moins des évolutions de marché qu'au recours excessif à l'endettement bancaire, jusqu'à la fiscalité qui favorise la dette et punit le capital. Mais la crise en cours va nous faire revenir à une situation plus saine : c'est à ça que servent les crises.
Réponse de le 04/08/2012 à 17:31 :
Oui très certainement, on est bien d'accord, sauf que la crise de 2008 n'a pas véritablement servie de leçon et celle que nous vivons n'en prend pas le chemin. Chaque année depuis nous amène des surprises (la dernière en date étant l'entente des banques sur le Libor dont le scandale est en voie d'être étouffé), ce qui explique que je sois moins optimiste à court-terme... pour l'instant, et selon moi, l'impact sur le mur n'a pas été suffisamment violent pour ébranler le système dans ses fondations. Heureusement que de plus en plus de consciences s'éveillent au sein même du système, on est donc en droit d?espérer que les résistances au changement s'atténuerons progressivement et que la situation redevienne plus saine à plus ou moins long terme...oui, mais quand ?
a écrit le 04/08/2012 à 0:07 :
lol pendant des années ils gagnent pleins d'argent et dès qu'ils en perdent ils sont au bord de gouffre!!!

ils n'ont aucune trésorerie???

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