Bourse : en pleine crise, le courtage en ligne bat des records historiques

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(Crédits : Charles Platiau)
Alors que le CAC 40 a perdu plus de 30% de sa valeur au cours des dernières semaines, Boursorama et ING, qui proposent des services de courtage en ligne, ont vu leur nombre d'ouvertures de comptes-titres et PEA bondir en mars. Certains particuliers attirés par les marchés boursiers semblent s'être décidés à sauter le pas pour accéder à des actions à des montants fortement décotés.

"C'est le moment de faire de bonnes affaires en Bourse". La petite phrase lâchée par la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher, interviewée le 10 mars dernier sur Cnews au lendemain d'un lundi noir sur les marchés, n'était pas passée inaperçue et avait fait l'objet de vives critiques sur les réseaux sociaux. Les internautes jugeant ces propos déplacés, opportunistes, voire cyniques à l'heure où l'épidémie du coronavirus avait déjà fait plusieurs milliers de victimes dans le monde et menaçait les économies.

Pourtant, quelques semaines plus tard, force est de constater que de nombreuses personnes ont eu le même raisonnement que la secrétaire d'Etat. "Nous avons enregistré un record du nombre d'ouvertures de comptes titre, PEA et PEA-PME. Plus de 20.000 ont été ouverts au cours du seul mois de mars. C'est vraiment beaucoup plus que ce que nous observons habituellement", relève Benoît Grisoni, le directeur général de Boursorama, qui propose une offre de courtage en ligne à ses clients.

Records de transactions et d'ouvertures de comptes

Même constat chez son concurrent ING Banque.

"Nous sommes sur des records historiques, avec des niveaux quotidiens de transactions sur les marchés 3,5 à 4 fois supérieurs à la moyenne observée au cours des 15 derniers mois. Concernant les ouvertures de comptes titres et PEA, elles sont sur le mois de mars six fois supérieures sans aucune proactivité commerciale de notre part. Côté investissements, nous sommes à des niveaux 20 fois supérieurs", témoigne Julien Schahl, responsable de l'activité d'épargne et des produits d'investissement pour la banque de détail ING. Selon lui, tous les acteurs de la place enregistrent un boom similaire.

Comment expliquer un tel engouement alors que la très forte volatilité des marchés pourrait, au contraire, être dissuasive ?

Un certain nombre de nos clients semblent estimer que la période représente un point d'entrée intéressant", répond Julien Schahl. "Le niveau des marchés n'a jamais été aussi bas depuis des années. Certaines actions ont perdu 30%, voire 50 % de leur valeur".

Certains particuliers attirés par les marchés boursiers depuis quelques mois, se seraient donc décidés à sauter le pas voyant l'opportunité d'accéder à des actions à des montants fortement décotés. Pour rappel, le CAC 40 est passé en dessous de la barre des 4.000 points le 16 mars dernier, contre 6.000 points fin 2019. Il évolue aujourd'hui à un peu plus de 4.200 points.

Lire aussi : Le gendarme de la Bourse prend des mesures fortes pour limiter le stress des marchés

"Un titre qui chute sur ses plus bas historiques n'est pas une opportunité d'achat. C'est un dossier épineux dont le marché ne veut pas", met toutefois en garde sur Twitter Nicolas Chéron, responsable de la recherche marché pour le courtier en ligne Binck.fr racheté par Saxo Banque.

Une tendance de fond

"70% des ordres au mois de mars étaient des achats", constate, pour sa part, Benoît Grisoni. Selon lui, plusieurs stratégies ont pu guider les investisseurs particuliers. "Certains investisseurs ont racheté des titres qu'ils avaient déjà en portefeuille pour faire baisser leur moyenne d'achat. Ils sont convaincus que ces valeurs vont rebondir à un moment donné. D'autres ont acheté des titres pour la première fois car ils ont consulté des conseils techniques ou des fondamentaux et se sont intéressés à l'économie", expose-t-il.

Toutefois, selon le dirigeant de la banque en ligne du groupe Société Générale, cet intérêt grandissant des Français pour la Bourse ne date pas du mois de mars.

"Il s'agit d'une tendance de fond. Notre précédent record historique a été enregistré en novembre dernier, lors de l'introduction en Bourse de la Française des Jeux (FDJ). Pendant de nombreuses années, avec les fonds en euros [proposés dans le cadre d'un contrat d'assurance vie, ndlr] , les particuliers pouvaient bénéficier de produits très intéressants, combinant bon rendement, liquidité et sécurité. Ces trois conditions ne peuvent désormais plus être réunies simultanément dans un contexte de taux durablement bas, voire négatifs. C'est un changement de paradigme. Et on assiste petit à petit à une prise de conscience des épargnants qui s'orientent vers d'autres produits proposant de meilleurs rendements, comme les supports en unités de compte pour l'assurance vie ou les comptes-titres et PEA", expose-t-il.

La forte baisse des marchés, rendant ces produits financiers plus accessibles, aurait donc agi comme un déclencheur. Résultats, les Français sont aussi très nombreux à consulter des contenus pédagogiques ou à assister à des conférences en ligne pour se former à ces sujets. L'émission quotidienne de Boursorama baptisée Ecorama enregistre des records d'audience. "Certaines des vidéos ont été consultées plus de 600.000 fois sur le mois de mars", fait valoir Benoît Grisoni. Et des milliers d'internautes s'inscrivent à des webinars faisant intervenir des spécialistes de la gestion d'actifs.

Attention aux arnaques

Outre cette recherche de gains à un moment jugé opportun, le contexte de confinement semble aussi pousser certains particuliers au boursicotage.

"En discutant avec des lecteurs, je me rends compte qu'ils sont nombreux à passer des ordres par envie de trader, par manque de patience, par ennui. Investir a pour but de gagner de l'argent, pas de jouer, ni de satisfaire votre égo, ni à avoir raison. Apprenez à ne rien faire", tance sur Twitter Nicolas Chéron.

Alors que de nombreux investisseurs novices s'essaient à la Bourse pour la première fois, l'Autorité des marchés financiers (AMF) a récemment appelé le public à la plus grande vigilance face au risque d'escroqueries dans le contexte de l'épidémie et de repli des marchés financiers. Le gendarme de la Bourse met aussi régulièrement à jour une liste des sites internet proposant d'investir dans des biens divers sans disposer des autorisations nécessaires.

Lire aussi : Comment investir votre argent pendant la crise financière ?

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Commentaires
a écrit le 26/04/2020 à 18:02 :
Moi, je passe mes ordres boursiers via ma banque classique. Et vous ?

Que disent ces intermédiaires ? Cela aurait été bien d'élargir cet article à d'autres interviewés.
a écrit le 03/04/2020 à 18:32 :
Pas très glorieux pour ces amateurs de la dernière heure de spéculer finalement sur le nombre de morts du covid 19 en espérant gagner à coup sûr de l'argent facile. Qu'ils se souviennent que le cac 40 était en décembre 2000 à plus de 6200 points et en octobre 2007 on l'annonçait à 7850 pour fin 2008 !Il est à ce jour aux environs de 4100 points et le fond n'est pas atteint… Le seul argent qui vaille, c'est celui que vous gagnez en vous levant tous les matins pour aller travailler comme le font tant de personnes en ces moments difficiles. Un peu de décence s'il vous plait.
Ce serait à l'honneur de La Tribune et de sa profession que je respecte beaucoup de publier cette modeste réflexion . .
bien à vous
a écrit le 02/04/2020 à 19:33 :
Les loups poussent les moutons au bord du précipice.... Attention à la chute. Juste pour rappel aux petits porteurs qui croient que ce sont les soldes: chute de l'offre, chute de la demande, ralentissement énorme des flux au minimum pour encore 3 mois, choc pétrolier. Pour ceux à l'économie ne parle pas: pas d'Euro de foot, pas de Roland Garros, pas de Wimbledon, pas de salon de l'auto, pas de JO, pas de tour de France..... Mais à part ça la bourse va remonter cette année!
Réponse de le 03/04/2020 à 10:26 :
Le problème en France est qu'il faut passer par des courtiers dans presque tous les cas et que ces courtiers se substituent à l'actionnaire pour l'achat et la garde des titres. Dans l'immense majorité des cas, les titres sont au nom du courtier, pas de l'actionnaire. Ca empèche peut être le blanchiment mais ça crée une couche de danger supplémentaire pour le particulier, soit criminel (penser à Madoff par exemple), soit par faillite. En effet, dès lors que l'action est au nom du courtier, l'actionnaire n'est "assuré" que dans la limite des 70.000 euros du Fonds de Garantie.
Il faut en outre payer des frais de courtage souvent exhorbitants, des frais de garde et de gestion, transférer tout ou moitié du prix avant l'achat d'actions (même si l'ordre ne peut pas être exécuté), etc, etc.
La seule façon d'être bien propriétaire de ses actions (ce que certains considèreraient comme la moindre des choses) et de ne pas payer des frais exhorbitants est de les avoir au nominatif pur. Très peu d'entreprises offrent cette possibilité car, même celles qui prétendent le proposer, délèguent la gestion de leurs titres à des courtiers (généralement de grandes banques, dont la crise du covid a montré la réactivité aléatoire).
Avec les actions comme pour les liquidités, sous prétexte de lutte contre la criminalité, on a condamné l'épargnant à entretenir une variété d'intermédiaires couteux, à abdiquer tout ou partie de ses droits de propriétés (garder ce qu'il posséde chez lui et à son nom) et à accumuler une couche supplémentaire de risques (la défaillance de l'entreprise dont il détient les titres + la défaillance du courtier + la défaillance systémique du fonds de garantie).
a écrit le 02/04/2020 à 19:03 :
On peut sérieusement douter que le phénomène décrit traduise une ruée sur les assurances vie en unités de compte, que les bas rendements et l'effondrement des valeurs devraient plutôt dissuader de garder.
Au contraire, c'est clairement l'achat de titre précis choisis personnellement par les individus (avec ou sans PEA) qui a bondi.

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