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Bourse

Coronavirus : semaine noire, les Bourses mondiales en panique

latribune.fr, avec AFP

Publié le 14 mars 2020 à 10:49 - Mis à jour le 14 mars 2020 à 12:24

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Ralph Orlowski

Le Quotidien Numérique

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La deuxième semaine du mois de mars 2020, qui vient de s'écouler, restera comme l'une des pires de l'histoire des Bourses mondiales.

Après le krach du 29 octobre 1929 à Wall Street, celui du 19 octobre 1987, la crise des "subprime" en octobre 2008, c'est donc la deuxième semaine du moins de mars 2020 qui restera dans les annales. Ironie du calendrier, elle s'est achevée par un vendredi 13. Les "cygnes noirs", qui sont dans le jargon des courtiers les événements imprévisibles qui font plonger les marché, se sont multipliés cette semaine sur les Bourses mondiales, les faisant plonger de manière parfois historique.

Entre -17% et -20% pour les bourses européennes

Les grandes places européennes ont perdu au final entre 17% (Londres) et 20% (Paris et Francfort), Wall Street est allé de convulsions en convulsions. L'indice Dow Jones a perdu un dixième de sa valeur sur la semaine.

"On est passé d'une crise sanitaire à une crise financière", estime Alexandre Drabowicz, responsable adjoint de la plateforme actions chez Amundi. "On voyait bien que, toutes les bonnes choses ayant une fin, on s'était rapproché de la fin" du cycle de hausse le plus long de l'histoire aux Etats-Unis, observe Thierry Le Clercq, quinze ans de métier.

Lundi, se remémore-t-il, "quand on a vu que le baril de pétrole décrochait de 30%, on s'est dit que cela n'allait pas être la fête". Mais de là à imaginer une telle curée...

Chute historique pour le pétrole, les investisseurs deviennent "irrationnels"

Pour ne rien arranger, la propagation de l'épidémie contraint l'Italie à commencer son confinement. L'or noir connait sa pire chute depuis la première guerre du Golfe. Lundi, donc, les investisseurs vendent massivement leurs actions et se ruent sur les obligations d'Etat allemandes et américaines.

"Un enchaînement d'événements a continué à amplifier l'environnement déjà anxiogène", décrit Marjorie Sonigo, directrice de la gestion financière chez Pictet Wealth Management. Le marché vit une "montée en puissance du stress".

"Au milieu de la crise, vous n'en voyez pas la fin, le monde semble pétrifié. La peur enlève toute capacité et rend les investisseurs irrationnels", confie Adrian Lowcock, chez le courtier britannique Willis Owen. Face à cette pandémie sans précédent, le monde de la finance n'a aucun repère. Mardi, "on ne pouvait pas prévoir que l'Italie se ferme à 100%", souligne ainsi M. Le Clercq.

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Et les réponses désordonnées des autorités ne parviennent pas à ramener les investisseurs à la raison. Mercredi, la baisse surprise de taux par la Banque d'Angleterre (BoE) et les milliards promis par les diverses autorités échouent à redonner confiance. Les marchés, "c'est comme des enfants, il faut leur parler, les rassurer, les cajoler quand ça ne va pas bien", souligne M. Le Clercq.

Jeudi noir

Jeudi, la décision de la Fed d'injecter des milliers de milliards de dollars pour permettre aux banques et aux entreprises de se financer procure un léger répit mais, quelques heures plus tard, c'est la douche froide. La décision de Donald Trump de suspendre l'entrée des Européens de l'espace Schenghen aux Etats-Unis pendant 30 jours, suivie d'annonces mal reçues de la Banque centrale européenne, sème la zizanie.

Paris, Milan et Madrid enregistrent jeudi les plus fortes chutes de leur histoire. Pour Londres ou New York, c'est la pire séance depuis le krach boursier d'octobre 1987, qui avait vu Wall Street se noyer suite à de mauvais indicateurs et un tour de vis de la Bundesbank.

"Tout le monde est choqué par la vélocité des événements", décrit Alexandre Drabowicz. "La différence par rapport à 2008, c'est la vitesse record de la baisse". "On se regardait entre collègues face à la destruction de valorisation instantanée", mais "on a essayé d'être à peu près rationnels", rapporte aussi M. Le Clercq. "Si l'euphorie monte graduellement, la panique c'est toujours très violent".

Vendredi, les places mondiales ont repris un peu de couleurs. Mais tout reste imprévisible à ce stade.

Des milliardaires un peu moins milliardaires : Bernard Arnault perd 14 milliards en sept jours

La note est salée pour les grandes fortunes. Jeff Bezos, homme le plus riche du monde, a vu la sienne reculer de 8 milliards en sept jours, d'après des chiffres en temps réel du magazine Forbes. Le Français Bernard Arnault, PDG de LVMH, a perdu 14 milliards en une semaine. Mais toutes ces pertes sont virtuelles car les grosses fortunes n'ont pas vendu leurs titres et pourront se refaire si les marchés se redressent.

L'impact psychologique sera sensible aussi pour l'Américain moyen, dans un pays où un citoyen sur deux possède des actions, le plus souvent via des plans d'épargne retraite. Et maintenant? Seule certitude pour Mme Sonigo: "le premier semestre est mort" et il faudra "une combinaison d'un recul de l'épidémie et d'une politique courageuse monétaire, fiscale et budgétaire" pour sortir de la nasse.

En attendant, "il va falloir qu'on s'habitue à voir des indices boursiers faire 5% de variation par jour au minimum". "Cette semaine n'a ressemblé à rien de connu", conclut Ipek Ozkardeskaya, analyste chez Swissquote Bank. Il la résume ainsi: "Gestion de la panique, incompréhension, et fatigue."

Une crise "plus circonscrite" qu'il n'y paraît pour le patron d'Euronext

Justement, pour le patron de l'opérateur boursier paneuropéen, Euronext, Stéphane Boujnah, la crise qui a mis à terre les marchés de capitaux cette semaine est "plus circonscrite" qu'il n'y paraît.

"Sur les marchés, la crise est en réalité beaucoup plus circonscrite qu'on l'imagine", a déclaré Stéphane Boujnah au micro de France Inter. "La crise tourne autour d'un événement, une épidémie, qui a un début et qui aura une fin", insiste le responsable, pour qui "l'important est de se préparer au jour d'après" car "un jour, le printemps refleurira".

La chute que viennent de vivre les marchés actions a été "brutale, importante" mais elle ramène l'indice boursier parisien CAC 40 "au niveau qu'il avait en juillet 2016", a-t-il nuancé.

"Donc, en valeur absolue, ça n'est pas un effondrement total de la valorisation des entreprises françaises", a-t-il souligné. "Le CAC 40 était resté entre 3.000 et 4.000 points entre 2012/2013 et 2016 donc on est dans des niveaux absolus qui ne se sont pas effondrés", illustre le patron.

L'indice, qui caracolait à un sommet de plus de 6.000 points le 19 février, tourne désormais autour des 4.000 points. "Cela reflète l'inquiétude des investisseurs sur la nature de la crise", estime M. Boujnah.

Après un lundi noir, les marchés ont fait naufrage jeudi, journée de krach historique, avant de rebondir vendredi à des degrés variés. Ce rebond coïncide, selon lui, avec les engagements pris par plusieurs gouvernements la veille: "les marchés ont absorbé ces messages de soutiens publics, massifs et coordonnés".

A la question de savoir si les banques centrales avaient perdu de leur aura sur les marchés, M. Boujnah a répondu que la crise actuelle "sans les mécanismes en place des liquidités dites abondantes serait beaucoup plus grave". Mais, a-t-il reconnu, les marchés considèrent que les réponses "les plus pertinentes" sont "les messages de relance et de soutien budgétaires".

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Interrogé sur le rôle des algorithmes dans la vélocité des mouvements d'ampleur sur les Bourses, M. Boujnah a estimé qu'"on fait porter aux robots une responsabilité en fonction des circonstances" et qu'"en réalité, en période de crise, les humains reprennent le contrôle des algorithmes".

latribune.fr, avec AFP

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