Génération Z : génération sans patron ?

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Les rejetons de la génération Z apparaissent globalement inquiets pour leur futur professionnel - d'après l'enquête, ils évaluent cette inquiétude en moyenne à 6,1 sur 10.
Les rejetons de la génération Z apparaissent globalement inquiets pour leur futur professionnel - d'après l'enquête, ils évaluent cette inquiétude en moyenne à 6,1 sur 10. (Crédits : Forex)
Dans une enquête réalisée par le cabinet de conseil The Boson Project pour le compte de BNP Paribas, les 15-20 ans affichent une forte défiance envers le monde de l'entreprise. Génération start-up plus que CAC 40, près de la moitié d'entre eux mise sur l'entrepreneuriat pour réussir et s'épanouir.

Il fut un temps où l'entreprise était un cocon. Même s'il y rentrait par la petite porte, un jeune motivé pouvait bénéficier de l'expérience des aînés, gravir les échelons jusqu'à décrocher un bon CDI, synonyme de sécurité professionnelle, matérielle et personnelle. Faire toute sa carrière dans une même société offrait de sérieuses garanties. Il y avait, au fond, une vraie perspective de manger du pain blanc, après avoir mâchouillé son pain noir quelques temps.

Plus de logique sacrificielle

Cette logique sacrificielle vis-à-vis de l'entreprise avait ici un sens, comme en témoigne les trajectoires de nombreux baby-boomers. Mais ce n'est plus le cas pour les jeunes générations. Morosité économique oblige, elles ne perçoivent plus l'entreprise comme plus un gage de sécurité, d'épanouissement et d'accomplissement de soi. Au contraire, pour la génération Z (née après 1995), l'entreprise fait peur. Tel est le constat accablant de l'enquête du cabinet de conseil The Boson Project pour BNP Paribas, qui a sondé quelque 3.213 jeunes entre 15 et 20 ans sur leurs aspirations professionnelles et leur regard sur le monde du travail.

Lorsqu'on leur demande de décrire l'entreprise en un mot, celui-ci est rarement flatteur. Pour ces jeunes aux portes du monde du travail, il s'agit d'une sphère "dure" (cité par 170 des répondants), "compliquée" (147), "difficile" (142), "impitoyable" (63) et "fermée" (60). Pour 100 répondants, elle s'apparente même à une "jungle". De manière générale, l'entreprise évoque le "stress", "l'indifférence" et le "dégoût" pour respectivement 36%, 26% et 13% des sondés. Seul un petit quart de l'échantillon (23%) évoque son "attirance" pour l'entreprise. En clair, ce monde apparaît pour le moins inhospitalier auprès des jeunes qui, d'après l'étude, fustigent son caractère "trop partial" ou ses côtés "inhumain" et "inquiétant".

Globalement inquiets

L'image n'est guère reluisante. Mais elle reflète surtout les craintes d'une jeunesse qui n'a connu que les nuages de la crise. Les rejetons de la génération Z apparaissent globalement inquiets pour leur futur professionnel - d'après l'enquête, ils évaluent cette inquiétude en moyenne à 6,1 sur 10. Spectateurs des difficultés économiques des dernières années et des plans sociaux à répétition, l'entreprise leur semble difficile d'accès, et a perdu son caractère protecteur.

Dans ce monde au futur incertain, pas question, toutefois, de sombrer dans la dépression. D'après l'étude, plus de huit jeunes sur dix veulent choisir leur métier par passion. Pour les Z, "la précarité n'est pas subie, elle est intégrée dans les projections de vie", affirme Emmanuelle Duez, co-fondatrice du Boson Project. "Ils savent qu'ils ne pourront compter que sur eux-mêmes, qu'ils ne pourront jamais se reposer sur leurs lauriers, qu'ils devront constamment se réinventer."

Le salariat ne fait plus rêver

Pour eux, le salariat ne fait plus rêver, d'autant qu'il ne constitue plus un bouclier contre Pôle Emploi. Ainsi, près de la moitié (47%) de cette génération aimerait créer son entreprise. Un désir qui ressemble à un pied-de-nez aux grands groupes existants, dont ils fustigent la rigidité et le manque de créativité.

A défaut de pouvoir se projeter dans l'avenir comme leurs parents, les Z veulent s'accomplir et profiter de la vie sans traîner. S'ils sont 70% à s'estimer ambitieux, beaucoup ne veulent pas voir leur job empiéter sur leur vie personnelle. Lorsqu'on leur demande où ils en seront dans dix ans, 40% d'entre eux rêvent d'un "métier équilibré", qui leur laissera du temps pour eux. Certains pourraient voir dans cette posture une forme de naïveté. Mais pour cette jeunesse, la valeur réside davantage dans l'innovation et l'exploitation d'une bonne idée que dans la course à la productivité.

S'épanouir au travail

D'après l'étude, les Z mettent un point d'honneur à s'épanouir au travail. A poste égal, un quart d'entre eux choisiraient l'entreprise la plus "fun". En outre, ils considèrent la mobilité professionnelle comme une évidence, et aspirent à changer régulièrement de mission, de métier ou de secteur. Ainsi, 38% d'entre eux se voient bien changer au moins cinq fois de profession dans leur vie!

 A l'heure où les grands groupes expérimentent tant bien que mal le management collaboratif - visant à donner plus d'autonomie aux salariés -, les Z ne se voient pas comme de simples exécutants au garde-à-vous. Pour 67% d'entre eux, la propension du manager à faire confiance à ses troupes est fondamentale. Cela ne constitue pas une surprise: plus encore que les Y, les Z sont hyperconnectés et ont développé la culture du réseau. Pour 40% d'entre eux, c'est d'ailleurs là que réside la clé de la réussite, loin devant le CV ou le diplôme. Bref, ils sont "dans la collaboration, où le tout naît de participation de chacun", insiste l'étude. Dans un monde professionnel de plus en plus difficile, les Z affichent un sacré pragmatisme.

Génération start-up plus que CAC 40, ils donnent à réfléchir aux grands groupes, accusés, en somme, d'avoir délaissé le capital humain. Les DRH savent à quoi s'en tenir.

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Commentaires
a écrit le 02/04/2015 à 9:40 :
Moi, un membre du génération Y, je suis du même avis concernant la relation entre intérêt et métier. J'ai la philosophie qu'on ne peut que réussir dans un domaine si on manque une motivation qui se constitue d'un passion fondamentale.
Et référant aux quelques commentateurs dans cette zone commentaire: Oui, il y a beaucoup de jeunes paresseux et dépendants de leur smartphone, mais la génération Z est aussi une génération avec meilleurs et plus de possibilités professionels que leur ancêtres et je suis convaincue qu'ils savent profiter de ces changes au marché du travail.
a écrit le 02/02/2015 à 19:06 :
"Parfois ce sont les gens que personne n'aurait imaginé qui accomplissent les choses que personne n'avait imaginé. "
Alan Turing (celui qui trouva le code pour déchiffrer Enigma)
Réponse de le 19/02/2015 à 10:01 :
Tout à fait, 100 % d’accord avec vous : le conformisme et le suivisme sont la règle. « Mentez, couchez, dénoncez » sont ses décrets d’application pour les salarié(e)s les plus zélé(e)s. La suite on la connait, y compris pour nos plus belles entreprises françaises: la chute
a écrit le 27/01/2015 à 21:08 :
la génération Z a ces qualités (dont connaissance poussée du numérique) , et ces défauts , je suis de cette génération ,
j'ai l'intention de créer plus tard mon entreprise,et de lui faire croquer le monde à pleine dents ,j'ai soif de réussite , si mes projets finissent par s’effondrer j'essayerai autrement.
Je ne représente pas une génération mais d'autres sont comme moi ,
ils verront l'opportunité là où les autres voient une simple fatalité,
et je pense que ces créateurs ont besoin d'être révélés car ils sont pour l'instant mêlés aux autres ...
Réponse de le 02/02/2015 à 14:04 :
Entièrement d'accord avec vous, nous leur prouverons de quoi nous sommes capable
a écrit le 25/01/2015 à 11:55 :
Je m'interroge sur la pertinence de demander à des personnes n'ayant pas connu le monde de l'emploi ce qu'ils pensent du monde de l'emploi.
Moi je peux donner mon avis sur les sorties spatiales...
Réponse de le 25/01/2015 à 16:43 :
@Perttinence: et un peu dans la même veine, je me demande la pertinence de faire voter des gens qui ne paient pas d'impôts ? N'est-il pas indécent qu'ils votent pour eux des allocations que les autres vont payer ? Un peu facile, non :-)
a écrit le 25/01/2015 à 9:57 :
moi le travail je le laisse aux autres je profite tout simplement du système, il est de question que je enrichisse un patron, lui le fric moi le boulot, c'est pas dans la philosophie.
a écrit le 25/01/2015 à 9:51 :
que du bonheur plus de patrons c'est le paradis sur terre. On ne verra plus de gattaz et le MÉDEF passera aux oubliettes. Pour ceux qui craignent que le monde va s'arrêter de tourner c'est comme pour les gaulois qui voient peur que le ciel leur tombe sur la tête.
Réponse de le 25/01/2015 à 20:39 :
Je me demande comment de simples artisans peuvent espérer construire des grands ouvrages. Il me semble que pour créer quelque chose comme le viaduc de Millau ou un quartier comme la Défense, il faut des grandes entreprises capables d'avoir des équipes pour gérer de pareils chantiers.
Bien sûr, on peut faire comme nos ancêtres et attendre 200 ans pour que des artisans hors pairs fassent jaillir des cathédrales...et en attendant, on dormira sous les ponts restant de l'époque des entreprises....
a écrit le 25/01/2015 à 4:37 :
La génération Z c'est la génération zéro cerveau, zéro boulot; zéro dinero? Heureusement qu'ils ont tous un smartphone pour profiter de l'intelligence collective...
Réponse de le 25/01/2015 à 9:22 :
la génération z a mis du contenu dans vos réseaux, et si vous aimez le cinéma avec des effets spéciaux, vous le devez à la génération Z. mais effectivement, si vous regardez juste votre nombril franco frnaçais, c'est pas vraiment évident à voir.
Réponse de le 25/01/2015 à 9:52 :
par contre on aura du mal à profiter de la votre car elle est inexistante.
a écrit le 25/01/2015 à 1:21 :
Génération d'enfants rois, pourris-gâté par leur mère, ayant vécus dans un monde irréaliste.
"23% évoque son "attirance" pour l'entreprise" c'est à dire que les 3/4 n'ont pas l'intention de bosser. D'ailleurs en sont-ils capable ?

L'entreprise n'a rien d'un jungle, évidement tout n'est pas rose mais elle est la clef de voute de notre société.
Réponse de le 25/01/2015 à 9:23 :
Leur parents à t'il su le leur montrer. Moi j'ai commencé à faire des chantiers à l'agé de 16 ans sur toutes les vacances scolaires. Je savais ce qu je ne voulais pas faire à défaut de savoir de ce que je voulais faire du moins jusqu'a l'âge adulte.
Réponse de le 25/01/2015 à 9:53 :
heureusement que ce n'est pas le cas pour moi l'entreprise est le seul moyen de le faire du fric sur le dos des tâterons, dès que je le peux je le roule.
a écrit le 24/01/2015 à 15:51 :
Je reconnais là le bourrage de crâne gauchiste de l'Education Nationale. L'entreprise c'est méchant et l'état c'est gentil. C'est une des grandes raisons pour lesquelles je ne crois pas dans l'avenir de la France. Mes enfant ont quitté ce pays et pour rien au monde ils ne voudraient y revenir. Tous leurs copains malheureux en France, pays collectiviste et jaloux veulent les suivre.
Réponse de le 24/01/2015 à 17:10 :
Pas faux....je me suis emmene promener en Asie depuis 4 ans. Je regarde la France crever.
Réponse de le 24/01/2015 à 17:11 :
"Mes enfant ont quitté ce pays et pour rien au monde ils ne voudraient y revenir."

Ils vont revenir des qu'ils vont tomber malade je vous rassure. Les gens qui partent a San Francisco pour lancer leur boite et reviennent la queue entre les jambes au moindre probleme de santé, on connait.
Réponse de le 24/01/2015 à 22:51 :
L´ambiance dans les entreprises est en général pourrie (pourquoi autant de harcèlement et de suicides), j´ai travaillé dans plusieurs et je ne veux plus y remettre les pieds. Si l´école lave le cerveau des enfants alors l´entreprise se charge de les stériliser à jamais....Tout ceci n´est qu´un immense gâchis humain.
Le malheur des Français est d´avoir cru a ces beaux discours sur la République. l´esprit des lumières, l´humanisme, notre culture si brillante et pourtant piétinée tous les jours. La réalité nous a presque tous rattrapée et sa va faire mal...
Réponse de le 25/01/2015 à 4:32 :
Les miens aussi ne sont plus en France, mais esperent y revenir... J'ai pu leur donner la nationalite americaine: ils en feront ce qu'ils voudront mais sont bien conscients de la chance qu'ils ont de pouvoir choisir. On ne peut qu'esperer que la France s'en sorte. Et meme si l'assurance maladie aux US n'est pas mauvaise du tout quand on travaille, j'ai bien l'intention de rentrer aussi... Dans 10 ou 15 ans peut etre.
Réponse de le 25/01/2015 à 11:48 :
L’entreprise d’aujourd’hui fonctionne sous couvert de « théories du management » pensées par des « spécialistes » pour toutes les entreprises, petites ou grandes, quel que soit le domaine d’activité.
Dès lors, il n’y a plus qu’à : appliquer des procédures, des modes de gestions plus ou moins stressogènes, rejeter toutes créations (« travaille et tais-toi, ne pense pas »). On ne remet pas en cause ce qui a été pensé par les théories managériales chèrement payées.
Aux commandes : « coconne » plutôt mignonne, jeune, autodidacte ou titulaire d'une formation en communication ou en management achetée dans une école de commerce, assertive (dominatrice), ment, déforme, récupère les idées des autres, dénonce, aucune culture générale, « coutermiste ». Ce profile est très recherché.

Si vous ne comptez pas faire profiter l’entreprise de la richesse intellectuelle des hommes et des femmes qu’elle emploie, C’EST PARFAIT. Si vous souhaitez faire couler à petit feu votre entreprise, AGISSEZ AINSI !
Réponse de le 01/02/2015 à 13:37 :
Très bon résumé. C'est tout à fait ça. Je l'ai déjà vu. Comme c'est écrit: " ce profile est très recherché".
a écrit le 24/01/2015 à 15:35 :
ils sont deja fatigues avant d'avoir commences. Juste des grosses feignasses, cette generation Z, je n'en veux pas chez moi
Réponse de le 25/01/2015 à 9:55 :
arretez de rêver qui a dit que l'on voulait venir chez vous, on change même de trottoir.
Réponse de le 27/01/2015 à 13:25 :
on voit là une profonde réflexion...
le bonheur de la nation passe par l'entretient de son avenir ,
vous nous mettez tous dans le même panier ...
Réponse de le 02/02/2015 à 14:01 :
Encore un commentaire pour généraliser et stigmatiser... Avez-vous au moins, Maurice, déjà eu affaire à l'un d'entre nous ? Car je peux vous promettre que dans ma génération tout comme dans les générations précédentes et futures, il y a et il y aura toujours des gens pas motivés. Mais la motivation vient avec la passion et avec la découverte de nouveautés ! Cependant serait-ce avec un discours archaïque comme le votre que ma génération pourrait croire en sa propre réussite ? Réussite d'ailleurs qui dépendra de la votre.
Aidez nous, apprenez nous, et laissez nous la chance de travailler main dans la main avec vous. Car nous avons à apprendre de vous, mais vous avez aussi à apprendre de nous.
a écrit le 24/01/2015 à 14:35 :
"ils sont dans la collaboration où le tout nait de la participation de chacun" .il y a des idées ,bonnes ,de Ségo là dedans .
a écrit le 24/01/2015 à 13:10 :
Je vois en fait deux défauts dans notre système éducatif; d'abord l'absence de raisonnement basé sur la théorie des systèmes, et l'abandon, en économie, de l'étude de la démographie et de la notion de capital humain.
Réponse de le 24/01/2015 à 15:31 :
Je crois que c'est le premier commentaire que je lis de vous et dans lequel il n'est pas question d'énergie ;-)
a écrit le 24/01/2015 à 12:05 :
A...B...C.........X...Y...Z. La génération Z serait donc la dernière?
"la valeur réside davantage dans l'innovation et l'exploitation d'une bonne idée que dans la course à la productivité."C'est changer radicalement de système économique et s'ils y arrivent ce serait tant mieux, mais ça ne se fera pas sans soubresauts.(Euphémisme).
Réponse de le 24/01/2015 à 19:20 :
@valbel89: bon, la prochaine génération s'appelle GL (gay&Lesbian) et on aura ensuite la génération TH (tous hermaphrodites). Hormis cela, d'accord avec la 2e partie du commentaire :-)

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