Être opportuniste sans être inopportun
Sophie Girardeau - Monster pour La Tribune
Sophie Girardeau - Monster pour La Tribune
Pourquoi ce qui est opportun, ce qui « pousse vers le port » (l'épithète, qui appartient à la langue nautique, parle du vent) comme nous l'enseigne sa racine latine « opportunus », est-il bienvenu alors qu'être opportuniste est mal vu ? Parce que le vent frise l'incorrection dans ses brusques changements de direction ?
L'opportunisme que l'on reproche à l'opportuniste, est un terme qui est apparu en 1874, sous la plume de Verlaine ; il est aussi un courant politique du début de la IIIe République qui regroupait notamment Jules Ferry, Léon Gambetta et Jules Grévy. Depuis il s'en est retourné des vestes.
On peut quand même s'étonner de cette mauvaise réputation, d'autant plus que, comme le pointe Thierry Grimaux, associé chez Valtus, « l'opportunisme, qui relève de l'adaptabilité aux circonstances, est une des caractéristiques principales des espèces qui ont survécu ». Et l'étonnement se prolonge quand on pense aux injonctions à « saisir les opportunités » qui jalonnent un parcours professionnel : la recherche d'emploi, les attentes des entreprises poussent à être opportuniste. Clément Toulemonde, directeur associé chez Interactifs.
Dans le business, la déloyauté tue, étant donné que l'opportuniste peut être tenté de flirter avec, posons quelques repères pour faire d'un travers une qualité.
Comme le pointe Thierry Grimaux.
L'injonction à être opportuniste qui sous-tend la vie professionnelle pose trois questions : a-t-on la capacité à voir l'opportunité ?, lorsqu'on l'a vue, a-t-on l'audace de la saisir ?, a-t-on confiance en sa capacité à réussir et dans la façon dont cet opportunisme sera perçu ?
Les commerciaux sont assez souvent formés à repérer le point d'accroche, la « prise », mais cela doit valoir dans des situations de management, pour vendre « l'envie de » à un collaborateur par exemple.
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L'audace demande du courage et de l'écoute. La façon dont elle se met en œuvre compte pour beaucoup : oser n'est pas brusquer. Est-elle respectueuse, transparente, digne de confiance ? C'est à ces conditions qu'elle sera bien perçue. S'agissant de confiance, nous parlons de la confiance en soi qu'il faut avoir sur des sujets assez techniques et de celle qu'on est capable d'inspirer à son interlocuteur.
Par exemple, un client connaît une crise qui peut entamer sa réputation ou sa solidité financière. Comment réagir pour exprimer son intérêt, sa volonté d'aider et son sentiment d'en avoir la capacité sans être vu comme exploitant la misère de l'autre ?
Ainsi, il est inutile de tourner cent-sept ans autour du pot - cela crée de la suspicion - et utile de se rappeler que le seul moyen de savoir ce que l'autre pense de ce que l'on fait et de la manière dont on le fait est de le lui demander. La finesse est de mise : on parle d'être direct et non brutal, poli et non servile, prudent et non manipulateur, franc, pas cassant.
Une attitude adaptée ne suffit pas, la question du moment se pose également.
L'élu est le plus pertinent, pas forcément le plus compétent ou le plus sympathique. Il a su s'avancer au bon moment c'est-à-dire quand les décisions importantes se prennent, comme les successions, les promotions, l'attribution d'un contrat, ou quand un supérieur avait besoin d'un coup de main.
Toutefois, dans un monde qui s'accélère, il est de plus en plus difficile d'anticiper les courants montants et porteurs, et le contexte global n'encourage pas non plus les gens à s'exposer. S'il n'est pas certain qu'être opportuniste s'apprenne, on peut néanmoins libérer les qualités qui favorisent l'audace, en s'allégeant par exemple de quelques interdits de son éducation. On peut aussi contribuer à la réhabilitation de cette attitude en montrant qu'opportunisme et empathie peuvent faire la paire.
Enfin, comme le souligne Clément Toulemonde.
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