Après avoir fait inscrire l’interdiction pure et simple de l’agrivoltaïsme dans le schéma d’aménagement régional, le président de la Région Normandie persiste et signe. Pour lui, la solarisation des espaces agricoles menace l’élevage et risque de « massacrer les paysages » bocagers.Le solaire de plein champ ? « Not in my backyard » ou pas dans mon jardin comme disent les anglo-saxons. Le président de la Région Normandie pourrait faire sienne la formule. Hervé Morin semble, en effet, bien décidé à mener une véritable croisade contre l'agrivoltaïsme : cette pratique émergente consistant à faire cohabiter sur un même espace une production agricole (maraîchage, élevage ou vigne) et une production d'électricité par des panneaux photovoltaïques.
Lors d'une conférence de presse vendredi dernier, il a indiqué avoir envoyé une lettre en forme de signal d'alarme aux patrons des transformateurs laitiers présents sur son territoire. Objectif affiché : alerter Lactalis, Danone, Sodiaal et consorts sur le risque que fait peser sur leur gagne-pain la solarisation des terres agricoles.
Périls sur le bocage et l'élevage, les deux mamelles de la Normandie ?
Car pour l'ancien ministre de la défense, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. La pratique nouvellement encadrée par la loi d'accélération sur les énergies renouvelables fait planer une sérieuse menace sur l'élevage laitier... et par extension sur l'industrie agroalimentaire qui en dépend. Lui ne croit pas à l'efficacité des garde-fous prévus par le législateur pour éviter une déprise agricole. « Pour un hectare de panneaux solaires installés sur leurs terres, les éleveurs pourront toucher 5.000 voire 10.000 euros de loyer annuel. Dans ces conditions, pensez-vous qu'ils continueront durablement à se lever aux aurores tous les matins, compte tenu des difficultés du métier ? », argumente t-il.
Au-delà de l'élevage, c'est aussi l'attractivité du territoire qui risque de pâtir du développement du solaire agricole, à écouter Hervé Morin. Manifestement décidé à sonner le tocsin, il va jusqu'à pointer un risque de « massacre des paysages ». « Le solaire va prospérer, non pas dans la plaine de Caen où les agriculteurs vivent bien, mais sur les terres de moindre valeur agronomique comme celles du bocage appréciés des touristes et des riverains », pronostiquait-il vendredi devant les journalistes.