En 2011, un million de ménages pourraient être surendettés

Selon le réseau régional Cresus qui soutient les consommateurs surendettés, 900.000 ménages ont déposé un dossier en 2010. Les outils permettant d'apprécier la solvabilité des ménages sont inefficaces. À terme, la loi Lagarde permettrait de réduire le nombre de situations de détresse.
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Le contraire eût été étonnant. Les personnes les plus fragiles sur le plan financier ont vu leur situation se dégrader au cours de la crise. Selon le rapport d'activité 2010 de l'assemblée générale de la Fédération française des chambres régionales du surendettement social (Cresus) présenté ce jeudi, le nombre annuel de dossiers de surendettement a bondi de 15 % entre 2008 et 2010 pour s'élever à 184.000. C'est un record depuis que les procédures de surendettement ont été créées il y a une vingtaine d'années. Le montant moyen d'un dossier s'élève à 45.000 euros selon la Banque de France, dépassant largement celui observé chez nos voisins (voir infographie). « Un dossier de surendettement est déposé en France toutes les trois minutes. Au total, fin décembre 2010, ce sont 900.000 ménages qui sont surendettés. Un chiffre qui devrait augmenter en 2011 », estime Jean-Louis Kiehl, le président du réseau Cresus : la barre du million de dossiers de surendettement devrait effectivement être franchie cette année. Précisément, c'est l'accumulation des crédits de trésorerie (loyer, téléphonie, gaz, électricité, crédits à la consommation) qui explique 87 % des situations de surendettement. Les accidents de la vie comme les divorces, le chômage... n'en sont que la seconde cause, contrairement aux idées reçues.

"C'est la conséquence de l'absence de fichier positif [lire ci-contre] et des limites d'un système d'appréciation de la solvabilité fondé sur les seuls "scorings" et le déclaratif ", constate le rapport qui stigmatise aussi la carence de mesures préventives et la quasi-inexistence de l'accompagnement social. Le « scoring » est l'outil utilisé par les organismes de financement afin de qualifier l'éligibilité d'une demande de crédit. Selon Jean-Louis Kiehl, ces phénomènes sont le résultat de deux sources d'exclusion. « L'offre de crédit à la consommation est concentrée sur certaines catégories de population sans réelle possibilité de vérification des engagements souscrits par ces ménages tandis que de nombreux concitoyens titulaires d'un emploi précaire ou de jeunes commençant une activité professionnelle restent exclus de l'accès au crédit », explique-t-il. Outre la détresse morale qu'elles provoquent, ces insuffisances ont un coût. Il est estimé à 1,5 milliard d'euros par an. « Il se traduit dans les taux pratiqués et influe sur le modèle économique limitant ainsi la diffusion du crédit en France », précise le rapport. « La crise a augmenté les écarts de richesse. D'un côté, les plus aisés s'enrichissent. De l'autre, les plus pauvres s'appauvrissent. Quant aux classes moyennes, elles se débattent sans être certaines de voir leur situation s'améliorer. Reposant sur le principe de redistribution et sur la mise en place de filets sociaux, le contrat social implicite en vigueur depuis 1945 a volé en éclats », explique Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès. La loi Lagarde peut-elle réduire le surendettement ? Selon Nicolas Bouzou, il faudra attendre entre douze et dix-huit mois pour qu'elle produise des effets statistiques visibles.

Un outil pour accopagner les ménages

Pour « rompre avec la spirale infernale du surendettement des ménages en France », l'association Cresus (Chambres régionales du surendettement social) présentait mercredi 6 juillet sa « plate-forme nationale d'accompagnement et d'intermédiation budgétaire et financière ». Un pôle sera chargé de conseiller les personnes en situation de fragilités économique, sociale ou familiale en leur proposant par exemple la mise en place d'une épargne de précaution et l'optimisation de leurs budgets. Les multidétenteurs de crédits bénéficieront eux d'un service d'intermédiation qui leur permettra par exemple de simuler un rééchelonnement en durée et en taux de leurs créances. J. Bo.

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