Didier Daeninckx a son carton d'invitation. Mercredi, au Panthéon, il sera aux premières loges. Comme il l'est dans les livres parus ces dernières semaines afin de ressusciter la légende au moment de la faire entrer dans le temple de la République. Sur la dizaine de publications, Daeninckx signe une BD (ci-contre) mais aussi l'introduction du recueil de l'intégralité des poèmes de Manouchian (ci-dessus) ainsi qu'un splendide album jeunesse réédité 1.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Comment avez-vous « rencontré » celui que vous appelez « Missak »?
DIDIER DAENINCKX - J'ai grandi dans une ville, Aubervilliers, où la moitié des rues portait les noms des fusillés. Ma nounou, Odette, avait été la petite fiancée de Guy Môquet. Pas une journée ne passait à la maison sans qu'on parle du maquis. Puis un jour de 1973, alors que je « tenais » une maison de jeunes, comme on tient une position sur le front de la délinquance, j'avais été missionné pour m'occuper de l'inauguration d'un gymnase Manouchian et je l'ai vue arriver. Mélinée. J'ai été subjugué.
Qu'est-ce qui, chez lui, fascine le plus le romancier que vous êtes ?
Les rêves ! Si j'ai découvert l'homme dans la biographie de Mélinée 2 [tout juste rééditée], c'est sa dernière lettre qui, toujours, me saisit. La même émotion me submerge à chaque fois que je la relis - ce que je fais souvent. Notamment ce passage : « Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie ». Missak ne se destinait pas à être un martyr. Sa vie s'est fracassée contre l'Histoire. Mais ce qui compte pour lui, c'est le reste. Son rapport au monde, à la nature, à l'amour, à la beauté, à l'art, au corps... C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de raconter non pas le héros mais le rêveur, celui qui peuple sa vie avec ses rêves. Je crois que c'est l'hommage qu'il faut lui rendre.
Propos Recueillis Par Anne-Laure Walter