Quand il arrive au matin, fatigué par une nuit d'interviews pour l'étranger, on se demande si l'on a en face de nous l'acteur polymorphe, le poète, l'éditeur, le peintre ou le musicien. Car Viggo Mortensen sait tout faire. Le ténébreux roi Aragorn de la trilogie du Seigneur des anneaux a désormais 65 ans et nous revient en tant que réalisateur : après un premier film, Falling (2020) sur les relations entre un père malade et son fils homosexuel, il réinvente le mythe du western américain avec Jusqu'au bout du monde. Celui qui a été révélé par Sean Penn dans The Indian Runner (1991), qui a tourné quatre films avec David Cronenberg et un avec Gus Van Sant, est un citoyen du monde : né à New York d'un père danois et d'une mère américaine, il a passé son enfance en Argentine, parcouru l'Europe, été docker ou chauffeur de poids lourds avant de devenir acteur... Il a aussi fondé une maison d'édition alternative où il publie de la poésie et des livres engagés, qu'il a nommée Perceval Press, car il est féru de la légende du roi Arthur. Rencontre avec un cinéaste cérébral et précis, soucieux de bousculer les codes avec élégance et inquiet de l'éventuel retour de Donald Trump au pouvoir.