Après l'atonie, la consommation rebondit

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Les dépenses de consommation des ménages ont nettement ralenti au dernier trimestre 2018, affichant une croissance nulle contre 0,4% au trimestre précédent.
Les dépenses de consommation des ménages ont nettement ralenti au dernier trimestre 2018, affichant une croissance nulle contre 0,4% au trimestre précédent. (Crédits : Eric Gaillard)
La consommation des ménages français en biens a affiché en janvier un rebond plus marqué qu'attendu, progressant de 1,2% après un recul de 1,5% en décembre, selon des données encore provisoires publiées ce jeudi 28 février par l'Insee.

Les signaux positifs se multiplient pour l'économie française. Après avoir fortement reculée en décembre dernier (-1,5%), la consommation de biens des foyers français a rebondi au mois de janvier de 1,2% en volume selon les derniers chiffres de l'Insee publiés ce jeudi 28 février. Cette évolution corrobore ainsi la nette amélioration de la confiance des ménages depuis le début du mois de janvier après avoir connu un niveau bas en décembre à 86, un palier inédit depuis octobre 2014.

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Dans son dernier rapport relatif au semestre européen publié mercredi 27 février, la Commission européenne souligne que "la consommation des ménages devrait continuer de se redresser progressivement en 2019 et 2020, soutenue par l'amélioration de la situation sur le marché du travail" et une baisse du chômage qui est repassé récemment sous la barre des 9%, une première depuis 2009.

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Pour l'activité française, ce redressement peut apparaître comme une bonne nouvelle alors que la croissance a largement marqué le pas en 2018, à 1,5% contre 2,3% en 2017 et que la plupart des prévisions ont été révisées à la baisse ces dernières semaines. Pour sa dernière projection, l'institution bruxelloise prévoit une croissance du produit intérieur brut de 1,3% cette année contre 1,6% précédemment. Pour le dernier trimestre 2018, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a relevé jeudi son estimation du coût économique de la crise des "gilets jaunes" à 0,2 point de croissance trimestrielle, contre 0,1 point auparavant, assurant sur l'antenne de Public Sénat que "les manifestations ne mènent nulle part". Cette estimation macroéconomique reste néanmoins soumise à de nombreuses incertitudes notamment en raison du caractère inédit de mouvement de protestation et de sa durée.  

Un rebond après l'atonie

Après un dernier trimestre marqué par le mouvement des "gilets jaunes", la consommation d'énergie (5,4%) et de bien manufacturés (1,4%) a rebondi durant le premier mois de l'année. Au cours du dernier trimestre 2018, la consommation des ménages n'avait pas progressé du tout après un troisième trimestre relativement dynamique (0,4,%). Pour les économistes de la Commission européenne, "la consommation des ménages a stagné au quatrième trimestre en dépit de plusieurs mesures budgétaires en faveur du pouvoir d'achat adoptées avant le mouvement de contestation sociale (diminution des cotisations sociales, réduction de la taxe d'habitation et augmentation des prestations sociales)".

Sur l'année, la consommation des ménages a décéléré à 0,8% contre 1,1% en 2017. Au mois de janvier dernier, la consommation de gaz et d'électricité a accéléré sous l'effet de températures moins clémentes qu'en fin d'année 2018. Au total, la consommation a augmenté pour toutes les composantes sauf l'alimentaire qui a reculé de 0,9%.  Dans une période de soldes d'hiver, les achats de biens d'équipement du logement sont repartis à la hausse (+2,8% après -4,3% en décembre), "notamment les achats de téléphones et, dans une moindre mesure ceux de téléviseurs, d'ordinateurs et de meubles", souligne l'Insee.

Des mesures en faveur du pouvoir d'achat

S'il est encore trop tôt pour le confirmer, les mesures annoncées par le président Macron le 10 décembre dernier semblent avoir eu des répercussions sur la propension à consommer des ménages. Les annonces du locataire de l'Elysée comprennent notamment l'annulation de la taxe carbone initialement prévue pour 2019, l'élargissement de l'éligibilité au chèque énergie, la revalorisation de la prime d'activité de 90 euros pour les salariés au SMIC, l'annulation de la hausse de la CSG pour les retraités ayant une pension inférieure à 2.000 euros par mois, et la défiscalisation et la désocialisation des heures supplémentaires chères à l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy. Le total de ces annonces devraient représenter un coût global estimé à 8,3 milliards d'euros d'après des prévisions du gouvernement. A l'Insee, les statisticiens estiment que l'impact global "serait de 0,5 point de revenu disponible brut (RDB, c'est-à-dire les revenus dont disposent les ménages après opérations de redistribution) durant le premier trimestre 2019."

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Rebond de l'inflation

D'après une estimation provisoire de l'Insee publiée ce jeudi, l'indice des prix à la consommation est légèrement remonté en février à 1,3% sur un an après 1,2% le mois précédent. Ces derniers chiffres marquent une rupture après plusieurs mois de ralentissement en fin d'année. "La légère hausse de l'inflation résulterait d'une accélération des prix alimentaires et de l'énergie, compensée en partie par un ralentissement des prix des services et par une baisse accentuée de ceux des produits manufacturés" explique l'institut de statistiques. Cette évolution à la hausse, si elle se poursuit, pourrait rogner une partie du pouvoir d'achat des Français.

Dans le détail, la hausse des prix de l'alimentation s'est élevée à 3% sur un an avec une progression spectaculaire de 8,3% pour les produits frais. Les prix de l'énergie ont également accéléré de 3,1% contre 1,9% en janvier. En revanche les prix des produits manufacturés ont chuté depuis le début de l'année avec -0,4% en janvier et -0,5% en février. D'après les données communiquées par le chef du département de la conjoncture à l'Insee, Julien Pouget, le solde d'opinion des ménages interrogés sur l'évolution passée des prix reste toujours supérieur à l'évolution réelle de l'inflation.

 Une croissance confirmée à 1,5% en 2018

Selon la seconde estimation du produit intérieur pour les comptes nationaux trimestriels, l'activité a ralenti à 1,5%, confirmant ainsi les dernières hypothèses. Dans le détail, les composantes du produit intérieur brut signalent que la croissance a marqué le pas en raison d'une consommation des ménages moins dynamique (0,8% en 2017 contre 1,1% en 2018) mais aussi de moindres dépenses de consommation des administrations publiques  (1% en 2018 contre 1,4% l'année précédente).

Au niveau de l'investissement, les ménages ont clairement freiné leurs dépenses (1,9% contre 5,6% en 2017) tout comme les entreprises non financières (3,9% contre 4,4%) et les administrations publiques (0,9% contre 1,6% en 2016). Le principal moteur de la croissance hexagonale reste tout de même la demande intérieure. Du côté du commerce extérieur, les performances sont particulièrement remarquables au regard des années précédentes. En effet, le commerce extérieur contribue souvent de manière négative au produit intérieur brut. Depuis deux ans, cette contribution est devenue favorable de 0,1 point en 2017 et 0,6 point en 2018. En dépit de cette bonne nouvelle, les derniers résultats des douanes indiquent que le déficit du commerce extérieur français s'est encore creusé sous l'effet notamment de la flambée des prix du pétrole l'année dernière.

> Lire aussi : Pourquoi le déficit commercial s'est creusé à 59 milliards d'euros en 2018

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Commentaires
a écrit le 01/03/2019 à 5:53 :
baisse du chômage qui est repassé récemment sous la barre des 9%, une première depuis 2009...

Avec les mêmes règles statistiques ???
a écrit le 28/02/2019 à 18:25 :
"la consommation de biens des foyers français a rebondi au mois de janvier de 1,2% en volume"

On verra le mois prochain maintenant:

Un nouveau règlement qui concerne les produits alimentaires entrera bien en vigueur à la date du 1er février 2019. Il s’agit d’une disposition de la loi du 30 octobre 2018 sur l’agriculture et l’alimentation (EGalim), qui a notamment pour objectif de mieux rémunérer les agriculteurs. L’article 15 du texte prévoit d’encadrer les prix de vente des produits alimentaires, en contraignant les distributeurs à fixer un prix d’au moins 10 % supérieur au prix d’achat.
a écrit le 28/02/2019 à 15:51 :
l"article me fait rire la prime d'activité n’était pas versé et la csg est prélevé jusqu'à fin mai pour l'instant on n'a rien vue venir
Réponse de le 28/02/2019 à 16:02 :
Tout t'as fait vrais 👍
a écrit le 28/02/2019 à 15:32 :
"Au mois de janvier dernier, la consommation de gaz et d'électricité a accéléré sous l'effet de températures moins clémentes qu'en fin d'année 2018."

Encore et toujours l'énergie au final...

Du coup avec un mois de février à 20° on peut tranquillement estimer que la consommation va baisser.

Aliénant.
Réponse de le 28/02/2019 à 18:05 :
Hausse des prix alimentaires =hausse de la consommation
Réponse de le 28/02/2019 à 18:37 :
@gérard Non, une hausse des prix alimentaires ne veut pas dire hausse de la consommation.
On peut très bien moins consommer car les prix sont élevés.
La pauvreté est en hausse, il ne faut pas l'oublier.
Réponse de le 01/03/2019 à 11:41 :
@gérard : on parle bien de hausse de la consommation en volume dans l'article, et non en euros. Donc la variation des prix n'intervient pas dans le calcul, tout au contraire si les prix montent la consommation risque de baisser en volume (les gens diminuant leurs achats en nombre du coup, à euro constant)

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