Les prévisions de recrutement des cadres s'effondrent

L'APEC prévoit une chute drastique de 30% à 40% des embauches de cadres cette année. Environ 170.000 recrutements seraient prévus en 2020... contre près de 300.000 l'année dernière.
Grégoire Normand

6 mn

Seules 10% des entreprises qui ont répondu à l'enquête veulent procéder à des recrutements.
Seules 10% des entreprises qui ont répondu à l'enquête veulent procéder à des recrutements. (Crédits : Reuters/Gonzalo Fuentes)

Les nuages s'accumulent sur le marché du travail. Selon les dernières prévisions de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec) rendues publiques ce jeudi 15 octobre, les embauches de cadres sont en chute libre avec 170.00 recrutements prévus cette année, contre 281.300 recensés en 2019. Avec la multiplication des foyers de contamination et le renforcement des mesures pour endiguer la circulation du virus, les perspectives économiques s'assombrissent. Dans leurs dernières prévisions, les économistes de l'OFCE anticipent une récession de 9% en 2020 avant un rebond de 7% en 2021. Lors d'un point presse ce jeudi matin, le directeur général de l'organisation des cadres, Gilles Gateau, a tiré la sonnette d'alarme.

"L'enquête montre un effondrement très important des recrutements de cadres, surtout par rapport au 300.000 prévus en début d'année. Les dernières annonces du chef de l'État vont sûrement abaisser ces prévisions. C'est une baisse de 30% à 40% par rapport aux intentions d'embauches initiales de 2020. C'est une baisse sans précédent par son ampleur et sa brutalité. C'est un choc très lourd. Des signaux étaient déjà visibles sur le nombre d'offres déposées sur le site de l'Apec en début d'année."

> Lire aussi : Vers une reprise poussive de l'économie française malgré le plan de relance

Le confinement a fait plonger le nombre d'offres

La mise sous cloche de l'économie tricolore au printemps et la fermeture de pans entiers de l'appareil productif ont provoqué un coup d'arrêt brutal de l'activité au printemps. Cette paralysie soudaine se reflète particulièrement dans les intentions d'embauches enregistrées au mois de mars. Ainsi, l'association a constaté que le nombre d'offres d'emploi avait sérieusement reculé entre janvier et septembre (-33% par rapport à 2019) avec un creux spectaculaire au mois d'avril (-62%).

Depuis le déconfinement, le nombre d'offres s'est redressé, mais il reste très en deçà des chiffres enregistrés les années précédentes. Les baisses mensuelles par rapport à 2019 sont comprises entre -20% et -40%.

Et les perspectives pour le dernier trimestre sont loin d'être favorables.

"Les entreprises employeuses de cadres ont bien du mal à se projeter, pour le court terme. Même si l'activité de rentrée a été conforme aux prévisions pour 49% d'entre elles, 36% ont dû faire face à des niveaux plus bas que prévu. En outre, près d'une sur deux (48%) déclare ne pas être en mesure d'anticiper son niveau d'activité pour le 4e trimestre 2020, par un manque de visibilité encore renforcé par l'évolution de l'épidémie début octobre", indiquent les auteurs de l'étude.

Les TPE et PME plongées dans l'incertitude pour la fin de l'année

L'onde de choc provoquée par cette maladie infectieuse a plongé les petites entreprises dans un brouillard épais, et la seconde vague de contamination ne devrait rien arranger. Selon les résultats de l'enquête, seules 5% des très petites entreprises (moins de 10 salariés) prévoient de recruter un cadre entre octobre et décembre. Ce chiffre est légèrement plus élevé pour les PME (15%).

Quant aux entreprises de taille intermédiaire (ETI) et grandes entreprises, la moitié prévoient de recruter des cadres. Au total, seules 10% des entreprises qui ont répondu à l'enquête veulent procéder à des recrutements. Malgré la mise en place de dispositifs importants (PGE, fonds de solidarité, chômage partiel), de nombreux dirigeants ont beaucoup de difficultés à se projeter tant que le virus sera en circulation. Avec la recrudescence de l'épidémie, beaucoup d'entreprises ont gelé les embauches en attendant des jours meilleurs.

Des difficultés de recrutement toujours persistantes

En dépit d'une hausse des candidats disponibles et de la baisse des offres, les difficultés de recrutement persistent.

"Les entreprises sont conscientes que la baisse des offres et la hausse du nombre de candidats disponibles ne sont pas forcément synonymes pour elles de facilités pour les embauches. La crise va amplifier certains phénomènes. La mobilité des cadres va être moins facile. Ils vont prendre moins de risques au moment de changer d'entreprises", a précisé Gilles Gateau.

Avec la récession qui fait trembler toute l'économie française, beaucoup de candidats à une reconversion ou à un changement d'entreprise pourraient fortement hésiter.

"Le principe de précaution, qui prévaut chez les cadres en poste pour ne pas changer d'entreprise dans le contexte actuel, pourrait en effet y contribuer", indique l'étude.

> Lire aussi :  Les tensions sur le marché du travail au plus haut depuis 2011

Les cadres particulièrement inquiets

L'ampleur de la crise risque de chambouler le marché du travail des cadres habituellement préservé.

"Il ne faut croire que les hauts diplômés sont épargnés par cette crise. Ils s'en sortent mieux mais, tous les jours, nous rencontrons des cadres qui ont des craintes" a expliqué Gilles Gateau. Ainsi, 30% des cadres en poste se déclarent inquiets pour la stabilité de leur emploi et 70% indiquent que retrouver un poste équivalent dans une autre entreprise pourrait devenir très compliqué, surtout après un licenciement.

Cette anxiété est particulièrement visible chez les personnes ayant entre 35 et 54 ans (34%) et ensuite chez les plus de 55 ans (30%). Chez les débutants (28%) et les moins de 35 ans (22%), cette crainte est un peu moins prononcée. En dépit de cette inquiétude grandissante, une part non négligeable des cadres (13%) envisagent d'entreprendre des démarches pour changer d'entreprise. Ces velléités sont particulièrement marquées chez les moins de 35 ans (16%) et plus faibles chez les plus de 55 ans (8%).

Les jeunes et les séniors en souffrance

Les jeunes et les plus âgés sont les premières victimes de cette crise. Les jeunes diplômés et ceux qui sont entrés sur le marché du travail depuis la rentrée risquent de connaître de nombreux obstacles pour s'insérer.

"Ainsi, depuis le confinement, un quart des jeunes diplômés déclarent avoir fait l'objet d'une fin de contrat ou d'une rupture de contrat à l'initiative de leur employeur. Plus souvent concernés par des contrats courts que les jeunes cadres ou les cadres expérimentés, les jeunes diplômés tiennent souvent lieu de variable d'ajustement pour les entreprises contraintes à des réductions d'effectifs", signale l'Apec.

> Lire aussiEmploi : une insertion plus chaotique pour des jeunes plus diplômés

Du côté des séniors, c'est la perte de leur emploi qui les inquiète particulièrement. En effet, beaucoup d'entreprises ont déjà commencé à sabrer dans leurs effectifs depuis le printemps, et les seniors risquent de trinquer en premier lieu.

"Près de neuf cadres séniors sur dix (88 %) estiment qu'il serait difficile pour eux de retrouver un emploi équivalent, 20 points de plus que la moyenne des cadres en poste [...]; et, parmi les cadres au chômage, les séniors sont ceux pour lesquels la recherche d'emploi s'est révélée la plus difficile (93% contre 83% en moyenne), principalement en raison du manque d'offres d'emploi correspondant à leur profil et de l'absence de réponses à leurs candidatures. Les cadres de plus de 50 ans constituent dans les faits la majorité des cadres demandeurs d'emploi de longue durée", concluent les auteurs de l'enquête.

> Lire aussi : Chômage de longue durée : le calvaire des seniors

Grégoire Normand

6 mn

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Commentaires 8
à écrit le 15/10/2020 à 18:03
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Le problème est, qu'en France, la gestion des ressource humaines se fonde sur la capacité à lécher, voire plus, et non sur les autres critères, (compétence, expérience, etc...), y compris pour les cadres. Les drh vont donc privilégier le maintien e...

le 16/10/2020 à 1:36
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Bonne description du monde des open spaces.

à écrit le 15/10/2020 à 15:28
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Retour aux métiers essentiels...

le 15/10/2020 à 16:39
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L'humilité pose que l'essentiel n'est pas toujours entre mes mains, les cadres nous en avons aussi besoin : quel monde pour être si aigri à dénigrer ceux que nous jalousons chaque jour...

le 15/10/2020 à 16:42
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L'humilité pose que l'essentiel n'est pas toujours entre mes mains, les cadres nous en avons aussi besoin : quel monde pour être si aigri à dénigrer ceux que nous jalousons chaque jour...

à écrit le 15/10/2020 à 15:23
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Les previsions.... hum, il n'est pas necessaire d'etre un crack en eco, pour savoir que la vague a venir va etre le crepuscule final. Bon courage et croisez les doigts. Ca va saigner.....

à écrit le 15/10/2020 à 14:35
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Raaah, la schadenfreude des pastèques qui vont voir les centraliens et les sous-centraliens des arts&métiers arriver la queue entre les jambes pou mendier un job en CDD ...

à écrit le 15/10/2020 à 13:35
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Cela ne fera pas de mal à cette nouvelle catégorie d'esclaves salariaux, moins il y en aura sur le marché et plus ils auront de valeur, moins leurs petits chefs pourront expulser leurs ressentiments sur eux, tant mieux pour ceux qui y sont déjà.

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