La hausse des salaires risque de plonger l'Europe dans une spirale inflationniste, selon le chef économiste de la BCE

Le chef économiste de la banque centrale européenne a déclaré vendredi que la hausse des salaires en zone euro maintiendrait l’inflation à un niveau élevé et ce même après la fin de la pandémie et de la crise énergétique.
Philip Lane estime que la hausse des salaires qui se fait ressentir en Europe va tirer l'inflation vers le haut
Philip Lane estime que la hausse des salaires qui se fait ressentir en Europe va tirer l'inflation vers le haut (Crédits : GONZALO FUENTES)

La guerre contre la hausse des salaires est enclenchée. Le chef économiste de la Banque centrale européenne Philip Lane a déclaré ce vendredi sur le site de la BCE que la croissance des salaires va continuer d'alimenter l'inflation en zone euro « même après que les facteurs énergétiques et pandémiques auront disparu ». En cause pour l'économiste : la hausse des salaires qui « sera le principal moteur de la hausse des prix au cours des prochaines années », écrit-il. Pour l'institution de Francfort monter les salaires dans les pays de la zone euro plongera les économies dans une spirale inflationniste, alors que l'inflation a déjà grimpé jusqu'à 10,6% sur un an en octobre.

La BCE a en effet peur qu'une hausse des salaires, due à la hausse du coût de la vie, entraîne en retour une hausse des coûts de production pour l'entreprise qui, pour éviter de réduire ses marges bénéficiaires, la répercutent sur ses produits, alimentant une nouvelle hausse des prix, et créant ainsi une boucle ressemblant à un cercle vicieux duquel il est difficile de s'extirper sans une forte hausse des taux.

Une théorie qui, si elle semble logique, est pourtant contestée par une étude publiée par plusieurs économistes du Fonds monétaire international. Ces derniers affirment en effet qu'augmenter les salaires n'induit pas systématiquement une spirale inflationniste.

Les salariés en demande d'augmentations

Spirale ou non, toujours est-il que la hausse des salaires est aujourd'hui actée.

D'après Philip Lane, les dernières négociations contractuelles ont pour l'instant abouti à une augmentation de salaire en moyenne de 3,8% pour 2022 et de 3,5% pour 2023. En Allemagne, près de 4 millions de salariés du secteur industriel, dans l'électronique et la métallurgie, ont obtenu vendredi une hausse de salaires de 8,5% sur deux ans.

Des hausses de salaires qui correspondent, selon Philip Lane, « en grande partie à un processus de rattrapage, consécutif à la baisse des salaires réels qui s'est produite depuis le milieu de 2021 », quand les prix de l'énergie et des matières premières ont fait flamber l'inflation globale et rogné le pouvoir d'achat.

Si en Europe, la hausse systématique des salaires commence à se voir et à inquiéter la banque centrale, aux Etats-Unis ce phénomène est d'une toute autre ampleur.

Une situation plus alarmante aux Etats-Unis

Outre-Atlantique, le phénomène de la grande démission a même vu 47 millions d'Américains quitter leur emploi en 2021 et 20 millions au cours des cinq premiers mois de l'année 2022, tirant vers le bas la production, déjà faible.

Résultat : le salaire horaire moyen dans le privé a grimpé, et s'établit désormais à 31,63 dollars, soit 23 cents de plus qu'en décembre. Au final, les salaires ont augmenté de 5,7% au cours des 12 derniers mois dans le pays.

« Le déséquilibre entre l'offre et la demande de travailleurs, qui exerce une pression à la hausse sur les salaires, est un facteur clé derrière les plans de la Fed (la banque centrale américaine, Ndlr) de continuer à augmenter agressivement les taux directeurs », a expliqué Nancy Vanden Houten économiste pour Oxford Economics, dans une note.

C'est donc les tensions sur le marché du travail américain et les salaires qui ont poussé la Réserve fédérale américaine a relevé quatre fois de suite depuis juin ses taux. Désormais, le taux directeur de la banque centrale américaine oscille entre 3,75% à 4%, un niveau inédit depuis la crise financière de 2008.

La hausse des taux contre la hausse des salaires

Pour l'économiste en chef de la Banque centrale européenne, la hausse des salaires qui arrive en Europe ne correspondra pas à « un changement permanent dans la dynamique des salaires nominaux », estime Philip Lane. Ce dernier s'attend à « ce que les salaires nominaux progressent au rythme correspondant à la somme de la croissance de la productivité du travail et de l'objectif d'inflation de 2% », ajoute-t-il.

C'est dans cette optique de retourner progressivement à un rythme contrôlé de hausse des salaires que la BCE souhaite continuer de monter ces taux. La gardienne de l'euro a récemment augmenté les taux à son rythme le plus rapide jamais enregistré, les relevant d'un total de 200 points de base depuis juillet et portant son principal taux à 1,5% en seulement trois mois.

L'économiste en chef de l'institution a déclaré dans une interview à Market News, le 21 novembre  : « Je ne pense pas que décembre sera la dernière hausse des taux ». Mais Philip Lane estime que « la BCE ne va pas « envisager une très grande hausse, comme 75 points de base », étant donné que l'institution prévoit une entrée en récession cet hiver. Une récession qui bien que « légère et de courte durée », d'après l'économiste, devrait freiner la dynamique de hausse des salaires et l'inflation.

(Avec AFP)

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Commentaires 26
à écrit le 09/01/2023 à 15:39
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Le raisonnement est correct sur le fond mais, on est en train de nous expliquer, qu'il ne faut pas augmenter les salaires (donc s'appauvrir finalement) et assumer à leur place la politique du quantitative easing de la BCE qui a permis aux marchés de ...

à écrit le 29/11/2022 à 21:38
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Je propose d'abaisser sa rémunération à zéro afin d'endiguer l'inflation galopante à un rythme soutenu...

à écrit le 27/11/2022 à 21:44
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C'est curieux, "Le FMI confirme que la « boucle prix-salaires » est d’abord un récit conservateur", "La seule utilité de la prévision en économie est de rendre l'astrologie respectable" JK Galbraith

à écrit le 27/11/2022 à 11:26
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Cette prise de position dogmatique de Lane est domageable pour l'économie réelle, car si l'on considère l'inflation galopante sur le long terme, donc non transitoire selon les dépositaires de la pensée dominante (mainstream), nous nous précipiterons ...

à écrit le 27/11/2022 à 9:50
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Une chose est certaine c'est qu'ils n'ont pas de conseillers en communication visiblement à la BCE... parce que là c'est d'une maladresse sans commune mesure mais qui expose leur déconnexion totale avec la réalité. Au moins il a l'air... content ?

à écrit le 27/11/2022 à 7:59
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Encore un de ces commentateurs avisés qui assènent des évidences et enfoncent des portes ouvertes.

à écrit le 26/11/2022 à 14:42
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Désolé pour le délit de faciès, mais ce monsieur a une bonne tête d'un gars qui ne devrait pas avoir besoin d'une hausse de salaire.

à écrit le 26/11/2022 à 14:03
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Belle envolée ! Mais, si on vous demandant de décrire vos sources/expériences... ça serait beaucoup plus court !

à écrit le 26/11/2022 à 12:35
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Par la confusion des causes et des conséquences, on fait dire n'importe quoi aux mots et signifier tout et son contraire !

à écrit le 26/11/2022 à 10:22
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Apparemment mon intervention d'hier dérange puisque non publiée. Alors demandez donc à Lane son avis sur les bons du Trésor américains à dix ans qui offrent désormais un rendement inférieur d'environ 77 points de base avec une échéance à...deux ans .

à écrit le 26/11/2022 à 10:09
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ha ben y en a au moins un dans le lot qui a reussi ses examens de troisieme annee!!!!!!!!!! felicitation, on decouvre les joies de ce que ca donne, le bon gauchisme ou on fait n'importe quoi sans consequence avec la masse monetaire ( oui, ceux qui pe...

le 27/11/2022 à 1:45
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Lâchez vos vieux bouquins d'économie, la vie est ailleurs, et franchement, les donneurs de leçons, ça gonfle....

à écrit le 26/11/2022 à 10:07
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Stagnation, voire récession plus inflation, c'est la stagflation, beaucoup plus difficile à gérer que l'inflation par les coûts et les salaires. La confirmation de l'état de stagflation devrait se voir confirmer par une montée du chômage. Ce qui semb...

à écrit le 26/11/2022 à 9:28
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Et on touche combien quand on est économiste en chef de la Banque centrale européenne et comment on est augmenté et de combien par an ?

à écrit le 26/11/2022 à 8:55
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Bonjour, une hause des sanaires risques une spirales inflationniste... Deux remarques: Lorsque qu'ils n'y a ent pas d'inflation les salaires n'ons pas suivie la hausse des bénéfices... Ensuite ,que les hauts fonctionnaires et politiques donne l'e...

à écrit le 26/11/2022 à 8:38
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LOL ! Et combien il gagne le monsieur là !? Au moins on se marre...

à écrit le 26/11/2022 à 8:28
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Les salaires ne sont qu'une des composantes du prix des biens e services , pour ma part les dirigeants d'entreprises devraient se pencher sur la grille de répartition de la richesse produite bien trop souvent captée par le haut de la pyramide au détr...

à écrit le 25/11/2022 à 23:04
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Bonne idée. En effet. Voici comment y parvenir avec le plus de justice. Il y aurait en effet quelque chose à faire. Voici un plan en 4 points à destination de l'expert du jour. Reste à voir s'il y aura l'énergie et la volonté nécessaires pour le re...

le 26/11/2022 à 13:59
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"indexation des salaires sur l'inflation+3%". Ah oui, "en v'là une idée qu'elle est bonne": Ajouter un coefficient majorateur sur l'inflation constatée. Sûr que ça va avoir des résultats !!! Devriez proposer ça à Martinez.

à écrit le 25/11/2022 à 22:57
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Ha je croyais que c etait l onflation qui faisait plonger les salaires dans un spiral... Faut nous expliquer ca un peut mieux .. Il me semble que l inflation est arriver avant les hausses de salaire Les hausses de salaires sont la consequence e...

à écrit le 25/11/2022 à 22:06
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La cause de l’inflation ce n’est pas les salaires, c’est les milliards de liquidités injectées pendant le Covid couplé à la montée des prix de l’énergie. Tout le monde a bien profité des aides, sauf les plus précaires, et c’est encore eux qui vont tr...

à écrit le 25/11/2022 à 22:00
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Les salaires ne représentant qu'une infime partie du tarif d'un bien ( et service ), il est totalement pernicieux d'en attribuer l'origine inflationniste à ce seul poste. Des gens qui n'y entendent rien, n'y comprennent rien mais ce font fort de co...

à écrit le 25/11/2022 à 21:12
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Et oui, l'inflation, c'est comme le dentifrice : Une fois qu'il est sorti du tube, difficile de le faire rentrer

le 26/11/2022 à 14:01
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L'mpression que vous, aussi, avez connu les années '70...

à écrit le 25/11/2022 à 18:23
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Plus, on thésaurise la monnaie générée ex-nihilo moins il y a de monnaie en circulation ! Etonnez vous!!

à écrit le 25/11/2022 à 18:23
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La spirale inflationniste, la faute des salaires ? La belle affaire. On voit bien l'intention à peine cachée de réduire année après année la part des salaires dans la production de richesse. Tous les stratagèmes sont bons pour atteindre ce but. Les p...

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