Régionales : en Bretagne, « j’avance pour gagner au premier tour » (Loïg Chesnais-Girard)

ENTRETIEN. À la tête de la Région Bretagne depuis juin 2017, Loïg Chesnais-Girard, socialiste, a lancé sa campagne mardi 4 mai à Trébeurden. Occasion de l'interroger sur le bilan, notamment économique, des actions menées durant ses quatre années. Son programme met l'accent sur les transitions écologiques et numériques. S'il fait preuve d'optimisme, le scrutin s'annonce très ouvert avec 12 candidats en lice.

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Mon sujet pour les années qui viennent, c’est de vivre bien partout dans une Bretagne en bonne santé, assure Loïg Chesnais-Girard.
"Mon sujet pour les années qui viennent, c’est de vivre bien partout dans une Bretagne en bonne santé", assure Loïg Chesnais-Girard. (Crédits : Liste "La Bretagne avec Loïg")

Rien n'est gagné pour Loïg Chesnais-Girard. Avec sa liste « La Bretagne avec Loïg », qui associe des profils divers, de l'entrepreneur de l'agroalimentaire Loïc Hénaff à l'ancien leader syndical FO de l'abattoir Gad, Olivier Le Bras, en passant par Carole Le Bechec, présidente de Cohérence, l'association régionale de transition écologique et solidaire, le président sortant de la Région Bretagne affronte douze autres candidats dans une campagne très ouverte et d'où pourraient naître diverses alliances de second tour.

Ex-directeur de campagne de Jean-Yves Le Drian en 2015, cet ancien cadre bancaire, élu régional depuis 2010, maire de Liffré (35) de 2008 à 2017 et proche des milieux économiques, a longtemps été considéré comme l'héritier naturel de l'actuel ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Il lui a succédé en juin 2017 lorsque ce dernier a dû choisir entre la Bretagne et le gouvernement.

Parmi ses principaux adversaires figure l'inattendu Thierry Burlot qui revendique également cette descendance. L'ex-vice-président de la Région à l'environnement, issu lui aussi de la matrice PS, a été propulsé dans la campagne sous la bannière de LREM, du Modem et de l'UDI.

Depuis son entrée en campagne, Loïg Chesnais-Girard trace sa route au fil de déplacements thématiques (transition énergétique, jeunesse, économie, langues régionales...) à la rencontre des habitants, des entreprises, des étudiants ou encore des acteurs de la vie culturelle.

Occasion de l'interroger sur son action passée et sur son programme, qu'il présentera ce mercredi après-midi à Landerneau. Il souhaite fédérer autour « d'une politique plus sociale, plus démocrate et plus environnementale ».

La Tribune : Quel bilan tirez-vous de vos quatre ans à la présidence de la Région Bretagne ?

Loïg Chesnais-Girard : Celui d'une mandature qui a déployé beaucoup d'énergie sur les fronts de l'économie, de l'emploi, de l'aménagement du territoire et pour innover et engager les transitions, tant écologiques que numériques. J'ai aussi la fierté d'avoir soutenu certains dossiers : celui de la volaille, afin de sauver les emplois de Doux en investissant en amont (entrée au capital du repreneur) et dans la modernisation de l'abattoir sous réserve de transformer le modèle et d'offrir du poulet français aux consommateurs. Celui du réaménagement de la friche de Lampaul-Guimiliau, sur le site de l'ancienne usine Gad, qui commence à reprendre vie, ou encore celui de l'installation de la Coop des masques. Créée l'an passé près de Guingamp, cette SCIC relocalise une production de masques chirurgicaux à destination des établissements publics.

Quels sont aujourd'hui les points faibles et les atouts de la région ?

Notre point faible, c'est d'abord notre imaginaire, celui qui laisse à penser que la Bretagne est dépendante d'une seule filière économique, agri-agro et pêche. La Bretagne, c'est une diversité de modèles, avec au-delà des filières traditionnelles, des activités innovantes et de pointe dans le numérique, la navale, la cybersécurité. Un des gros atouts des Bretons, c'est leur force de travail, reconnue et qui fait leur réputation.

Le volet économique de votre mandat a été fortement amplifié par la crise du Covid-19, même si la Bretagne a été davantage épargnée sur le plan sanitaire et économique. 167 millions d'euros ont été engagés en 2020 en soutien aux entreprises, au tourisme, à la culture... Quel enseignement tirez-vous de cette pandémie ?

Nos piliers économiques (agriculture, pêche, transformation agro-alimentaire) ont tenu pour nourrir les Français pendant la crise, dès le premier confinement. La région a beaucoup discuté avec les syndicats et les unions de producteurs (pêche, agriculture) et pendant six mois une conférence sociale quadripartite (État, région, patronat, syndicats) s'est tenue chaque semaine. La Bretagne s'est serrée les coudes pour apporter une aide transversale à destination des acteurs de la santé et de l'économie. Cette solidarité collaborative s'est par exemple traduite par le lancement de la plateforme entreprisesunies-covid.bzh. La Bretagne monte en puissance lorsqu'elle s'unit.

Quels sont les grands axes de votre campagne ?

Mon sujet pour les années qui viennent, c'est de vivre bien partout dans une Bretagne en bonne santé. Cela concerne l'équilibre territorial, la recherche du plein emploi décarboné, le logement, l'alimentation et le bien-manger. Cela comprend aussi la fibre et la mobilité, via un réseau de transport public Breizh Go relié à tous les autres services. Les Bretons doivent pouvoir vivre à vingt minutes d'un centre-bourg ou d'un centre-ville attractif. Il faut continuer de développer les emplois et défendre le maintien des centres de décision à l'Ouest du territoire.

En décembre dernier, le Conseil régional a adopté un budget 2021 de 1,675 milliard d'euros, en hausse de 4,3 % sur un an. Amplifié lors de la dernière session de la mandature en avril, il vise à maintenir le cap de la relance à court terme et à accélérer la transition du territoire, conformément aux ambitions de la Breizh Cop. Je m'inscris dans cette continuité avec l'objectif d'aller plus loin.

La question agricole (prééminence de l'agriculture intensive) est un sujet phare de la campagne. Quel modèle défendez-vous ?

Je défends la production maximum durable et sous contrainte environnementale. J'ai l'ambition de garder une productivité dans le long terme qui associe la production animale et végétale à différents modèles agricoles. Il faut travailler sur la capacité de la Bretagne (première région agricole) à produire selon un modèle durable pour l'agriculteur et respectueux de la nature pour le citoyen. Au cours du mandat, je souhaite doubler le nombre d'exploitations contractuellement engagées dans l'agro-écologie. Depuis 2015, la région en a soutenu 5.000. Il faut aussi aider les jeunes à s'installer.

Votre devise, c'est à la fois les usines et les emplois, et moins de carbone.  Est-ce compatible ? Vous jouez aussi la carte de la relocalisation ?

L'écologie ouvre des nouvelles perspectives pour notre économie. Les entrepreneurs créent de l'emploi partout en Bretagne. Il faut les accompagner dans leurs transformations. Je me bats pour garder les sites de production en Bretagne, avec à la clé, des emplois pour tous et partout sur le territoire. La relocalisation ne touche pas seulement l'industrie, mais aussi les services et le numérique. Je souhaite faire transiter les économies existantes vers de nouveaux modèles RSE et d'autres systèmes de valeurs. C'est un défi à mener avec les entreprises et les citoyens.

Fonderie de Bretagne à Caudan, Hop! à Morlaix, Brittany Ferries, pêche et Brexit : plusieurs dossiers brûlants émaillent l'actualité. Quels sont les enjeux ?

L'enjeu c'est la capacité à produire et travailler en Bretagne. Le schéma d'Air France est de délocaliser les emplois à Nantes, Lyon et Paris. À la Fonderie de Bretagne, Renault veut vendre et en détruire pour investir en production dans d'autres pays comme l'Espagne. La Brittany Ferries interroge sur la nécessité d'un pavillon français. Je veux rester optimiste sur ces dossiers. Pour Nokia à Lannion, nous avons trouvé une solution. Air France et Renault bénéficient de milliards d'euros d'aides :  le gouvernement a encore des leviers à activer. Le Finistère a besoin des avions !

L'éolien en mer suscite aussi des remous, en baie de Saint-Brieuc et demain au large de Belle-Île. Est-ce une chance pour la Bretagne ?

Les énergies renouvelables sont une chance et un enjeu considérable. Cette nouvelle filière s'ancre sur le territoire avec déjà plus de 500 emplois, notamment à Brest. L'éolien en mer permet de préparer la transition énergétique. La réussite de ce type de projet est toutefois conditionnée au maintien des conditions de travail des pêcheurs locaux et à l'impact environnemental. Il faut trouver des solutions. J'y suis très attentif.

Le Conseil régional a voté un plan de soutien de 4,87 millions d'euros à la jeunesse en 2021 comportant 32 mesures. Quelles sont vos propositions en tant que candidat ?

Je souhaite que la jeunesse vive bien. Un coup de pouce sera donné aux lycéens et aux étudiants en matière de santé et d'alimentation, avec à terme 100 % des produits des cantines issus de l'agriculture locale. Pour que les jeunes vivent une mobilité facile, le réseau BreizhGo sera accessible en illimité (cars, trains, bateaux, vélo) avec des forfaits dédiés, comme pour Deezer ou Netflix. Les volets formation et orientation sont également essentiels. En Bretagne, toutes les formations des moins de 30 ans bénéficient d'une aide financière, hors calculs des prestations sociales. Faciliter la mobilité et l'emploi, c'est aussi agir sur l'accès au logement. Des villes comme Guingamp, Baud ou Loudéac ont du mal à recruter. Je fais le pari de monter un système d'accompagnement pour inciter les jeunes à travailler et vivre dans des villes de moins de 10.000 habitants.

Vos opposants estiment que la région vit à deux vitesses (les métropoles, le centre Bretagne), que l'institution régionale est trop rennaise, qu'il faut réconcilier le territoire ? La Bretagne est-elle si fracturée ?

La Bretagne vit des déséquilibres importants portés par une accélération à l'Est (Rennes) et le départ de sites de production et de décisions. Mais il ne faut pas caricaturer. Brest, Quimper, Chateaulin, Pontivy sont des centres vivants. D'autres villes comme Fougères ou Loudéac se battent pour reconquérir leur attractivité grâce au programme Bretagne centres-bourgs, suivi par l'État. Quant à l'action du président de Région, elle n'est pas concentrée sur Rennes. En installant la direction du centre-Bretagne de la Région à Pontivy il y a trois ans et des bureaux d'agents à Saint-Brieuc, Quimper, Vannes, Lorient, nous avons renversé l'organisation de la région pour être au plus près des territoires.

On vous reproche aussi le retard du dossier Bretagne Très Haut Débit. Le déploiement complet du réseau fibre est un enjeu que la future majorité devra tenir ?

Je reconnais le retard, le modèle à marchés multiples était mauvais, il a été modifié il y a deux ans avec l'attribution de ce marché à un milliard d'euros à Bouygues Energies & Services. D'ici à 2026, 100 % des foyers bretons seront raccordés à la fibre optique. 300 chantiers sont en cours, le délai sera tenu. La Bretagne a fait le choix de couvrir l'intégralité du territoire, y compris dans les hameaux, et pas 80 %.

Le Conseil constitutionnel a raboté la loi Molac, du nom du député du Morbihan qui fait partie de votre équipe, sur les langues régionales et l'enseignement immersif. Décision d'ailleurs approuvée par Jean-Michel Blanquer. Comment réagissez-vous ?

Comment peut-on en arriver là en 2021 et combattre des langues minoritaires en Bretagne, en Corse ou en Occitanie ? C'est inquiétant pour la sécurité juridique des écoles associatives telles que Diwan et cela génère beaucoup d'incompréhension. J'ai déjà interpelé le président de la République sur la question de la révision constitutionnelle. Je crois à la diversité du modèle éducatif breton alliant enseignement public, catholique et langues régionales. Au-delà du seul sujet Diwan, ces élections doivent donner le message que nous voulons plus de pouvoir sur les territoires, plus de Bretagne et moins de Paris.

Jean-Yves Le Drian a indiqué dimanche au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI : « J'ai deux héritiers que j'ai essayé de réconcilier. J'espère qu'ils vont se rassembler au second tour. » Que répondez-vous ?

Un de mes vice-présidents me trahit et part monter une liste concurrente. C'est compliqué de se réconcilier. De mon côté, j'avance avec des hommes et des femmes d'horizons divers qui forment un concentré de Bretagne. Je suis engagé pour gagner au premier tour.

Président sortant, mais pas candidat favori du premier sondage. Un accord est-il possible avec les écologistes ?

J'avais proposé à tous de travailler avec moi sur une liste au service de la Bretagne et au-delà des partis. Cela ne s'est pas fait. J'ai des écologistes dans mes rangs. Je ne vais pas leur dire demain que je m'allie à d'autres.

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Commentaire 1
à écrit le 26/05/2021 à 13:40
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« j’avance pour gagner au premier tour » FARCEUR !!!!!!!!!!!!

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