La régulation financière, le tonneau des Danaïdes de l’AMF

 |   |  906  mots
Cinq ans après la faillite de Lehman Brothers, les régulateurs financiers pointent du doigt les risques liés à l'excès de liquidités, au shadow banking et au marché des produits dérivés.
Cinq ans après la faillite de Lehman Brothers, les régulateurs financiers pointent du doigt les risques liés à l'excès de liquidités, au "shadow banking" et au marché des produits dérivés. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2012. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
A l’occasion de son dixième anniversaire, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a dressé un bilan des mesures de régulation décidées à l’échelle internationale en 2008, dans le sillage de la faillite de Lehman Brothers. Des progrès ont été accomplis mais nombre de risques demeurent.

La mise au pas de la finance, c'est le tonneau des Danaïdes. Une tâche dont on ne voit jamais la fin, un ouvrage à remettre cent fois sur le métier. Renforcement des fonds propres des banques, mise en place de mécanismes de résolution des crises bancaires, supervision du secteur bancaire européen par la BCE (Banque centrale européenne)…

Depuis le G20 de Washington - qui, en septembre 2008, deux mois après la faillite de Lehman Brothers, avait pris des mesures de régulation financière d'une ampleur inédite -, "de réels progrès ont été accomplis", a reconnu Frédéric Janbon, président de l'Association pour les marchés financiers en Europe, lors d'une conférence organisée le 28 novembre par l'Autorité des marchés financiers (AMF), à l'occasion de son dixième anniversaire.

 Pour autant, "nombre d'incertitudes demeurent", a prévenu Frédéric Janbon. "La finance est plus sûre qu'il y a cinq ans mais nous ne sommes pas au bout de l'agenda fixé par le G20 de Washington, et de nouveaux risques peuvent apparaître à tout moment", a renchéri Gérard Rameix, président de l'AMF.

 L'excès de liquidités pose le risque de la formation de bulles

S'il y a un risque qui tracasse le patron du gendarme de la Bourse, c'est bien celui de l'excès de liquidités, alimenté par les rachats massifs d'obligations souveraines et autres politiques non conventionnelles menées depuis de longs mois par les banques centrales pour soutenir les économies de leurs pays.

"Il n'est pas possible que la première puissance économique mondiale continue indéfiniment d'acheter (via la Réserve fédérale américaine) plus de 80 milliards de dollars de dette publique américaine chaque mois. Il n'est pas non plus possible que les taux d'intérêt restent durablement aussi bas »,

met en garde Gérard Rameix, pour qui le "système financier actuel n'est pas stable." Comprendre : cette abondance de liquidités pose le risque de la formation - et de l'éclatement - de bulles spéculatives, comme cela avait été le cas lors de la crise des "subprimes" (crédits hypothécaires américains à risque), en 2007.

Le marché des produits dérivés s'élève à près de 700.000 milliards de dollars

Un autre sujet inquiète les régulateurs. Celui du marché des produits dérivés négociés de gré à gré (over-the-counter, OTC), qui a rebondi de près de 10% au premier semestre, à l'échelle mondiale, à 692.908 milliards de dollars, non loin du record de 706.884 milliards établi à la fin juin 2011. Pour mémoire, les produits dérivés sont des contrats conclus entre un vendeur et un acheteur, contrats dont le règlement s'effectue à une date future et dont la valeur varie en fonction de l'évolution du prix du produit sous-jacent (action, obligation, etc.).

A la base, les produits dérivés servent à se couvrir contre le risque de change ou de matière première. Mais, leur usage reposant sur l'anticipation d'une évolution future, les produits dérivés se sont révélés être de formidables outils de spéculation.

Un risque transféré sur les chambres de compensation

Or le régulateur européen peine à accoucher de la réforme des marchés de dérivés, au grand dam de son homologue américain. Après trois ans de controverses et de lobbying, les standards techniques nécessaires à l'application de la législation européenne sur les produits dérivés, appelée EMIR (European Market Infrastructure Regulation), ont commencé à entrer en vigueur, le 15 mars dernier. Reste qu'il faudra attendre la mi-2014, avant que la principale disposition de la législation européenne sur les dérivés n'entre en vigueur.

A savoir l'obligation, pour tous les contrats de dérivés, de passer par des chambres de compensation, chargées de s'assurer que les parties prenantes ont les moyens de mener la transaction à son terme. Et encore, cela ne règlera pas tout, car, "ce faisant, on transfèrera le risque sur des chambres de compensation dont on ne sait pas comment elles seront régulées ni comment elles pourront résister à d'éventuels chocs externes", s'inquiète Frédéric Janbon.

La finance parallèle représente 25% à 30% de l'ensemble du système financier

Enfin, une autre menace pour la stabilité des marchés financiers réside dans le "shadow banking", cette finance parallèle dont le poids a encore augmenté - de 8% - en 2012, à près de 71.000 milliards de dollars à l'échelon mondial, selon le rapport annuel du Conseil de stabilité financière, publié le 15 novembre. Un montant qui représente entre… 25% et 30% de l'ensemble du système financier.

La Commission européenne avait fait un premier pas dans l'encadrement du shadow banking le 4 septembre dernier, en présentant un projet de législation visant à mieux maîtriser les risques posés par les fonds monétaires, qui détiennent une importante proportion de la dette à court terme des administrations, des entreprises et des banques européennes.

Mais la régulation de la finance parallèle est d'autant plus délicate que celle-ci constitue une source alternative de financement pour l'économie européenne, à l'heure où celle-ci doit trouver des relais au crédit bancaire, appelé à diminuer en raison des nouvelles réglementations prudentielles imposées aux banques.

 

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 29/11/2013 à 10:50 :
Un des problèmes structurels des marchés financiers, selon des professionnels de la place, c'est qu'on peut prêter vos titres à votre insu. A des vendeurs à découvert qui, quand la conjoncture se dégrade, massacrent les marchés, et vos économies aussi, in fine, avec tous ces titres prêtés. L'AMF ne voit rien, ne dit rien, et ne fait rien. Qu'on ne s'étonne pas, après, si les particuliers ne veulent plus venir à la bourse.
a écrit le 29/11/2013 à 9:48 :
Les produits dérivés spéculatifs devraient être interdit car ils ne reposent sur rien! Ne maintenir que les produits de couverture......
a écrit le 28/11/2013 à 19:23 :
+1 Yvan
Mise à part une provision + importante (bale3) rien à changé je confirme !
a écrit le 28/11/2013 à 19:22 :
+1 Yvan
Mise à part une provision + importante (bale3) rien à changé je confirme !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :