A l’occasion de son dixième anniversaire, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a dressé un bilan des mesures de régulation décidées à l’échelle internationale en 2008, dans le sillage de la faillite de Lehman Brothers. Des progrès ont été accomplis mais nombre de risques demeurent.
La mise au pas de la finance, c'est le tonneau des Danaïdes. Une tâche dont on ne voit jamais la fin, un ouvrage à remettre cent fois sur le métier. Renforcement des fonds propres des banques, mise en place de mécanismes de résolution des crises bancaires, supervision du secteur bancaire européen par la BCE (Banque centrale européenne)…
Pour autant, "nombre d'incertitudes demeurent", a prévenu Frédéric Janbon. "La finance est plus sûre qu'il y a cinq ans mais nous ne sommes pas au bout de l'agenda fixé par le G20 de Washington, et de nouveaux risques peuvent apparaître à tout moment", a renchéri Gérard Rameix, président de l'AMF.
L'excès de liquidités pose le risque de la formation de bulles
S'il y a un risque qui tracasse le patron du gendarme de la Bourse, c'est bien celui de l'excès de liquidités, alimenté par les rachats massifs d'obligations souveraines et autres politiques non conventionnelles menées depuis de longs mois par les banques centrales pour soutenir les économies de leurs pays.
"Il n'est pas possible que la première puissance économique mondiale continue indéfiniment d'acheter (via la Réserve fédérale américaine) plus de 80 milliards de dollars de dette publique américaine chaque mois. Il n'est pas non plus possible que les taux d'intérêt restent durablement aussi bas »,
met en garde Gérard Rameix, pour qui le "système financier actuel n'est pas stable." Comprendre : cette abondance de liquidités pose le risque de la formation - et de l'éclatement - de bulles spéculatives, comme cela avait été le cas lors de la crise des "subprimes" (crédits hypothécaires américains à risque), en 2007.
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Le marché des produits dérivés s'élève à près de 700.000 milliards de dollars
Un autre sujet inquiète les régulateurs. Celui du marché des produits dérivés négociés de gré à gré (over-the-counter, OTC), qui a rebondi de près de 10% au premier semestre, à l'échelle mondiale, à 692.908 milliards de dollars, non loin du record de 706.884 milliards établi à la fin juin 2011. Pour mémoire, les produits dérivés sont des contrats conclus entre un vendeur et un acheteur, contrats dont le règlement s'effectue à une date future et dont la valeur varie en fonction de l'évolution du prix du produit sous-jacent (action, obligation, etc.).
A la base, les produits dérivés servent à se couvrir contre le risque de change ou de matière première. Mais, leur usage reposant sur l'anticipation d'une évolution future, les produits dérivés se sont révélés être de formidables outils de spéculation.
Un risque transféré sur les chambres de compensation
Or le régulateur européen peine à accoucher de la réforme des marchés de dérivés, au grand dam de son homologue américain. Après trois ans de controverses et de lobbying, les standards techniques nécessaires à l'application de la législation européenne sur les produits dérivés, appelée EMIR (European Market Infrastructure Regulation), ont commencé à entrer en vigueur, le 15 mars dernier. Reste qu'il faudra attendre la mi-2014, avant que la principale disposition de la législation européenne sur les dérivés n'entre en vigueur.
A savoir l'obligation, pour tous les contrats de dérivés, de passer par des chambres de compensation, chargées de s'assurer que les parties prenantes ont les moyens de mener la transaction à son terme. Et encore, cela ne règlera pas tout, car, "ce faisant, on transfèrera le risque sur des chambres de compensation dont on ne sait pas comment elles seront régulées ni comment elles pourront résister à d'éventuels chocs externes", s'inquiète Frédéric Janbon.
La finance parallèle représente 25% à 30% de l'ensemble du système financier
La Commission européenne avait fait un premier pas dans l'encadrement du shadow banking le 4 septembre dernier, en présentant un projet de législation visant à mieux maîtriser les risques posés par les fonds monétaires, qui détiennent une importante proportion de la dette à court terme des administrations, des entreprises et des banques européennes.
Mais la régulation de la finance parallèle est d'autant plus délicate que celle-ci constitue une source alternative de financement pour l'économie européenne, à l'heure où celle-ci doit trouver des relais au crédit bancaire, appelé à diminuer en raison des nouvelles réglementations prudentielles imposées aux banques.