BNP Paribas redoute le cauchemar américain

Selon le New York Times, le directeur général de BNP Paribas se serait rendu la semaine dernière aux Etats-Unis, afin de tenter d’éviter que la banque soit contrainte de plaider coupable dans le dossier des transactions en dollars dans des pays soumis à embargo américain.
Christine Lejoux
Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, se serait entretenu le 6 mai avec des représentants du Département américain de la Justice, à Washington. | REUTERS.
Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, se serait entretenu le 6 mai avec des représentants du Département américain de la Justice, à Washington. | REUTERS. (Crédits : Reuters)

Branle-bas de combat, chez BNP Paribas. Selon un article du New York Times publié le 12 mai, Jean-Laurent Bonnafé en personne - directeur général de la première banque française - aurait décollé la semaine dernière pour les Etats-Unis, afin de tenter d'infléchir la position de la justice américaine, qui projette de poursuivre le groupe bancaire au pénal, au titre de transactions en dollars réalisées avec des pays soumis à un embargo américain, comme le Soudan. "Nous ne faisons pas de commentaire au-delà de ce que nous avons dit lors de la publication de nos résultats du premier trimestre", rétorque une porte-parole de BNP Paribas, interrogée par La Tribune.

La banque avait alors indiqué que "les discussions qui ont eu lieu pendant le premier trimestre 2014, au sujet des paiements en dollars américains concernant des pays soumis aux sanctions des États-Unis, montrent qu'il existe une très grande incertitude sur les sanctions qui pourraient être décidées par les autorités américaines." Si bien que BNP Paribas n'avait pas exclu que "la pénalité [finale infligée par les autorités américaines ; Ndlr] excède très significativement la provision (de 1,1 milliard de dollars) constituée."

Un plaider-coupable limité aux filiales américaines

Accompagné de Philippe Gijsels, "chief strategy officer" chez BNP Paribas Fortis, et de Jean Clamon, responsable de la conformité chez BNP Paribas, Jean-Laurent Bonnafé se serait rendu dans l'après-midi du 6 mai au Département américain de la justice, à Washington. Là, les trois hommes auraient rencontré un autre trio, composé de David A. O'Neil, le chef de la section criminelle du Département américain de la justice, de Preet Bharara, le procureur fédéral de Manhattan, et de Cyrus Vance Jr, le procureur du district de Manhattan. Jean-Laurent Bonnafé aurait demandé à ce que le plaider-coupable que la justice américaine cherche à obtenir de la banque soit cantonné aux filiales américaines de cette dernière, à savoir Bank of the West et First Hawaïan Bank.

Deux entités qui comptent des agences dans une vingtaine d'Etats américains, et cumulent quelque 75 milliards de dollars de dépôts émanant de quatre millions de clients. C'est dire si un plaider-coupable circonscrit à ces deux filiales serait autrement moins dommageable à BNP Paribas, en termes d'image et d'activité, qu'un procès intenté au groupe tout entier, lequel n'est autre que l'une des principales banques mondiales. De fait, un plaider-coupable de BNP Paribas constituerait une première pour une grande banque depuis celui de Drexel Burnham Lambert, il y a plus de 20 ans. Credit Suisse aussi, qui risque également des poursuites au pénal pour avoir prétendument aidé de riches contribuables américains à frauder le fisc, chercherait à obtenir un plaider-coupable limité à sa filiale américaine.

Des procureurs qui campent sur leurs positions

Mais Jean-Laurent Bonnafé, épaulé par les cabinets d'avocats Sullivan & Cromwell et Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom, a eu beau agiter le spectre de la déstabilisation du financement de l'économie qui résulterait d'un plaider-coupable de BNP Paribas, les procureurs américains ont campé sur leurs positions, d'après le New York Times. D'abord parce que, depuis la découverte de l'affaire, il y a quelques années, la banque aurait été lente à coopérer avec la justice américaine, si bien que celle-ci n'aurait pas pu inculper certains employés de BNP Paribas avant la fin d'un délai légal de cinq ans.

Ensuite, la justice américaine a beau savoir, depuis la faillite du cabinet d'audit Arthur Andersen en 2002, ce qu'il en coûte à une entreprise d'être poursuivie au pénal, elle se trouve parallèlement sous la pression d'une opinion publique exaspérée de voir que les banques sont rarement inquiétées, en dépit de scandales à répétition.

Incertitudes quant aux réactions des clients

Enfin, si la justice américaine ne semble pas vouloir renoncer à un plaider-coupable, c'est également parce qu'elle s'est assurée auprès des régulateurs- en l'occurrence la Réserve fédérale de New York et Benjamin M. Lawsky, le régulateur financier de l'Etat de New York - qu'ils ne priveraient pas BNP Paribas de sa licence bancaire aux Etats-Unis, quand bien même la banque serait poursuivie au pénal.

Mais ces précautions ne préjugent en rien des réactions des clients de la banque. Si celle-ci était effectivement poursuivie au pénal, nombre d'entre eux, à commencer par certains fonds de pension, n'auraient tout bonnement plus le droit de travailler avec elle, en raison de leurs règles d'investissement internes. Un coup dur quand on sait que BNP Paribas ambitionne de faire passer le poids de l'Amérique du Nord dans son produit net bancaire (PNB, équivalent du chiffre d'affaires) de 10% en 2013 à 12% en 2016.

 

 

Christine Lejoux

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Commentaires 13
à écrit le 17/05/2014 à 3:26
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rappelez vous le concorde ou comment les us l ont sabote. Il serait temps de menacer d un redressement fiscal geant leur geant de l it histoire de les calmer un peu car n oublions pas que l ue est un plus gros marche que les us.

à écrit le 14/05/2014 à 13:25
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ah j'ai bien rit a cet excellent article , les banques françaises qui étaient soi disant les meilleures du monde , ben finalement elles font exactement comme certaines américaines finalement ? , faites ce que je dis et pas le contraire .. le ridicule...

à écrit le 13/05/2014 à 10:47
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Encore le Fait du Prince. Les Américains font ce qu'ils veulent. Je suis persuadé que nos banques gagneraient plus à ne jamais avoir rien à faire là-bas, l'incertitude juridique est trop forte.Tout ça pour qu'on se la pète à se prendre pour une grand...

le 13/05/2014 à 18:39
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BNP Paribas est une des principales banques mondiales, connue et reconnue bien au delà de nos frontières: c'est un fait et pas une façon de se la péter.

à écrit le 13/05/2014 à 8:54
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Et c'est avec un tel pays que l'Europe devrait signer un traité de libre échange...Pas un bon plan, d'ailleurs l'Europe est-elle encore un bon plan?

à écrit le 12/05/2014 à 19:55
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Sauf que comme d'habitude les banques anglo-saxonne se prennent une amende représentant un pouillème de leur résultat et une tape sur les doigts, les étrangères sont poursuivies avec toute la vigueur du saint courroux Américain. Deux poids deux mesur...

à écrit le 12/05/2014 à 19:48
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Elles sont toujours en border line. L'appât du gain est toujours irrésistible.

à écrit le 12/05/2014 à 19:40
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Ils sont bien les américains ils savent parler aux fort Que ce soit dsk ou Bnp ils n hésitent pas Rien de mieux qu une big amende pour faire réfléchir un banquier

à écrit le 12/05/2014 à 19:26
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A regarder les têtes des dirigeants et cadres sup de BNP Paribas je me suis demandé si cette banque n'était pas la banque des laids? Ensuite je me suis dit que mieux valait être laid et compétent et professionnel et avoir le sens du risque...en cela ...

le 12/05/2014 à 22:25
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commentaire aussi stupide que superficiel....au passage Natixis se développe bienauxUS et en toute légalité elle !!

le 13/05/2014 à 9:55
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Natixis aurait du déposer le bilan et ses actifs et passifs auraient dû être liquidés

à écrit le 12/05/2014 à 18:50
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les banques mondiales devraient demander des comptes pour les subprimes qui ont failli les mettre sur la paille.

à écrit le 12/05/2014 à 18:27
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Il n'avait qu'à faire gaffe avant.

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