Pourquoi le Medef s'inquiète tant de la taxe sur les produits dérivés

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75% environ du marché des dérivés de gré à gré disparaitraient du seul fait de la mise en œuvre de la taxe sur les transactions financières dans les Etats concernés.
75% environ du marché des dérivés de gré à gré disparaitraient du seul fait de la mise en œuvre de la taxe sur les transactions financières dans les Etats concernés. (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Jeudi, le Medef et Paris Europlace se sont inquiétés de la taxe sur les transactions de produits dérivés. Pourtant leurs intérêts ne seront que peu affectés et cette taxe est un outil de poids pour endiguer le risque systémique qui repose sur l’économie réelle.

Le Medef, Paris Europlace et la fédération de l'industrie allemande (BDI) ont récemment marqué leur opposition dans un communiqué au projet de taxe sur les transactions financières (TTF), en ce moment discuté par onze Etats membres de l'Union Européenne -dont la France- dans le cadre de la procédure de coopération renforcée. Le projet initial prévoyait une taxe de 0.1% sur les actions et les obligations et de 0.01% sur les produits dérivés.

 

Les trois organisations ciblent "en particulier" un risque spécifique si "les contrats sur produits dérivés utiles à l'économie (i.e. sur actions, taux de change, taux d'intérêt, matières premières ou dérivés de crédits) étaient inclus dans la taxe", est-il indiqué dans leur communiqué. "Ces contrats sont en effet largement utilisés par les entreprises non financières pour couvrir leurs risques. Accroître leur coût porterait un préjudice grave à la compétitivité de ces entreprises", ajoutent-elles.

 

Une préjudice grave ?

 

Reste que le terme "préjudice grave" semble quelque peu excessif. Ainsi, si l'on prend par exemple le cas d'une entreprise endettée à taux variable sur Euribor 12 mois, et craignant une remontée des taux d'intérêt. Elle conclut alors un swap de taux par lequel elle échange l'Euribor 12 mois contre un taux fixe par exemple de 4,5 %. Cette opération ne modifie pas la nature de son emprunt initial : elle continue de payer à l'organisme prêteur les intérêts normalement dus. Mais à échéance, si l'Euribor s'établit à 5 %, elle se verrait rétrocéder 0.49% au lieu de 0,50%, du fait de l'application de la taxe... Pas de quoi donc provoquer un "préjudice grave".
De surcroît, la TTF sur les produits dérivés ne concernera pas les petites et moyennes entreprises qui ne sollicitent quasiment pas ce marché. L'instauration de la TTF ne devrait donc pas affecter profondément l'économie française, ni même l'économie européenne.

 

Un grain de sable qui limiterait significativement les transactions entre banques

 

En revanche, et c'est son but, la TTF pourrait avoir un impact réel sur les transactions de produits dérivés entre institutions financières. Introduire ce grain de sable de 0,01% pourrait réduire d'environ 75% les transactions sur produits dérivés de gré à gré, selon les conclusions de plusieurs experts que la Commission européenne semble avoir repris à son compte.

 

Faut-il se satisfaire d'une telle baisse d'activité ? Oui, si l'on estime ce sont ces échanges qui alimentent les interconnexions entre banques et les rendent interdépendantes. "Selon la Banque des règlements internationaux et la Banque centrale européenne, 93 % de l'activité de tenue de marché sur les marchés de dérivés de gré à gré - soit l'immense majorité des produits dérivés, qui représentent douze fois le PIB mondial - est réalisée par des banques à l'attention de contreparties financières, et seulement 7 % avec l'économie dite « réelle »", indiquait Thierry Philipponnat, secrétaire général de l'ONG Finance Watch, lors d'une audition à l'Assemblée nationale.

 

Autre preuve de la déconnexion de ce marché de l'économie réelle : les transactions sur les produits dérivés de change -qui ont été créés pour permettre aux entreprises qui commercent à l'international de se couvrir contre les risques de taux de change- se sont élevées lors d'une seule journée d'avril 2013 à 5.300 milliards de dollars. Ce, alors que les exportations mondiales de marchandises annuelles s'élèvent à 18.300 milliards de dollars et à 4.300 milliards pour les services. Autrement dit, à ce rythme le commerce mondial annuel est couvert en 4 jours!

 

Un sujet brûlant en France

 

L'instauration de la TTF sur produits dérivés concernera tout particulièrement les établissements financiers français : "les engagements hors bilan en dérivés des 4 banques françaises (montants notionnels agrégés) pèsent 46 fois le PIB français !", indiquait ainsi Christophe Nijdam, analyste spécialisé dans le secteur bancaire chez AlphaValue, dans une chronique parue dans le Nouvel économiste titrée "le talon d'Achille des banques françaises".

 

Deux universitaires, Alexandre Guillemonat et Olivier Ramond, ont pour leur part récemment alerté sur le caractère brûlant de la situation dans une chronique parue dans les Echos et intitulée "au secours, les produits dérivés reviennent !". Ils s'interrogent sur ces opérations de couverture "dont on ne sait plus vraiment si elles ne sont pas porteuses d'un risque additionnel". Ainsi que sur ces "engagements non identifiés ou non évalués à défaut de modèle fiable d'évaluation... ".

En effet, en plus d'engager des volumes gigantesques, les produits dérivés sont encore mal compris par les régulateurs. Seules certaines banques d'affaires et sociétés spécialisés semblent en maîtriser parfaitement les modèles d'évaluation. Dans ce contexte, l'instauration de garde-fous, comme la TTF, pour limiter les impacts d'une éventuelle crise future, semble s'imposer.

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Commentaires
a écrit le 03/05/2014 à 8:43 :
c'est l'abandon des gouvernants de tous pays face au chantage de la finance
qui a puni les banquiers avec leur produits derive
non c'est les population de tous les pays qui rembourse leur dettes
encourager par des gouvernements trop heureux de profiter des largesse promise
a écrit le 29/04/2014 à 11:20 :
Comment se fait il que les produits dérivés existent encore ? Que les responsables de la crise ne sont pas en prison ? Que les responsables sont blanchis par de simples amendes ? Que la bourse soit truquée ? Qu'une banque puisse encore vendre de la drogue ? Que l'on accepte de mutualiser les dettes et privatiser les gains ? Que le shadow banking brasse plus d'argent que la finance normale ? Que l'on accepte que la spéculation tue ? Que les dettes ne cessent d'augmenter ? Que l'on accepte d'être ainsi baladé ? " Il est une chance que les gens de la nation ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire, parce que si tel était le cas, je crois qu'il y aurait une révolution avant demain matin" Ford.
Réponse de le 29/04/2014 à 13:35 :
" les produits dérivés" ils reviennent mais vertueux, limpides ! Pas les embrouillaminis d'avant. [faut-il les croire ?? Si on leur assure un parachute et un coussin en cas de catastrophe, pas d'ennui]
a écrit le 29/04/2014 à 7:54 :
Le monde est devenu un immense site de paris en ligne....seul probleme un petit groupe joue avec l argent des autres, empoche les benefices et font supporter les dettes aux autres....Moi aussi je suis pret à prendre de gros paris dans ces conditions...et je ne suis pas le seul
a écrit le 28/04/2014 à 22:34 :
Et pendant ce temps les hedge funds américaines continuent de vendre à découvert CAC40, DAX, etc pour se payer l'Europe à prix cassé!
a écrit le 28/04/2014 à 22:14 :
Dans la vraie vie, les personnes ou organisations qui utilisent les produits dérivés en comprennent les risques, et les avantages...évidemment, las collectivités locales n'appartiennent pas à la vraie vie...
Réponse de le 29/04/2014 à 8:35 :
Oui tout comme Leman Brother...ces gens là savaient ce qu'ils faisaient effectivement :-)
a écrit le 28/04/2014 à 22:04 :
encore un nième pamphlet contre l'Etat, la régulation ...
pas de taxe tobin, ok... mais pas de sauvetage en cas de problème !
et qui dit pas de sauvetage, dit pas de risque sur les finances des citoyens... donc séparation des activités !
quand à la problématique du départ des activités vers d'autre cieux plus cléments... je rejoins complètement NetZorro... rien à faire !
a écrit le 28/04/2014 à 21:02 :
Taxe Robin = du chomage en +
La finance va quitter nos pays, encore plus.
Au final, on crée des chomeurs, car tous le s postes qui vont partir ailleurs créaient un éco système: informaticiens, juristes, secrétaires; etc... Et hop, quelques milliers de chomeurs en +.
Réponse de le 29/04/2014 à 8:34 :
Nous n'avons pas besoin de la finance pour développer et faire marcher l’économie RÉELLE.
Un produit dérivés servent par définition a spéculer. A l'origine ils servaient a couvrir deux parti, l'acheteur et le vendeur, pour se protéger d’éventuelle hausse ou baisse de prix.
Mais ca s'était il y a bien longtemps maintenant...ca fait longtemps qu'il sont devenu des instrument de pure spéculations.

Il faut vous replongez dans les détails de la crise des subprimes pour mieux comprendre...vous savez celle qui a déclencher cette vague de chômage un peu partout dans le monde.
a écrit le 28/04/2014 à 20:26 :
Vont suivre les départs tançais ! Et les banques hors Europe doivent se frotter les mains de la hausse de business qu'elles vont connaître Grace a une Europe gérer par des petits fonctionnaires qui veulent tout réguler via des taxes qui en même temps les fait vivre. Après la restructuration des états européens il faudra restructurer l'administration de Bruxelles
a écrit le 28/04/2014 à 16:27 :
Cet article est extrêmement partial et ne repose pas sur de l'analyse économique véritable.

Premièrement, la TTF est décrite comme une évidence contre les banques qui se font de l'argent sur le dos de l'économie. Aucun renseignement n'est donné sur les alternatives en termes de régulation, telles que l'isolation des activités de trading pour compte propre (les activités les plus risquées), la régulation intelligente qu'est en train de faire le Royaume-Uni.

Ensuite, donner un calcul ultra simpliste: "0.01% ce n'est pas grand chose sur un produit de hedging, pourquoi se plaignent-ils?", c'est cacher que ces 0.01% appliqués sur des millions de transactions, ça finit par faire très cher. Ce que le Medef et le BDI ne font que relayer. Ils ne sont pas donc que les porte-voix de l'industrie financière, comme le voudrait laisser penser cet article.

Enfin, prendre comme une évidence que la réforme n'aura aucune influence sur les banques françaises, c'est de la naiveté. Il est clair que quand on fait disparaitre 73% d'un marché, cela a des conséquences sur l'emploi. La conséquence: de nombreuses activités de marché vont se déplacer dans d'autres places financières, Dubai et NY en premier lieu. Ca non plus vous ne le mentionnez pas...
Réponse de le 28/04/2014 à 17:31 :
L'argument de l'emploi (intérêts particuliers) par rapport à la réduction du risque systémique (intérêt général) ne justifie pas de maintenir ces activités. Par exemple, sur les dérivés actions, on parle de 4.500 emplois max sur Paris entre front, middle et back offices: ça ne pèse pas lourd par rapport aux externalités négatives mondiales du risque systémique. Qui va pleurer sur le sort de des 4.500 salariés, par rapport aux 400.000 emplois dans les banques françaises? Pas moi en tant cas.
Réponse de le 29/04/2014 à 8:42 :
"Il est clair que quand on fait disparaitre 73% d'un marché, cela a des conséquences sur l'emploi. La conséquence: de nombreuses activités de marché vont se déplacer dans d'autres places financières," : Et s'ils perdent ne serait-ce que le tiers des 45 PIB qu'ils ont placé en dérivés, ce seront combien d'emploi? La crise des subprimes, après qu'ils ont toutes libertés de magouiller, c'est combien d'emploi?

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