Produits dérivés : un remake du cauchemar de 2008 reste possible

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Les montants notionnels de produits dérivés représentent toujours près de 10 fois le PIB mondial.
Les montants notionnels de produits dérivés représentent toujours près de 10 fois le PIB mondial. (Crédits : BLOOMBERG NEWS)
Les encours notionnels de produits dérivés au niveau mondial sont toujours aussi élevés qu’avant la crise financière de 2008… et beaucoup d’activités spéculatives restent déconnectées de l’économie réelle.

Les activités de produits dérivés sont-elles toujours aussi dangereuses pour l'économie réelle ? La question mérite d'être posée.
En 2002, la désormais quatrième fortune mondiale Warren Buffett y répondait volontiers : "les produits dérivés sont des armes financières de destruction massive", estimait-il alors. Au cœur de la crise financière de 2008, ces instruments financiers ont continué de croître depuis, et sont toujours aussi déconnectés de l'économie réelle.

La finance couvre le commerce mondial en 4 jours....

Par exemple, les transactions sur les produits dérivés de change -qui ont été créés pour permettre aux entreprises qui commercent à l'international de se couvrir contre les risques de taux de change- se sont élevées lors d'une seule journée d'avril 2013 à 5.300 milliards de dollars.
Ce, alors que les exportations mondiales de marchandises annuelles s'élèvent à 18.300 milliards de dollars et à 4.300 milliards pour les services. Autrement dit, à ce rythme "le commerce mondial peut être couvert en 4 jours", remarque Christophe Nijdam, analyste au cabinet indépendant Alphavalue et spécialiste du marché des produits dérivés.

Et si l'on prend en compte le marché des capitaux dans son ensemble (225 .000 milliards de dollars), il est couvert en 42 jours… ce qui laisse beaucoup de temps le reste de l'année aux opérateurs de marché pour vaquer à d'autres occupations (hautement spéculatives ?) qui n'ont pas grand chose à voir avec l'économie réelle.

93% des échanges de produits dérivés se font entre banques

La banque des règlements internationaux (BRI) estime ainsi que 93% des échanges de produits dérivés sont réalisés entre institutions financières. Ce qui alimente les interconnexions entre elles et les rend interdépendantes : une banque très bien gérée pourrait subir les conséquences d'une mauvaise décision d'investissement d'une concurrente.

Plus globalement, les montants des sous-jacents -aussi appelés notionnels- des produits dérivés OTC (over the counter) qui s'échangent de gré à gré ont atteint 693.000 milliards de dollars à la mi-2013! Soit plus que les 684.000 milliards de dollars atteints avant la chute de Lehmann Brother. Il faut préciser que ces chiffres démesurés (près de 10 fois le PIB mondial) ne représentent pas les risques pris par les banques qui s'échangent ces instruments financiers entre-elles. Mais au regard du niveau de ces montants, même si elles constataient une part infime du notionnel en perte, les conséquences seraient désastreuses.  

Impossible de se faire une réelle idée du risque encouru par chaque banque...

Le risque réel diffère en fonction de la nature du produit dérivé. Pour les contrats sur dérivés de taux (qui représentent les trois quarts des encours de produits dérivés dans le monde), le risque ne représente pas le montant total du sous-jacent, mais une variation de son cours, donc quelques pourcentages. Alors que pour un CDS (crédit défault swap), que l'on peut comparer à une assurance-crédit, le risque peut aller jusqu'à 100% du notionnel lorsqu'il y a défaut.

Au final, il est impossible de se faire une idée du risque exact encouru par les banques, qui par ailleurs ne communiquent pas cette donnée.
Mais si l'on prend l'exemple encore d'actualité de Dexia, une banque en démantèlement qui a été certes très mal gérée avant la crise de 2008, on constate qu'elle est toujours sous "le coup d'une perte latente de 29 milliards d'euros pour 450 milliards d'euros de notionnels, soit 6,4% du montant du notionnel", indique Christophe Nijdam.

... mais un rien pourrait tout faire basculer

A titre de comparaison, une perte de seulement 0,16% du montant notionnel de dérivés de BNP Paribas (48.000 milliards d'euros) rognerait l'intégralité de ses fonds propres, selon les chiffres d'Alphavalue. Pour le Crédit agricole, une perte de 0,22% du notionnel serait suffisante pour anéantir ses fonds propres, un niveau qui grimpe à 0,26% pour la Société générale. Potentiellement, les banques suisses Crédit Suisse et UBS et la Deutsche Bank sont les plus exposées en Europe si l'on prend en compte ce ratio. Il ne suffirait donc pas de grand-chose pour que ces grands groupes bancaires se retrouvent en difficulté.

Face à ces montants affolants, les régulateurs agissent tout même pour limiter le risque. Des chambres de compensations ont ainsi été créées. Elles ont pour but d'éliminer les risques de contrepartie sur les marchés dérivés, en accueillant en quelque sorte le risque des banques et en le mutualisant. En parallèle, elles assurent la surveillance des positions et exigent des sécurités aux banques lors de la conclusion d'un contrat. 

Instaurer une taxe sur les transactions de produits dérivés

Problème, selon Alphavalue un tiers du marché OTC de produits dérivés n'est pas traité par les chambres de compensation, soit 220.000 milliards de notionnels dans le monde.
A court terme, une des solutions résiderait dans l'instauration d'une taxe sur les transactions de produits dérivés, selon Christophe Nijdam. Il estime qu'une taxe de seulement 0,01% sur chaque transaction pourrait faire chuter les volumes d'échanges de produits dérivés en Europe de … 70 à 90% !

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Commentaires
a écrit le 10/03/2014 à 11:45 :
peut on concilier un fcfa fort avec un solde courant positif?
a écrit le 20/12/2013 à 18:41 :
Scinder les banques : depots et speculation et chacun joue comme il le veut et prend ses risques...collusion des politiques et des financiers ( cf Sarko et GS pas le seul..) pour jouer à la roulette l avenir des peuples
a écrit le 18/12/2013 à 18:32 :
Avec l'imprimante 3D on pourra avoir des dérivés en trois dimensions, ça les rendra encore plus complexes, un peu comme des robic cub, ça ne va pas faire les affaires de ces incapables de la surveillance bancaire mais pas sûr car là au moins, ils pourront dire qu'ils sont trop nuls et bêtes pour comprendre un truc aussi compliqué.
a écrit le 18/12/2013 à 15:04 :
Au final il ne s'agit que de morceaux de papiers et d'encre..alors imprimeur tenez vous prêt!!
a écrit le 18/12/2013 à 14:47 :
Si Warren Buffett le dit pourquoi n'a-t-on pas interdit la spéculation comme c'était le cas naguère?
Le blog de Paul Jorion sur ce point est très instructif. Le risque de brutalement être tous pauvres n'inquiète aucun de nos politiques et les banques de continuer leur jeu avec une bonne partie de l'argent confié!
Réponse de le 18/12/2013 à 15:19 :
Il est clair, McD, que ça vous fait peur. Mais... n'est-ce pas logique que vous ne représentiez RIEN par rapport au plus gros milliardaire..??
a écrit le 18/12/2013 à 12:08 :
Ce n'est pas de l'économie réelle. Ils n'ont qu'a jouer avec des bit coins. Ne les laissons plus utiliser nos monnaies a qui nous donnons leurs valeurs .Empêchons les de s'empiffrer comme des sangliers dans un jardin.
a écrit le 18/12/2013 à 12:07 :
"reste possible"
Arf ! c'est pas que ca reste possible, c'est que ca va obligatoirement avoir lieu ! Le tout est de savoir quand.
a écrit le 18/12/2013 à 12:02 :
On leur offre le jardin et ils y jouent dedans. Désigner les coupables ne suffit pas, il faut trouver les complices et pour les incarcérer il faudra construire beaucoup de prisons. Cela relancera peut être l'économie réelle.
a écrit le 18/12/2013 à 12:01 :
une grosse goutte d'eau qui cette fois, sur fond de crise majeure de confiance, ferait sans doute déborder le vase.
a écrit le 18/12/2013 à 11:04 :
Il est clair que l OTC est un vrai danger ! Utilisé uniquement pour échapper aux taxes de transaction (ridiculement basse) d un marché listé ou en couverture (caché de la vu du marché) d'une autre op. listé ou pas.
Ce type de produit ou transaction ne devrait pas exister ou bien être régie par une chambre de compensation !
Le risque que l'article oublie, c est qu une position d'arbitrage d un produit dérivé faite sur un marché listé ou OTC couverte en OTC est sur les livres a "risque limité" mais si la contrepartie qui a faite l OTC vient a faire défaut la position initiale n'est plus couverte ^^ et avec les dérives (listé ou pas) une position vendeuse option est a risque illimitée.
a écrit le 18/12/2013 à 10:59 :
L'Europe bancaire c'est un mirage aux alouettes qui rassure les technocrates notamment français à l'idée que les banques françaises (qui ont failli explosé avec la crise de la dette grecque si ce n'était grâce à la mansuétude d'un des leurs, M. Trichet pour pas le nommer). On va d'ailleurs pour ça renforcer les pouvoirs déjà énormes de la BCE, et tenez vous bien on va nommer un responsable expert français venant de l'ACP (Autorité de Contrôle Prudentiel) qui à dit on 30 ou 35 ans de métier de surveillance bancaire dans les pâtes et qui n'a sans erreur m^me pas vu survenir la faillite de DEXIA ou la quasi faillite de Natixis entre autres. Cherchez l'erreur, l'erreur c'est l'incompétence des technocrate et des politiques, les deux faces de la m^me pièce, qui ne vaut pas plus qu'un bitcoin.
Réponse de le 18/12/2013 à 12:27 :
Ce n'est plus de l'incompétence mais de la haute criminalité en col blanc à ce niveau ! PS : dépêchons-nous de nous exprimer avant que Flambynou et frère Manuel la truelle créent le délit d'opinion ...
Réponse de le 19/12/2013 à 9:29 :
Avez-vous déjà été confronté à un audit de l'ACP? Pour ma part j'ai eu maille à partir avec certains d'eux et je peux vous affirmer qu'ils font leur travail avec rigueur. Ceux qui ne font pas leur travail sont les grands responsables des banques qui n'ont pas un vue d'ensemble de leurs activités et des risques réellement supportés. Idem pour les institutions de la BCE . Bâle III devrait amener dans le temps un moindre risque en limitant les activités par un renchérissement des risques. On le voit déjà chez de nombreuses banques qui ont arrêté des activités entières (CACIB et SG mais aussi BNP). Le problème reste que les banques anglo saxones font de la résistance.voir l'épisode des CDs et JPMORGAN.
a écrit le 18/12/2013 à 10:56 :
Voilà qui précise ce que nul ignorait. Mais, ce risque bancaire ne tient apparemment pas compte des produits dérivés qui sont hors bilan des banques, parce que défaussés dans les pyramides de fonds ou autres véhicules bizarres.
a écrit le 18/12/2013 à 10:14 :
Que les banquiers jouent au casino ou à la roulette russe me dérangerait moins si la nouvelle directive bancaire de ce mois de décembre 2013 ne prévoyait que les comptes des particuliers, des déposants peuvent être saisis pour rembourser ces "dettes de jeu" en cas de faillite de la banque (et alors qu'ils n'en ont touché aucun intérêt).
Réponse de le 18/12/2013 à 12:28 :
Depuis 2008, ce sont les contribuables qui payent les danseuses ...
Réponse de le 18/12/2013 à 13:21 :
Oui, mais ce n'était pas encore suffisant. La preuve, on a dû décider qu'à présent ce serait encore bien mieux : on prendra directement sur le compte bancaire des particuliers pour renflouer les banques - tout en conservant des impôts écrasants...!
Réponse de le 18/12/2013 à 17:09 :
Actuellement, (depuis des années) toute liquidité placée dans une banque est au bilan. Vous ne disposez plus de la propriété, mais d'une créance sur la banque de cette somme. En cas de faillite, vous êtes un simple créancier parmi d'autres. Les titres (actions..) au contraire, restent votre propriété, et donc en cas de faillite vous seront rendus..
a écrit le 18/12/2013 à 9:48 :
D'après d'autres informations, le montant des dérivés sur la planète atteindrait 708000 milliards de dollars.
Toutes les banques ne sont plus que des zombies soutenues à bout de bras par les banques centrales qui acceptent tous les collatéraux pourris de ces mêmes banques.
a écrit le 18/12/2013 à 9:31 :
Il serait plus simple de dire que rien a change et que la seule certitude que l'on puisse avoir c'est qu'une crise impliquant les banques et autres institutions financiere va se reproduire.
a écrit le 18/12/2013 à 9:05 :
La partie technique relative au CDS me semble infondée. Le taux de perte ou LGD est obtenue à partir d'un taux de recouvrement estimé par le marché en fonction de l'émetteur de la dette et la séniorité de celle-ci. Le risque est de 100% si il se produit un défaut simultané de l'émetteur de la dette (corporate ou souverain) et de l'émetteur de la couverture ou CDS. Il faudrait alors être capable de calculer la loi jointe du défaut de ces deux entités. Les modèles utilisés type copulu gaussienne ou levy ont montré leur limite. Mais ce cas peut exister et la probabilité d'occurence d'un défaut corrélé n'est pas nul mais plutôt proche de 0.5. Cela aurait pu être le cas par exemple lors de la crise de la dette héllène avec une contagion à d'autres économies européennes telles que le portugal, l'espagne ou l'italie notamment au regard de la position ultra dominante de JP Morgan.

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