Generali répond à Touraine : "L’assureur n’a pas accès aux données médicales"

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Nous disons qu'à travers ce programme, il n'y a pas d'arrière-pensée technique en disant 'je vais faire des gains en sélectionnant les bonnes personnes'. Dans une assurance collective, on ne peut pas faire de sélection médicale.
"Nous disons qu'à travers ce programme, il n'y a pas d'arrière-pensée technique en disant 'je vais faire des gains en sélectionnant les bonnes personnes'. Dans une assurance collective, on ne peut pas faire de sélection médicale." (Crédits : Sebastien d'Halloy)
Generali n'aura pas accès aux données santé dans son programme de prévention Vitality bientôt lancé en France, et destiné aux entreprises ayant souscrit un contrat santé ou prévoyance, assure Yanick Philippon, en charge du segment assurances collectives de la clientèle des entreprises pour la filiale française. Il promet que ces données sensibles seront gérées par une structure de service distincte des systèmes de l'assureur. Le ministère de la Santé estime que ce dispositif est, à terme, la porte ouverte à un modèle néfaste pour le système de santé dans son ensemble.

LA TRIBUNE - Vous lancez une offre de prévention appelée Vitality en France, de quoi s'agit-il ?

YANICK PHILIPPON - Le groupe Generali a passé un accord avec Discovery, une compagnie d'assurance sud-africaine, qui a lancé le concept" Vitality" il y a 20 ans en Afrique du Sud. Ce qui a été convenu entre Generali et Discovery,  c'est un partenariat exclusif en Europe pour prévoir un programme de prévention, avec une originalité qui tourne autour des récompenses destinées aux personnes entrantes engagées dans le programme.

Generali a choisi de lancer le programme Vitality en Allemagne, le 1er juillet, puis en France le 1er janvier 2017. Les choix faits dans ces deux pays ont été différents selon la culture et notre positionnement dans ces derniers. En Allemagne, le programme Vitality a été couplé avec une assurance individuelle de prévoyance pour les décès, les incapacités professionnelles...

En France, nous nous sommes positionnés sur un programme destiné aux entreprises ayant souscrit un contrat santé ou prévoyance collectif, un marché dynamique du fait de la mise en place de l'Accord national interprofessionnel (ANI).

Le jour de l'annonce du plan e-santé 2020, Marisol Touraine s'est inquiétée de l'arrivée de votre programme en France, rappelant que les assureurs ne peuvent avoir accès aux données de santé...

Il y a une inquiétude des consommateurs à l'idée d'une tarification qui serait fixée en fonction du comportement de l'assuré, partagée par Marisol Touraine. Je pense qu'elle ne connaissait pas le projet Generali Vitality. Sa réponse est de dire que les assureurs sont là pour financer et rien d'autre. Nous ne partageons pas son avis.

Notre futur programme Vitality français est en partie inspiré du programme allemand. Il y aura une première étape pour connaître la situation de santé de la personne, sur une appli ou sur un espace Vitality. Une batterie de questions lui sera posée. L'assuré pourra y répondre ou pas. Quand il aura répondu aux questions, un "âge Vitality" lui sera attribué souvent plus élevé qu'à son âge réel.

Ensuite, compte tenu des éléments que la personne aura fournis sur sa santé et son comportement, nous passerons à la deuxième étape. Des programmes sur mesures adaptés à la situation de la personne lui seront proposés. Ils touchent aux domaines de la nutrition, de l'activité physique, du sevrage tabagique. Le programme peut être suivi dans le cadre d'une maladie chronique.

Il s'agit de propositions de coaching, de défis lancés pour l'amener à se prendre en charge dans cette nouvelle approche par rapport à sa santé.

Le programme comporte un troisième volet: l'étape de la récompense. Les récompenses pour notre programme allemand ressemblent à celles que nous proposerons en France. Nous avons passé des partenariats avec des entreprises qui n'ont rien à avoir avec les Assurances: des fournisseurs d'articles de sport, de produits culturels, des produits de plus larges de consommation, des voyagistes. Un programme de prévention sans récompense à la clé est épuisant et peu encourageant pour le participant.

À noter qu'à l'opposé de l'Allemagne, il n'y aura pas de volet de réduction tarifaire par rapport au niveau d'engagement de la personne souscrivant à l'offre. En France, il ne s'agit pas d'une "assurance au comportement", contrairement à ce qui a été avancé par Marisol Touraine ou d'autres associations.

Vous vous intéressez pourtant aux maladies chroniques, vous comptez donc vous appuyer sur des données de santé en plus des données de bien-être ?

L'assureur n'a pas accès aux données médicales. Pour celles-ci, nous avons créé une structure de service destinée à gérer exclusivement Vitality sur des systèmes sécurisés et distincts des systèmes de l'assureur. Nous avons fait en sorte que les données fournies par le client dans le cadre du questionnaire ne soient pas du tout à la disposition de l'assureur. Je le redis, le processus est clair: il n'y a aucune possibilité pour l'assureur d'accéder aux données de santé.

Et quand nous parlons d'accompagnement des maladies chroniques, nous ne sommes  pas là pour soigner les gens, nous sommes là pour répondre à un contexte. Avec ce programme nous aidons les assurés atteints de maladies chroniques à trouver des voies et moyens pour améliorer leur condition par l'activité physique ou une meilleure nutrition. Les assurés souhaitent avoir une relation à la santé très différente de ce qu'ils avaient auparavant. Cela n'allait alors pas plus loin que le suivi des préconisations des médecins traitants.

Maintenant les assurés recherchent des informations sur Internet, un deuxième avis médical... Ils sont de plus en plus acteurs de leur santé. Les assureurs ne vont pas faire le métier des médecins, mais sauront là accompagner les salariés qui veulent prendre plus en main leur santé.

Pourquoi cibler les entreprises en particulier ?

Nous sommes en plein développement sur ce marché de la prévention. Des moyennes et grandes entreprises s'intéressent de plus en plus au bien-être de leurs salariés. Cela veut dire que les entreprises ont un objectif de rétention de leur personnel et de réduction de l'absentéisme avec des gens en forme. Nous disons qu'à travers ce programme, il n'y a pas d'arrière-pensée technique en disant "je vais faire des gains en sélectionnant les bonnes personnes". Dans une assurance collective, on ne peut pas faire de sélection médicale.

Le cadre réglementaire ne nous permet pas de discriminer. L'objectif est de satisfaire le client pour le garder plus longtemps.

Espérez-vous accéder à ces données de santé un jour ?

Nous voulons exploiter des données anonymisées pour améliorer les offres pour nos clients. C'est à partir d'analyses statistiques que nous pourrons faire évoluer nos offres et trouver les aides les mieux adaptés à des personnes en situation de maladies chroniques. Nous ne voulons pas connaître les données de façon nominative.

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Le ministère de la Santé reste défavorable à la nouvelle offre de Generali

Interrogé par La Tribune, le cabinet du ministère de la Santé maintient sa position et jette à nouveau la pierre sur Generali:

"La ministre s'inscrit contre tout projet consistant à inciter un assuré à partager avec son assureur des informations sur son état de santé ou indicatives de comportements favorables ou non à sa santé (ce que prévoit bien le dispositif de Generali, à travers les profils « bronze, argent, or »). La mise en place de tels dispositifs serait avancer vers un modèle qui, à terme, serait néfaste pour le système de santé dans son ensemble.

Et de conclure:

Ce que la ministre a clarifié est qu'elle a déjà, dans la loi de modernisation de notre système de santé, pris des mesures pour interdire un accès direct des assureurs aux données recueillies dans le cadre du parcours de soins et aux bases médico-administratives. Dans les deux cas il s'agit bien de données de santé. Le profil mentionné dans le cas du projet Generali est bien un profil indicateur de l'état de santé des personnes.

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Commentaires
a écrit le 11/07/2016 à 14:55 :
A vomir .
De l'eugénisme qui ne dit pas son nom. Toutes les libertés individuelles sont bafouées .
J'espère que ce sera interdit ,
On est pas en Afrique du Sud où ils veulent gérér un ' sous - peuple ´.
Toto

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