L'assurance n'est pas qu'une affaire de chiffres. Elle devient un sujet de société, et donc un sujet politique. « Quand nous faisons le bilan des inondations dans le Nord-Pas-de-Calais, nous constatons que, comme c'est encore trop souvent le cas, les conséquences auraient pu être atténuées si des mesures de prévention avaient été déployées plus largement. Si nous n'allons pas vers un débat de responsabilités avec l'ensemble des acteurs privés et publics, nationaux et locaux, sur les conséquences pour notre système d'assurance, du choc climatique, nous risquons une rupture d'égalité et une dérive vers un modèle à l'américaine où, sur le territoire national, chacun ne sera plus certain de pouvoir assurer ses biens ou ses activités », s'inquiète auprès de La Tribune Philippe Michel Labrosse, directeur général Abeille Assurances.
Alors que les conclusions de la mission « Langreney » sur l'assurabilité des risques climatiques, lancée au printemps dernier à l'initiative des ministères de l'Économie et de la Transition écologique, sont reportées d'un mois à la fin janvier, les assureurs font monter la pression. Pour eux, le constat est sans appel : les résultats techniques ne cessent de se dégrader dans l'assurance dommages et les réserves de la Caisse centrale de réassurance (CCR), en charge de la réassurance du régime public privé d'indemnisation des catastrophes naturelles, fondent à vue d'œil.
« Il n'est pas certain que les réserves de la CCR soient suffisantes dans les deux ans... comme il n'est pas certain qu'elles ne soient pas suffisantes », avance un bon connaisseur du dossier pour souligner la totale incertitude des prévisions mais aussi que l'institution de réassurance est sur le fil.
A défaut de réserves, c'est l'État qui doit directement mettre la main à la poche, comme ce fût déjà le cas une fois auparavant, lors des tempêtes Lothar et Martin de 1999 (et encore pour un montant très limité d'environ 200 millions d'euros).