Vers un flop des fonds de pension Macron ?

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Emmanuel Macron a présenté en octobre 2015 sa réforme instituant des fonds de pension à la française
Emmanuel Macron a présenté en octobre 2015 sa réforme instituant des "fonds de pension à la française" (Crédits : POOL)
Présentés par Emmanuel Macron fin 2015, les fonds de pension à la française risquent de rencontrer un succès très mitigé, aux dires des assureurs concernés.

Les fonds de pension à la française, présentés par Emmanuel Macron fin 2015, vont-ils faire flop ? Le risque existe, alors que certains groupes a priori très concernés, renoncent à jouer le jeu, comme AG2R La Mondiale, dont le directeur général, André Renaudin, a fait part de ses hésitations en marge d'une conférence de presse consacrée aux résultats du groupe.

Alors ministre de l'Économie, le candidat à la présidence de la République avait très bien vendu le projet, sensé contribuer largement au financement de l'économie. Techniquement, il s'agissait de faciliter le développement de la retraite supplémentaire facultative d'entreprise, en sus de la retraite de base (sécu) et complémentaire (Agirc Arrco), deux niveaux obligatoires. Les sommes collectées par les assureurs au titre de cet étage supplémentaire atteignent péniblement 7 milliards d'euros par an, contre plus de 300 milliards pour les régimes obligatoires... D'où l'idée d'Emmanuel Macron de permettre aux compagnies de développer ces Fonds de retraite professionnelle supplémentaire (FRPS), en diminuant fortement les exigences en capital pour tout euro collecté. Un projet conçu pour le monde de l'assurance, qui l'avait réclamé de longue date et donc très bien accueilli.

"Formidable"

« Je trouve cela formidable » avait commenté Nicolas Moreau, alors PDG d'Axa France, en novembre 2015.

« On avait éventuellement le projet de se mettre au Luxembourg pour faire ça. On va pouvoir rester en France puisqu'il y a ce trou réglementaire qui va être comblé en France" .

Emmanuel Macron avait évoqué un stock de 130 milliards d'euros d'épargne retraite, susceptible de basculer sur ces nouveaux Fonds de pension, ce qui avait amené Nicolas Moreau à cette précision :

« Nous avons une part de marché qui est très importante en termes de retraite collective, entre 15 et 20 milliards. Donc on peut avoir entre 15 et 20% des 130 milliards".

Un groupe de protection sociale comme AG2R, aux engagements très lourds dans le domaine de la retraite (en proportion du bilan) se montrait aussi très allant. Voilà quelques mois, avant que les détails techniques du projet soient connus, c'était a priori pour lui le jackpot, le moyen le plus puissant susceptible d'améliorer le ratio de solvabilité que scrutent les investisseurs. Pourquoi ? Tout simplement parce que les assureurs avaient obtenu que les fonds en vue de la retraite aujourd'hui soumis à la règlementation de Solvabilité 2, basculent d'un seul coup dans un autre monde, celui de la directive européenne sur les Institutions de Retraite professionnelle (IRP) prévue pour les fonds pension. Avec à la clé, une règlementation beaucoup souple, beaucoup moins exigeante en capital, nos voisins britanniques ayant bataillé et obtenu au niveau européen de conserver cette grande liberté pour leurs fonds de pension. C'était là l'essence même des fonds de pension Macron.

Pour AG2R La Mondiale, l'effet aurait pu être massif. Le ratio de solvabilité, était susceptible de gagner 20 ou 30 point, estimaient en juin 2016 les dirigeants d'AG2R, dès lors que l'activité retraite supplémentaire existante (le stock déjà géré) et à venir aurait été basculée vers ces nouveaux fonds de retraite professionnelle supplémentaire, aux exigences allégées.

Aujourd'hui, AG2R renonce, les autres assureurs  plus que prudents

Mais aujourd'hui, tous calculs faits, AG2R est sur le point de renoncer. Lancer un Fonds de pension Macron, cela revient à créer une nouvelle compagnie d'assurance, et donc à sortir de l'actif de l'assureur tous ces fonds. Cela a pour effet de rendre cet actif moins diversifié, ce qui nuit au ratio de solvabilité selon les normes de Solvabilité 2 . "Je ne veux pas casser notre actif général" a affirmé jeudi André Renaudin.  Et surtout, s'agissant d'AG2R, la règlementation interdit la réassurance habituellement pratiquée par ce groupe dans ce domaine.

Et les autres assureurs ?

Ils montrent toujours intéressés, mais sans doute beaucoup moins que lors de l'annonce du projet. Le risque de perte de diversification de l'actif , et donc de dégradation du ratio Solvabilité 2 (contre l'effet recherché) a été largement pris en compte. En réalité, pourrait être basculée en FRPS surtout de l'épargne ancienne, à taux garantis élevés, et non pas les nouvelles sommes collectées.

En conséquence, de l'avis d'un expert, le calcul fait par Emmanuel Macron, anticipant un basculement de 130 milliards d'euros vers les nouveaux fonds de pension, s'avère totalement erroné. Et le développement de cet étage supplémentaire de retraite risque de continuer son cours très très lent....

Même si chez Axa France, on se dit "très content qu'il existe un outil supplémentaire".

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Commentaires
a écrit le 29/04/2017 à 13:01 :
Pour voir les différents systèmes de fonds de "pensions" (et non "souverains" même si parfois il y a des liens partiels) avec leurs variantes et intérêts pour le retraité qui peut compléter sa retraite au choix pour qu'elle soit meilleure (le cliché du fonds qui fait faillite est loin d'être une généralité dans l'histoire économique en pratique et les systèmes sont différents selon les pays, donc le cas américain passé n'est pas un exemple à généraliser: beaucoup de français qui ont de l'assurance-vie ou compte titres peuvent compléter leur retraite par exemple en ayant épargné des sommes tout au long de leur vie en évitant les frais de gestion des caisses de retraite qui aboutissent à des bilans souvent moins favorables), les entreprises qui voient leurs charges diminuer donc leur compétitivité augmenter, pour l'Etat (qui ne gère pas toujours correctement) et peut éviter l'endettement. Bref sujet compliqué mais une part de fonds de pension "facultatif et complémentaire" a en pratique un intérêt pour les retraités qui se plaignent que leur retraite liées aux cotisation soient trop faibles. Donc Macron n'a pas tort et c'est une très bonne solution "complémentaire" et "facultative" que l'on choisit si seulement on le souhaite. La plupart des pays ont ce type de solutions, toutes les formules ne sont pas optipmales et Macron a proposé une solution très prudente et pertinente donc je tenais à le souligner car c'est un sujet d'actualité important pour les retraités et l'endettement du pays qui atteint des sommets critiques comme c'est le cas de beaucoup d'autres pays face au vieillissement de la population et à l'économie forcément mondiale. j'espère que çà répondra à Patrickb ! : http://www.pensionfundsonline.co.uk/content/country-profiles/norway/112
Réponse de le 30/04/2017 à 12:20 :
@expert: 1) je suis clair et bref: sans cette manne, la Norvège ne serait pas en mesure de financer son économie et son système social, dont les retraites. 2) les fonds de pension (ou autres noms donnés) sont des investissements communs effectués par de gros acteurs (assurances, banques, etc.) en bourse. La bourse pour les petits joueurs, c'est le casino, et rares sont les gagnants. Les retraites françaises assurées par l'État français sont un peu moins le casino parce que l'État est un gros joueur. Tout placement comporte des risques, dont celui de perdre son argent, y compris avec l'État qui, rappelons-le, disait à uyenépoque "Achetez russe, c'est comme acheter français. On connait la suite. Figure-toi que c'est aussi mon domaine depuis quelques 30 ans et que j'ai vu plus de petits épargnants pleurer que leur "conseiller" ou leur "société de fonds mutuels" les avaient bernés et qu'arrivant à la date fatidique de leur retraite, ils se retrouvaient sur la paille. Ton domaine semble plutôt être la pub pour ton patron que l'intérêt des investisseurs. Si tu veux savoir comment fonctionnent les REER (fonds de pension canadiens), n'hésite pas à me demander :-)
a écrit le 28/04/2017 à 22:02 :
Les FRPS permettent une gestion financière plus adaptée à la retraite, avec des investissements sur le long terme dans des actifs plus rentables. C'est facultatif et complémentaire et devrait permettre à terme de revaloriser les rentes que les personnes toucheront. Cà a toujours bien fonctionné comme on le voit dans les autres pays dont la Norvège qui dispose d'excellent fonds depuis des décennies. L'idée peut gêner pour le moment et au départ certains assureurs le temps que ces fonds soient suffisamment abondés par des recettes nouvelles, mais elle est très bonne et difficile à remplacer puisque cela permet d'augmenter les retraites si on le souhaite (donc en complémentaire et facultatif), sans peser sur le coût salarial et les entreprises et donc la compétitivité et les emplois. Si vous trouvez plus intelligent précisez.
Réponse de le 29/04/2017 à 3:02 :
J ai une meilleure idée, il suffit d avoir du petrole au large de nos cotes, comme les norvegiens. Je serai toi, j investirai mes euros sur une valeur montante, les chomeurs, specialité francaise
Réponse de le 29/04/2017 à 8:11 :
@expert-comptable: mauvaise pioche avec la Norvège parce que ce pays a créé un fonds alimenté par les recettes pétrolières, pas par les cotisations à la retraite. D'autre part, il est certain que si les gens cotisent dans des fonds mutuels, comme par exemple au Canada, pour assurer leur retraite, les employeurs seront totalement dégagés de toute obligation sociale. Le problème bien connu est que la bourse est une sorte de casino où les petits sont toujours perdants. Le système que tu proposes présente aussi l'avantage pour les gouvernements et les employeurs de se dégager, car en finale, c'est pas leur faute si le marché dégringole et si l'épargnant a tout perdu :-)
Réponse de le 29/04/2017 à 12:34 :
@ Patrickb : tu confonds les fonds de "pension" avec les fonds "souverains" ce sont 2 aspects différents. Avec en Norvège pour vocation de gérer les recettes pétrolières pas les retraites. L'intérêt des fonds Macron est qu'ils sont "facultatifs" et interviennent en "complément" de retraite "si on le souhaite". Ils allègent donc les charges d'entreprises avec les conséquences favorables de les rendre plus compétitives et ne comportent pas de risques élevés que personne n'est obligé de prendre. Ce n'est pas du tout le système américain ou la pension peut être intégralement concernée par un fonds de "pension" qui en cas de crise a parfois abouti à des faillites, bien que rares et localisées en pratique au Etats-Unis où la majorité s'est bien sortie des crises et a perçu des gains plus élevés que via des cotisations salariales. Il faut approfondir le sujet car la solution proposée par Macron est intéressante et il n'y a pas de solution plus pertinente où tout le monde (retraité, entreprises, endettement etc) est gagnant. Les grandes faillites généralisées c'est un cliché sur la bourse car l'immobilier, les obligations d'Etats non remboursée etc sur lesquels sont adossés les retraites habituelles de français peuvent être beaucoup plus problématiques en cas de crise très sévère. Les marchés financiers eux remontent vite (entreprises). Un Etat qui fait défaut ou de l'immobilier qui s'effondre c'est pire et/ou plus long pour se refaire ce qui n'est pas compatible avec l'âge des retraités. C'est en partie mon domaine donc je peux en parler.
Réponse de le 29/04/2017 à 17:31 :
@expert-comptable: je ne confonds rien, c'est bien le fonds alimenté par le pétrole qui fait fonctionner l'économie norvégienne, y compris le paiement des retraites. Sans cette manne, je ne crois pas que la pêche uniquement en ferait un pays riche. Le REER est aussi facultatif au Canada, et en fait, je crois que moins de 40% des Canadiens ont un REER. La solution Macron n'est donc qu'une copie de ce qui existe déjà et on sait avec quels résultats pour les sans dents. Va falloir réétudier ton "domaine" mon gars :-)
Réponse de le 30/04/2017 à 8:27 :
@ Patrickb : soyons clairs, on ne parle pas de "l'économie norvégienne" et des fonds "souverains" mais des "retraites" et des fonds de "pension", ce sont des fonds différents évidemment (même s'il peut y avoir des interactions selon les pays, exemple Russie). J'ai donné un lien sur les pays concernés par les fonds de pensions dans le monde, tu n'as rien lu ! La part de pétrole/gaz dans les recettes de la Norvège ne sont que de 20%, ne rêve pas comme Childeric qui confond Norvège et Arabie Saoudite et ne comprend pas les décalages économiques dans l'économie française et systèmes sociaux qui ont un lien avec le chômage justement d'où l'importance du sujet. Tu peux prendre un autre pays scandinave sans énergies fossiles, leur économie tourne bien sans cela donc la question n'est pas liée au pétrole ou gaz. Les systèmes varient d'un pays à l'autre avec parfois une part obligatoire de fonds de pension etc. Sur le long terme, le taux de rendement de la capitalisation a jusqu'à présent été supérieur à celui de la répartition. Les futurs retraités français ont donc tout à gagner à diversifier en ce sens leur système de retraites comme tous les bilans le démontrent de même que d'ailleurs déjà l'assurance-vie. C'est indispensable pour l'équilibre des régime et le taux de diffusion auprès des populations se fait dès lors que l'offre est satisfaisante. Cà à un avantage aussi sur les entreprises du pays et la détention de la dette. Macron a donc très bien vu les choses et le problème concerne la majorité des pays au monde.
a écrit le 28/04/2017 à 21:29 :
La tache indélébile et nauséabonde de Macron,

c'est un ramassis de théories de la plus totale vacuité qui croupissent dans les caniveaux du marigot PS UMP LR EELV UDI ;

Macron est certainement le politicard le plus INUTILE à la République ... après que Fillon ait été dégagé par les Français !!!
a écrit le 28/04/2017 à 21:07 :
Pourquoi ne pas mettre les fonds de pension en partenariat (obligatoirement) avec les syndicats ?? perso, je fuieraits le fond de pension CGT... par contre, je regarderais de près les fonds de pension CFDT et CGC !!!
Tiens, ça pourrait même être le barème de représentativité des syndicats, sans avoir besoin de procéder à des élections coûteuses ...
a écrit le 28/04/2017 à 20:32 :
C'est censé remplacer les dépôts sur assurance-vie pour les vieux jours ? Quels sont les rendements espérés (sans garantie aucune) ? La fiscalité à la fin, la fluidité, etc etc ?
Le PERP c'est pas bien ? Ça complète ? Il faut répartir sur les deux (donc avoir des excédents en quantité) ?
a écrit le 28/04/2017 à 19:01 :
Théorie (sur le papier) et pratique(sur le terrain) sont fort différentes.
Grosse erreur de MACRON qui en fera d'autres lorsqu'il sera président.
a écrit le 28/04/2017 à 18:09 :
Ben, l'idée de Macron est sans doute de remplacer le système de retraite actuel par un système américain fondé sur la performance boursière. Je ne suis pas certain que la majorité des Français soit prête à jouer leurs vieux jours au casino, mais en tout cas, le gouvernement pourra dire, c'est pas ma faute, c'est le marché qui dégringole :-)
Réponse de le 29/04/2017 à 9:41 :
@Patrickb: pas obligé de jouer sa retraite au casino. en bourse il existe des fonds tel que les obligation offrant sécurité et rendement (faible bien sur), il faut juste y laisser sur le long terme mais dans un but de retraite sa pose pas problème. Un fond de pension peut aussi investir dans l’économie réelle ou institutionnelle et ainsi créer des richesse sans risque pour les épargnants.
Il suffit d'encadrer tout ca. Y a pas que les actions dans le vie
a écrit le 28/04/2017 à 17:47 :
Comme si les français avaient encore de quoi épargner pour leur retraites alors que les prix des biens de base incompressibles (eau, gaz, électricité, loyer, nourriture, déplacement.... et impôts) a flambé et ne leur laisse presque aucune marge d'épargne.

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