Lundi noir : pourquoi Wall Street a paniqué

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Panique à la Bourse de Tokyo, le 20 octobre 1987. Copyright Reuters
Panique à la Bourse de Tokyo, le 20 octobre 1987. Copyright Reuters
Le trading automatique a souvent été mis en cause dans la débâcle boursière du 19 octobre 1987. Plus sophistiqué, plus rapide et plus répandu, le trading à haute fréquence fait encore des dégâts mais il tarde à être régulé.

Que s'est-il exactement passé ce lundi 19 octobre 1987 ? La question divise toujours les économistes et les spécialistes des marchés. Le "program trading" ou trading automatique reste l'explication la plus populaire de la chute fulgurante des marchés en ce "Black Monday" (-22,6 % pour le Dow Jones) , mais la correction sévère de la Bourse américaine s'inscrit aussi dans un contexte de remontée des taux d'intérêt et de tension sur les prix du pétrole.

Le contexte

Dans une étude publiée en 2006, la Réserve fédérale américaine rappelle que les années précédant le krach de 1987 ont été des années fastes pour les Bourses. En 1987, de nombreux économistes de marché estiment que les valorisations sont devenues excessives au regard des anticipations de résultat des sociétés cotées. Par ailleurs, les perspectives de croissance deviennent plus incertaines. La chute du dollar, le creusement du déficit commercial américain et les tensions sur le marché pétrolier attisent les craintes inflationnistes. Ces craintes entraînent une remontée importante des taux d'intérêt. En 1987, le rendement du T-Bond (l'emprunt d'Etat américain à 30 ans) passe de 7,28 % à 10,22 % en l'espace de neuf mois. A un tel niveau, détenir des actions plutôt que des emprunts sans risque (la dette d'Etat) n'avait plus beaucoup de sens pour les investisseurs. Ce n'est donc pas un hasard si l'événement qui servira de catalyseur le 19 octobre 1987 sera l'annonce d'un déficit commercial américain important.

Alors que la guerre Iran-Irak, qui a commencé sept ans plus tôt s'éternise, les inquiétudes liées à la situation géopolique ont également contribué à rendre les investisseurs nerveux : la marine américaine venait de détruire une plate-forme pétrolière iranienne et l'Iran promettait des représailles.

L'émergence du trading automatique

Dans son étude du "crash" boursier de 1987, la Fed relève trois facteurs susceptibles d'avoir accéléré la débâcle. Les appels de marge auraient contribué à réduire la liquidité du marché. L'impossibilité de trouver des informations fiables aurait favorisé les comportements moutonniers et incité les opérateurs à capituler en masse. Quant au trading automatique, utilisé en particulier pour des stratégies "d'assurance de portefeuille" utilisant des produits dérivés pour protéger les investisseurs individuels contre des baisses trop importantes, il aurait favorisé l'emballement du marché. 

Et maintenant ?

Depuis, les Places financières se sont équipées de mécanismes coupe-feu et elles ont évité d'autres mouvements de panique comparables à celui du 19 octobre 1987. Elles n'ont en revanche pas pu empêcher le développement de produits financiers de plus en plus complexes et l'émergence du trading à haute fréquence, descendant direct du trading automatique. Les régulateurs hésitent encore à limiter sa portée. Pourtant, il est de plus en plus souvent mêlé à des dysfonctionnements de marché, qu'il s'agisse du "flash crash" de mai 2010, des difficultés de l'introduction en Bourse de Facebook, de l'échec de celle de Bats ou des problèmes de Knight Capital...

 

Voir sur ce sujet la vidéo (en anglais) du site du Financial Times :

 

 

 

 

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