Le retour en grâce des banques sur les marchés financiers

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Le sentiment des investisseurs à l'égard des banques n'a pas cessé de s'améliorer ces derniers mois. En témoigne le dégonflement des primes de risque et un accès plus facile au marché pour les grands établissements européens.

Ces cinq derniers mois, le sentiment des investisseurs à l'égard des banques n'a quasiment pas cessé de s'améliorer. «Les mesures prises par la BCE depuis le début de l'année ont été particulièrement bénéfiques aux banques de la zone euro», expliquent dans une note de recherche Thibaut Cuillière et Badr El Moutawakil, stratèges de marché chez Natixis. Les deux opérations de LTRO ont commencé par réduire le risque de liquidité lié aux banques, même si leur effet a été de courte durée. Par la suite, le discours de Mario Draghi du 26 juillet, puis début août l'annonce du nouveau programme de rachat de dette de la BCE, ont permis d'apaiser les tensions sur la dette des pays "périphériques". Fortement exposées à ces dettes souveraines, les banques espagnoles, italiennes et même françaises en ont immédiatement profité.

Les banques ont profité d'un flux de nouvelles favorables

La perception selon laquelle les banques sont devenues moins risquées pour les investisseurs s'explique également par d'autres facteurs. "L'élargissement des critères d'éligibilité aux opérations de repo de la BCE continue de faciliter l'accès à la liquidité pour les banques de second rang des pays périphériques qui continuent d'avoir un accès limité au marché primaire", notent les stratèges de marché de Natixis. En outre, le projet d'union bancaire, même s'il ne devrait pas voir le jour avant 2013, a convaincu les marchés qu'il existait une détermination européenne à mettre fin au lien entre dette bancaire et dette des Etats. Le report de certaines mesures contraignantes pour les banques a également pu contribuer à leur retour en grâce. Craint en début d'année, "le risque de repricing sur la dette senior lié à la mise en place d'un régime de résolution au niveau européen n'affectera pas les porteurs de dette avant 2018", estiment Thibaut Cuillière et Badr El Moutawakil. Quant à l'application de Bâle 3, elle devrait être reportée. Enfin, à l'exception de quelques cas comme Santander qui a encore publié des résultats trimestriels décevants ce matin, les résultats des banques américaines et européennes témoignent d'une santé relativement bonne des établissements financiers. "La pentification de la courbe des taux augmente la capacité des banques à dégager du résultat", explique Alexandre Hezez, responsable de la gestion chez Convictions AM.

Normalisation de la hiérarchie des rendements

Depuis le milieu du mois de septembre, le rendement de la dette bancaire senior est ainsi repassé en dessous de celui de la dette émise par les entreprises. C'est la première fois que cela arrive depuis le début de la crise financière. Ces trois dernières années, les investisseurs considéraient qu'il était plus risqué de détenir de la dette bancaire que de la dette "corporate". Une situation a priori anormale. En effet les entreprises dépendent très largement des banques pour leur financement.

Contraction des primes de risque bancaires

Autre signe de la normalisation en cours: les primes de risques mesurées par les CDS (dérivés de crédit) des banques se sont fortement contractées ces derniers temps. L'assurance contre le risque de défaut de BNP Paribas, Société Générale ou Crédit Agricole est ainsi tombée à son plus bas niveau depuis l'été 2011 cette semaine.


Accès au marché

Peu à peu, les banques qui en étaient exclues (les grandes banques italiennes et espagnoles comme Intesa ou Santander notamment) peuvent à nouveau faire appel au marché. Ce n'est pas encore le cas de toutes les banques de second rang. Banco Popolare a par exemple dû reporter son projet d'émission de dette senior la semaine dernière.

Autre signe de détente: "Depuis la fin du mois d'août, les banques peuvent à nouveau se financer en dollar, qui leur était fermé depuis début 2011", indique Philippe Bodereau, directeur de la recherche crédit en Europe de Pimco. BNP Paribas a ainsi fait son retour sur le marché du dollar avec une émission de 1,25 milliard de dollars de dette à 5 ans en septembre, suivi par Crédit Agricole (1 milliard à 5 ans) fin septembre, puis la Société Générale (1,25 milliard à 5 ans) et BBVA (2 milliards à 3 ans) début octobre.

Donné pour mort, il y a encore un an, le marché de la dette subordonnée se rouvre lui aussi progressivement. "On devrait revoir de plus en plus d'émetteurs de dette subordonnée", estime Philippe Bodereau. "Compte tenu du durcissement des exigences de Bâle 3, la dette Tier 2 va jouer un rôle, notamment en tant que dette «bail in», c'est-à-dire de dette capable d'absorber des pertes en cas de problème". Cette semaine, la banque italienne Unicredit a émis 1,5 milliards d'euros de dette subordonnée "Tier 2". Il s'agit de la première opération avec une référence explicite au régime de "bail in" de la part d'une banque périphérique. En tout 5,2 milliards d'euros de ce type de dette ont été placés sur le marché depuis l'été, mais jusqu'ici seules des banques du Nord de l'Europe s'étaient aventurées sur ce marché.

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Commentaires
a écrit le 26/11/2012 à 13:46 :
Au sujet des banques, j'ai une question: on nous dit que le CA a un ratio de 43 par rapport à ses actifs, et 23 pour les autres. Or Lehman quand il a fait faillite était à 32. Greenspan recommandait 10. Alors nos banques sont-elles en faillite et les français vont-ils devoir payer en plus du rste: déficit, compétitivité, trou de la sécu et des retraites, recapitalisation de la BCE, financement de l'Europe du Sud. On nous parle de 200 milliards pour la Grèce. Pour la BCE, on entend dire qu'elle a 80 milliards en caisse pour 2500 milliards d'actifs. Est-elle en faillite?
a écrit le 26/10/2012 à 9:42 :
Le retour en grâce n'est pas difficile. Connaissez-vous un modèle économique où l'aléa moral a disparu, où les sanctions sont ridicules et jamais pénales, la collusion totale entre les régulateurs, organismes de contrôle et l'industrie? Pour simple rappel à WS depuis le début de la crise: 112 mises en causes de sociétés ou de personnes par la SEC concernant des affaires liées à la crise. Aucune condamnation pénale. 2.2Mds$ d'amendes et 4.4Mds$ en dommages liés à des procès directs de plaignants. 679Mds$ de bonus distribués... Sans parler des amuses-gueules comme le régime du ZIRP (Zero Interest Rate Policy) qui rapporte environ 120Mds$ par an aux banques, essentiellement les plus grosses. Pour donner une idée, les 7000Mds$ de dépôts ouvrant droit à rémunération ont vu celle-ci baisser de 77% en moyenne en 5 ans. Le cas de JPM Chase est exemplaire. Ses dépôts ont augmenté de 46% depuis 2007 (acquisition de Washington Mutual) alors que dans le même temps, le montant des intérêts payés à ses clients chutait de... 89%.
Toujours étonnés de voir les financières progresser?

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