ENTRETIEN. Engagé mais pas procureur : tel est le message du Crédit Agricole, dixième groupe bancaire mondial, présidé historiquement par un agriculteur, pour sa stratégie Climat. Pour La Tribune, Dominique Lefebvre, président du conseil d’administration de Crédit Agricole SA, structure faitière cotée du groupe mutualiste, tire les premiers enseignements de la crise sanitaire sur sa politique sociale et environnementale et souligne les nouveaux enjeux, notamment sur la biodiversité.LA TRIBUNE - Pensez-vous que la crise sanitaire va changer votre façon d'exercer le métier de banquier ?
DOMINIQUE LEFEBVRE - Cette crise dure déjà depuis longtemps et nous avons donc moins de chance de retomber sur les traces que nous avions laissé avant la pandémie. Je ne parle pas uniquement du télétravail, mais bien d'un impact sur l'ensemble de l'organisation et des relations au sein du groupe. Autre point fondamental, l'importance de l'humain dans la relation client, surtout dans des situations imprévues. Cela renforce notre conviction que l'humain ajoute beaucoup à tout ce que le digital peut apporter. Enfin, cette crise a mis en lumière la responsabilité collective de notre société. C'est bien sûr plus difficile à appréhender et cela suscite de nombreux débats. Ce qui est certain, c'est que cette crise a permis une prise de conscience très forte sur les enjeux climatiques et sur la société dans laquelle nous voulons vivre. En cela, il y aura bien un « avant » et un « après » Covid.
Cette crise va-t-elle influer sur votre plan climat, que vous avez présenté en juin 2019 ?
Le changer, non. Mais l'accélérer, certainement. Désormais, ce sont nos clients qui nous le demandent, et plus seulement les ONG en assemblée générale. Nous avons également une forte attente de nos salariés, notamment les plus jeunes qui manifestent de nouvelles exigences pour l'entreprise dans laquelle ils souhaitent travailler. C'est un terrain complètement nouveau. C'est l'affaire de tous ! C'est très stimulant que tout le monde s'interroge sur cette responsabilité collective.
Vous comptez aller plus vite sur votre calendrier de sortie de la filière charbon ?
Il ne faut pas nous faire le procès que nous n'allons pas assez vite sur le charbon. La réalité est que le Crédit Agricole est le reflet de l'économie du pays. Notre responsabilité est certes d'agir, soit par les financements, soit par les investissements, et peut être plus encore par le dialogue avec nos clients, mais la responsabilité incombe à toute la société. Et si nous avons une économie qui continue d'être sur une trajectoire d'une augmentation de quatre degrés de la température moyenne, il sera difficile pour nous de s'y extraire. Nous sommes bien tous dans une dynamique collective.