La faiblesse des taux contraint Commerzbank à lancer une alerte sur ses résultats

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Le ratio de solvabilité du groupe s'est dégradé de 50 points de base en l'espace de trois mois, à 11,5% au 30 juin contre 12% à la fin mars.
Le ratio de solvabilité du groupe s'est dégradé de 50 points de base en l'espace de trois mois, à 11,5% au 30 juin contre 12% à la fin mars. (Crédits : © Ralph Orlowski / Reuters)
Faiblesse des taux d'intérêt oblige, la deuxième banque allemande ne s'estime plus en mesure de clore l'exercice 2016 sur des résultats supérieurs, ni même équivalents, à ceux de l'an dernier. Le cours de Bourse est tombé mardi à son plus bas niveau historique.

Voilà un record dont Commerzbank se serait volontiers passée : ce mardi 2 août, le cours de Bourse de la deuxième banque allemande est tombé à son plus bas niveau historique, à 5,22 euros, chutant ainsi de 9,5% au plus fort de la séance. Un plongeon qui porte la dégringolade du titre depuis le début de l'année à 45%, une contre-performance encore pire que celle de l'indice Stoxx Europe 600 Banks (-30%). Les investisseurs ont sanctionné le « profit warning » lancé le matin même par le groupe, qui ne s'estime plus en mesure de clore l'exercice 2016 sur des résultats supérieurs, ni même équivalents, à ceux de l'an dernier. Pour mémoire, en février, Commerzbank tablait sur un résultat opérationnel légèrement supérieur au 1,9 milliard d'euros dégagé en 2015, et sur un bénéfice net également au-dessus du 1,06 milliard engrangé l'année précédente. Mais, dès le mois d'avril, la banque avait prévenu qu'il lui serait plus difficile d'atteindre cet objectif. C'est maintenant une certitude.

A l'origine de cette alerte sur les résultats, la faiblesse persistante des taux d'intérêt. Conséquence de la politique monétaire ultra-accommodante de la Banque centrale européenne (BCE), l'aplatissement de la courbe des taux - c'est-à-dire de l'écart entre les taux longs et les taux courts - grève la marge nette d'intérêt que les banques tirent de leur activité de transformation de ressources à court terme en crédits à long terme. De plus, les taux négatifs agissent comme une taxe sur les liquidités que les banques stockent dans les coffres de la BCE. A un analyste qui lui demandait s'il était exact que la faiblesse historique des taux d'intérêt coûtait 100 millions d'euros par an à Commerzbank, le directeur financier, Stephan Engels, a répondu lors d'une conférence téléphonique que l'on pouvait « effectivement s'attendre à cela au cours des trois prochaines années. »

Le nouveau patron doit dévoiler sa stratégie d'ici à la fin 2016

Certes, la banque essaie de contrebalancer la faiblesse des taux par la hausse des volumes de crédits, ainsi que par la facturation des avoirs de certains de ses gros clients. Mais ces mesures ont des limites, alors que les taux, eux, continuent de baisser inexorablement et rapidement. S'il y a bien une activité qui souffre de ces taux ultra-bas, c'est Mittelstandbank, la filiale de Commerzbank spécialisée dans le crédit aux PME et aux ETI, ce fameux « Mittelstand » qui est l'une des fiertés de l'économie allemande. Pour ne rien arranger, les incertitudes macro-économiques et géopolitiques actuelles conduisent nombre de chefs d'entreprise à attendre des jours meilleurs pour investir. Résultat des courses, le bénéfice opérationnel de Mittelstandbank s'est effondré de 35%, au deuxième trimestre. Au total, celui de Commerzbank a chuté de 18,4% sur la même période, à 342 millions d'euros, et son résultat net s'est affaissé de 31,9%, à 209 millions. Sur le front du bilan, le ratio de solvabilité (fonds propres de grande qualité, rapportés aux actifs pondérés des risques) s'est dégradé de 50 points de base en l'espace de trois mois, à 11,5% au 30 juin contre 12% à la fin mars.

Or les résultats des tests de résistance publiés vendredi dernier par l'Autorité bancaire européenne (EBA) ont mis en exergue la vulnérabilité de Commerzbank, entre autres, à un choc économique de grande ampleur. Sur les 51 banques testées par l'EBA, Commerzbank figure en effet parmi les douze établissements les plus fragiles, avec un ratio de solvabilité qui serait ramené de 12,13% fin 2015 à 7,42% seulement en 2018, dans le cadre du scénario économique catastrophe retenu par l'EBA. L'objectif est de faire repasser le ratio de solvabilité au-dessus de la barre de 11,75%, a assuré Stephan Engels. C'est dire si la pression est grande sur les épaules de de Martin Zielke, président du directoire de Commerzbank depuis le mois de mai, qui doit dévoiler d'ici à la fin de l'année sa stratégie de moyen terme.

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Commentaires
a écrit le 03/08/2016 à 10:19 :
La politique des taux bas de Mario Monti n´a qu un seul but : éviter le collapse budgétaire des pays du sud de l Europe, en particulier la France.
Et ce sont avant tous les pays du Nord qui paient l ´addition en particulider avec la déstabilisation des caisses de retraites, fonds de pension etc.
a écrit le 02/08/2016 à 23:06 :
Franchement on marche sur la tête ici!
Le résultat des taux d'intérêts faibles n'est pas du fait de la politique allemande d'austérité supposée mais de celui de la BCE avec son programme de quantitative easing. Programme d'ailleurs soutenu et même appelé par la France depuis plus de 10ans et de tous les pays du sud de l'Europe au grand dam de l’Allemagne. Alors l'accuser encore une fois sans ne rien savoir ni ne rien comprendre montre bien la mécréance ambiante qui règne...
a écrit le 02/08/2016 à 21:47 :
Si les taux sont bas et la marge faible les banques n'ont qu'à prêter plus ce qui n'est pas le cas
a écrit le 02/08/2016 à 20:16 :
L'Allemagne doit se réformer et commencer par augmenter son smic de misère qui fait mal a l'Europe, (8€50 brut/h) !
Réponse de le 02/08/2016 à 21:30 :
et multiplier par 40 à 48 h par semaine ramené au salaire moins les cotisations salariales car ils cotisent moins que les français. ce qui fait mal aux français c'est les 35h les congés et les RTT ainsi que le refus français de travailler quand on a besoin d'eux et de rester à la maison quand l'entreprise à moins de travail. les allemands payent moins de loyer et la vie est moins chère. ils n'ont pas peur de faire des efforts quand leur entreprise en a besoin et ils sont mieux respectés par leur patron que les employés français. Et avant de
les critiquer il faut les connaître, y travailler, surtout y mettre les pieds .
actuellement de nombreux frontaliers y travaillent et depuis des décennies et ils n' echangeraient pas leurs conditions de travail avec un salarié français. vaut mieux un smic horaire allemand qu'un smic horaire français car à la fin du mois l'allemand gagnera toujours plus qu'un français.Ce ne sont pas les entreprises allemandes qui coulent les entreprises françaises mais les erreurs de gestion des entrepreneurs français qui préfèrent mettre les bénéfices dans leurs poches plutôt que de les réinvestir dans leur entreprise au service des salariés et dans le développement de leur clients
a écrit le 02/08/2016 à 19:16 :
Et vous n'avez pas vu le krach obligataire quand les taux remonteront...

Il y un vrai problème de l'économie mondiale, mais le problème en Europe porte un
nom : SCHAUBLE....notre TRUMP à nous. Ridicule jusqu'à la folie....
Comme dirait le chanteur SOPRANO, le diable ne s'habille plus en PRADA..

C'est à cause d'une stupide politique d'austérité imposée par SCHAUBLE, qui n'a pas compris que pour rembourser ses dettes il fallait de la croissance.

C'est ce qui s'est passé après guerre. En 1945, la FRANCE avait alors un endettement de 140 % du PIB. En 1965, malgré le coût des guerres coloniales et de la guerre froide (Budget de l'armée à environ 8 % du PIB), la dette était retombée à 30 % du PIB .
Même chose pour la GB, qui avait une dette de 230 % du PIB en 1950.

Il faut dire que l'ALLEMAGNE ne connait pas la méthode pour rembourser ses dettes. En effet, elle a bénéficié d'une annulation de la majeure partie de ses dettes, dans les années 1950, n'a jamais remboursé ses dommages de guerre, et a le plus bénéficié du plan MARSHALL...
a écrit le 02/08/2016 à 18:02 :
Enfin ! Si le Mittelstand est menacé, les Allemands vont peut-être enfin se décider à regarder la vérité en face !
a écrit le 02/08/2016 à 17:31 :
La faiblesse des taux bancaire prépare la nouvelle crise économique qui va venir.
Grosse erreur sur si long terme l'abaissement des taux de base.
Au casse cou!

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