Les banques européennes avancent en terrain miné

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L'indice Stoxx 600 des banques européennes décroche de 26% depuis le début de l'année, alors que le marché dans son ensemble limite la casse à un repli de 6,76%.
L'indice Stoxx 600 des banques européennes décroche de 26% depuis le début de l'année, alors que le marché dans son ensemble limite la casse à un repli de 6,76%. (Crédits : REUTERS/Stringer)
La semaine prochaine verra le début de la « saison des trimestriels » dans le secteur bancaire européen, ainsi que la publication des résultats des tests de résistance menés par l’Autorité bancaire européenne. Ces rendez-vous pourraient être lourds de conséquences pour les cours de Bourse des banques du Vieux Continent, déjà laminés depuis le début de l’année.

Les vacances ne sont pas pour tout de suite pour les dirigeants des banques européennes. La semaine prochaine verra ces dernières démarrer la saison des publications de résultats trimestriels, avec Deutsche Bank en ouverture du bal mardi 27 juillet, suivie dès le lendemain par BNP Paribas, BPCE (Banque Populaire Caisse d'Epargne), Lloyds Banking Group et Credit Suisse. Barclays, BBVA et UBS leur succèderont vendredi, mais cette journée sera surtout marquée par la publication des résultats de l'édition 2016 des tests de résistance menés par l'Autorité bancaire européenne (EBA). Une cinquantaine d'établissements, représentant près de 70% des actifs bancaires de l'Union européenne, ont été soumis à ces « stress tests. » Ceux-ci visent à évaluer la capacité des banques à résister à un environnement macro-économique très dégradé, l'EBA ayant par exemple bâti son scénario le plus adverse sur l'hypothèse d'une récession en 2016 et en 2017.

Nul doute que les banques abordent avec une certaine fébrilité ces rendez-vous de la semaine prochaine avec la communauté financière. Car, depuis près d'un an, toute déception ou inquiétude des investisseurs à l'égard des banques européennes se traduit par un plongeon de leurs cours de Bourse. Cela a commencé en août 2015, à la faveur des inquiétudes sur l'économie chinoise, puis s'est poursuivi début 2016 sur fond de chute du prix du pétrole, et a repris de plus belle après le 23 juin, lorsque le vote des Britanniques en faveur du Brexit a plongé les marchés financiers dans un abîme d'incertitudes.

Résultat des courses, l'indice Stoxx 600 des banques européennes décroche de 26% depuis le début de l'année, alors que le marché dans son ensemble limite la casse avec un repli de 6,76%.

Un problème de rentabilité et non plus de solvabilité

Conséquence, le secteur bancaire européen ne vaut plus en Bourse que 0,6 fois ses fonds propres, contre un multiple de l'ordre de 2 au début des années 2000.

« Il y a dix ans, les investisseurs ne pouvaient pas imaginer qu'il puisse se passer quelque chose de négatif au sein du secteur bancaire. Aujourd'hui, ils semblent au contraire fermés à toute éventualité positive pour les banques », décrypte dans une note Paul Jackson, directeur de la recherche au sein de la société d'investissement Source.

Pourtant, les banques sont autrement moins risquées aujourd'hui que lors de la crise financière de 2008 ou qu'à l'époque de la crise des dettes souveraines dans la zone euro, en 2011. Elles ont, en effet, considérablement allégé leurs bilans et la réglementation du secteur s'est notablement durcie. Le problème des banques européennes ne réside donc plus dans leur solvabilité, mais dans « leur faible rentabilité », a d'ailleurs souligné Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), lors de sa conférence de presse du jeudi 21 juillet.

De fait, la rentabilité des fonds propres (ROE, return on equity) des banques européennes est tombée aujourd'hui à une moyenne de 4%, alors qu'elle oscillait entre 10% et 20% au début de la décennie 2000, selon les données de Source. C'est la conséquence des nouvelles réglementations nées dans le sillage de la crise financière de 2008, qui imposent notamment aux banques de détenir davantage de fonds propres qu'autrefois en face de leurs engagements, mais également de la faiblesse persistante des taux d'intérêt. Résultant de la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE, ces taux ultra-bas pèsent sur la marge nette d'intérêt que les banques tirent de leur activité de transformation de ressources à court terme en prêts à long terme et, lorsqu'ils sont négatifs, agissent comme une taxe sur les dépôts des banques auprès de la BCE. A quoi s'ajoutent la volatilité des marchés, qui grève les revenus des métiers de banque d'investissement, et la hausse des coûts liée aux impératifs de transformation digitale du secteur bancaire.

Draghi ouvert à un soutien public en cas de circonstances exceptionnelles

C'est donc un euphémisme de dire que ce dernier représente tout sauf un havre de paix pour les investisseurs. Et ce, d'autant moins que les cas particuliers de Deutsche Bank et des banques italiennes jettent le doute sur la capacité de résistance de l'industrie bancaire dans son ensemble. Il faut dire que le Fonds monétaire international voit la première banque allemande, engluée dans une très lourde restructuration et quelque 8.000 litiges judiciaires, comme le plus important risque systémique pour le secteur bancaire mondial. Quant aux banques italiennes, qui traînent un boulet de 360 milliards d'euros de créances douteuses, elles font l'objet depuis plusieurs semaines de discussions intensives entre le gouvernement de Matteo Renzi et la Commission européenne, afin de trouver le moyen de leur venir en aide sans léser les épargnants italiens, et sans contrevenir non plus aux règles européennes relatives aux aides d'Etat.

Les créances douteuses « sont un problème significatif concernant la capacité future des banques à prêter » de l'argent au secteur privé en zone euro, a estimé Mario Draghi, le 21 juillet, ajoutant que « ce problème doit être résolu car c'est un obstacle à la transmission de la politique monétaire.» Le président de la BCE s'est donc déclaré favorable à « la possibilité d'un soutien public [pour le secteur bancaire ; Ndlr] lorsque, dans des circonstances exceptionnelles, le marché des NPL (non performing loans ou créances douteuses) ne fonctionne pas correctement. » Des propos qui ont offert un léger répit aux valeurs bancaires européennes, en hausse de 0,55% jeudi après-midi.

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Commentaires
a écrit le 25/07/2016 à 15:30 :
L'ennemi c'est la finance.
Ce n'est pas la France qui l'a dit mais bien l'UE.
Trop heureux nos chers politiques d'emprunter à taux négatif.
a écrit le 25/07/2016 à 10:19 :
Comme si les banques et multinationales n'étaient pas déjà assez copieusement subventionnés par les états.

Le néolibéralisme: Individualisation des gains et socialisation des pertes, ils ont belle mine nos décideurs économiques tiens.

Par contre ils n'hésitent pas au travers de leurs serviteurs les plus stupides à venir sur les forums pour dénoncer l'aide des états aux plus pauvres, c'est honteux.
Réponse de le 25/07/2016 à 12:30 :
Bonjour, votre commentaire est faux. L'état français n'a jamais subventionné aucune banque française. Il fait des prêts aux banque qui rapportent plusieurs millions à l'état. Merci de vérifier vos infos avant d'avancer des énormités
Réponse de le 25/07/2016 à 13:25 :
et pour compléter la réponse précédente, la seule banque qui a couté aux contribuables en France est la banque Dexia, contrôlée précisément par les états français et belge, et qui comme chacun sait se trouve aussi à l'origine de la crise des collectivités locales, ces dernières ayant spéculé à l'insu de leurs pleins grés, sur le CHF..
Réponse de le 25/07/2016 à 14:52 :
D'une part les actionnaires milliardaires sont des fraudeurs fiscaux, ils défiscalisent en masse entassant les milliards dans des paradis fiscaux, argent échappant à la redistribution fiscale et donc au final à la consommation des ménages. Les États pourraient éviter ces fraudes mais pour des raisons stupides de vouloir à tout prix garder nos milliardaires ne font rien ou font semblant.

Ensuite, les états empruntent aux actionnaires milliardaires qui empruntent l'argent à des taux ridiculement bas aux banques nationales. Au lieu que la BCE, par exemple, prête directement aux pays, ce qui semblerait logique, sans qu'on sache pourquoi si ce n'est que nous évoluons en oligarchie et non en démocratie, nous laissons des intermédiaires qui coûtent énormément chers,, je crois bien que c'est 97% de la dette française qui n'est qu’intérêt, si ce n'est pas se tirer une balle dans le pied qu'on me dise ce que c'est. Tout cela pour servir les plus riches de ce monde ni plus ni moins.

VW a reçu des milliards de subvention de l'Allemagne et de l'europe afin au final de tricher et-c, et-c... C'est vous qui dites des énormités et ce système là est en train d'anéantir l'économie mondiale car, principe du vase communicants, quand quelques uns détiennent la quasi totalité des capitaux, les autres ne détiennent rien, or un milliardaire ne remplacera jamais 1 million de consommateur et même s'il était de bonne volonté.

Tenez afin de vous instruire voici un article de Frederic Lordon plutôt amusant mais ne dit on pas que l'humour est la politesse du désespoir.

"A 75% les riches partiront ?" http://blog.mondediplo.net/2012-03-16-A-75-les-riches-partiront

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