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Entreprises & FinanceBanque

Les "stress tests" montrent une plus grande résistance des banques, mais pour combien de temps?

Photo de Christine Lejoux

Christine Lejoux

Publié le 03 août 2016 à 06:00

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'Autorité bancaire européenne n'a pas inclus dans ses tests de résistance la faiblesse persistante des taux d'intérêt, qui grève la rentabilité des banques.

Bien, pas bien? Les investisseurs ne savent visiblement pas trop quoi penser des résultats des tests de résistance publiés par l'Autorité bancaire européenne (EBA) vendredi dernier, après la clôture des Bourses européennes et américaines. Lundi 1er août, l'indice Stoxx Europe 600 Banks a en effet débuté la séance sur un gain de 1,3%, pour inverser ensuite la vapeur, avec un fléchissement de près de 2% en milieu d'après-midi. Pourtant, les conclusions de cette édition 2016 des « stress tests » auxquels l'EBA a soumis 51 banques, représentant près de 70% des actifs bancaires de l'Union européenne (UE), s'avèrent autrement plus rassurantes qu'il y a deux ans.

De fait, sous la pression continue des régulateurs et des marchés depuis la crise financière de 2008 et celle de la zone euro en 2011, les groupes bancaires du Vieux Continent ont considérablement renforcé leurs fonds propres. Ils affichaient ainsi en moyenne à la fin 2015 un ratio CET1 (Core Equity Tier-1, fonds propres de très grande qualité, rapportés aux actifs pondérés des risques) de 13,2%. Un niveau supérieur de 200 points de base à celui qui avait servi de base aux tests de résistance conduits par l'EBA en 2014.

Monte Paschi, lanterne rouge des tests de résistance

Conséquence, même amputé de 380 points de base par le scénario économique catastrophe de l'EBA - lequel repose notamment sur deux années de récession au sein de l'UE, avec pour corollaire des crédits impayés qui coûteraient 349 milliards d'euros au secteur -, le ratio de solvabilité moyen des banques européennes demeurerait au niveau confortable de 9,4%. Bien sûr, cette moyenne masque des disparités significatives, mais rien que les investisseurs n'avaient anticipé. Comme prévu, c'est Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS), dont les difficultés menacent le secteur bancaire italien tout entier, qui endosse le rôle de cancre à l'issue de ces stress tests, avec un ratio de fonds propres durs qui serait ramené de 12,07% à la fin 2015 à... -2,44% en 2018, à la fin de la période trois ans sur laquelle s'étend le scénario noir de l'EBA.

La troisième banque italienne, par ailleurs la plus ancienne au monde encore en activité, est la seule à afficher un ratio de solvabilité négatif dans le cadre du scénario catastrophe de ces stress tests. Son cours de Bourse n'en grimpait pas moins de près de 4% lundi après-midi, Monte Paschi ayant annoncé vendredi soir que la Banque centrale européenne (BCE) avait donné son feu vert à un plan de sauvetage comprenant la cession de 9,2 milliards d'euros de créances douteuses, ainsi qu'une augmentation de capital de 5 milliards, garantie par un consortium de banques.

L'indice Stoxx Europe 600 Banks chute de 28% depuis le début de l'année

Au total, sur les 51 banques européennes testées par l'EBA, 43 sortiraient du scénario noir avec un ratio de solvabilité supérieur à 8%. Certes, l'EBA n'avait pas fixé, cette fois-ci, de seuil minimum à respecter, mais les investisseurs gardent en mémoire celui des stress tests de 2014, qui avait été fixé à 5,5%. Exception faite de Monte Paschi, toutes les banques le dépassent aujourd'hui, le ratio CET1 le plus bas étant celui de l'Autrichienne Raiffeisen (6,12%). La preuve est donc faite que les banques européennes sont aujourd'hui en bien meilleure santé que beaucoup le pensent, souligne dans une note Sam Theodore, responsable du secteur bancaire au sein de l'agence de notation financière Scope Ratings.

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Une allusion à peine voilée aux investisseurs, qui, depuis près d'un an, vendent à qui mieux mieux les valeurs bancaires, dès lors qu'ils sont en proie à des inquiétudes sur le ralentissement de l'économie chinoise, la faiblesse du prix du pétrole ou encore les tensions géopolitiques. Un jeu de massacre qui aboutit à une chute de 28% de l'indice Stoxx Europe 600 Banks depuis le début de l'année, alors que le marché dans son ensemble perd moins de 10%.

La faiblesse des taux lamine la rentabilité des banques

Pour autant, "le défi principal que les banques européennes vont devoir relever n'a pas été pris en compte par le régulateur (dans les stress tests)", estime Scope Ratings. De fait, si l'EBA a bien ajouté à cette fournée 2016 le risque de litiges, devenus un sport international dans le secteur bancaire ces dernières années, elle a en revanche omis d'inclure la faiblesse persistance des taux d'intérêt, conséquence de la politique monétaire ultra accommodante de la BCE. Or ces taux très bas laminent la marge nette d'intérêt que les banques tirent de la transformation de leurs ressources à court terme en crédits à long terme, et, lorsqu'ils sont négatifs, agissent comme une taxe sur leurs dépôts auprès de la BCE.

À lire également

  • Monte Paschi : la BCE donne le feu vert au plan de sauvetage de la banque
  • Les banques européennes avancent en terrain miné
  • Les banques entre l’enclume des taux bas et le marteau des marchés volatils

Le président de cette dernière, Mario Draghi, a d'ailleurs récemment reconnu que si les banques européennes dans l'ensemble n'avaient plus de problème de solvabilité, leur rentabilité posait en revanche question. Or, si, au fil des ans, les banques européennes ont de moins en moins de bénéfices à mettre en réserve, leurs ratios de solvabilité finiront par s'en ressentir. "L'industrie bancaire européenne se trouve en situation de surcapacité, pas seulement en banque d'investissement, mais également en banque de détail. Cette situation devra être réglée dans les prochaines années", prévient Scope Ratings. Un (nouvel) appel à une concentration du secteur.

Christine Lejoux

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