Les banques sont confrontées à une baisse de la marge d’intérêt malgré la hausse des taux. Une situation paradoxale qui s’explique surtout par des spécificités françaises, comme des financements adossés à des taux fixes et une épargne réglementée dont la rémunération qui a doublé à partir du 1er août. Ce déséquilibre entre l’actif et le passif dans les activités de la banque de détail devraient toutefois se combler progressivement et permettre ensuite aux banques de profiter de la hausse des taux.La hausse des taux est a priori une bonne nouvelle pour le secteur bancaire qui y voit une opportunité de redresser sa marge d'intermédiation. Cette dernière n'a cessé de chuter ces quinze dernières années, obligeant les banques à rationaliser leurs coûts d'exploitation et à doper les services pour engranger des commissions. En réalité, la hausse des taux ne se traduit pas unilatéralement par une hausse des revenus, surtout dans un scénario de remontée très rapide des taux où le pilotage de la gestion actif/passif s'avère plus difficile.
Le coût de la ressource (au passif du bilan) peut en effet augmenter plus vite que le taux des crédits (actif). C'est le cas en France. Non seulement la concurrence est particulièrement vive mais la majorité des crédits est accordée à taux fixe et le poids de l'épargne réglementée est plus fort qu'ailleurs. A noter également que la hausse rapide des taux entraîne à court terme des moins-values latentes sur les portefeuilles titres à l'actif et que la banque centrale européenne (BCE) compte arrêter son programme de refinancement bancaire (TLRO) à conditions privilégiées fin novembre. Ce qui pèsera encore un peu sur les marges.
Une situation française contrastée
Cet effet de ciseaux entre l'actif et le passif a été marqué sur les résultats des activités de banque de détail au troisième trimestre, avec toutefois des situations contrastées. Si la banque de détail de BNP Paribas en France voit ses revenus progresser de 6 %, grâce à une forte hausse des volumes et des commissions, les activités domestiques de Société Générale (+0,5%), BPCE (+2%) et des Caisses régionales de Crédit Agricole (-2,3%) marquent un coup de frein par rapport à la dynamique du premier semestre.
Le groupe BPCE a particulièrement souffert du doublement du taux du Livret A à partir du 1er août à 2%. De fait, il détient historiquement une part de marché élevée sur ce livret réglementé dont la distribution était réservée jusqu'en 2009 aux seuls Caisses d'Epargne et bureaux de poste. Selon le groupe, le relèvement du taux s'est ainsi traduit par un impact sur le produit net bancaire de 238 millions d'euros au troisième trimestre (391 millions sur les neuf premiers mois). Autrement dit, près de 400 millions de chiffres d'affaires en mois depuis janvier !