Les banques européennes n’ont jamais été aussi profitables depuis la crise de 2007 mais leurs valorisations en Bourse restent en-dessous des moyennes historiques. Après les profits records en 2023, le secteur bancaire pourrait pâtir d’une récession et d’une baisse des taux d’intérêt en 2024. Mais la faible valorisation du secteur serait un atout dans un scénario d’atterrissage en douceur de l’économie en zone euro.
2024 marquera-t-il le retour des valeurs bancaires ? La remontée des taux d'intérêt et l'absence de crash sur l'économie ont permis aux banques européennes de renouer avec la profitabilité, qui se rapproche des 12 % en moyenne, selon les estimations d'Axiom Alternative Investments (AI). De son côté, l'agence de notation S&P estime que deux tiers des banques européennes publieront des résultats avant impôts en 2023 plus élevés qu'en 2022 et que « de nombreuses banques sont susceptibles d'atteindre un rendement des fonds propres tangibles (ROTE) d'au moins 8 % auquel elles aspiraient pendant des années ».
Le courtier Jefferies rappelle même, dans sa dernière note sur le secteur bancaire, que le troisième trimestre « est le treizième trimestre consécutif de dépassement (du consensus) des bénéfices pour les banques européennes ». Seules les banques britanniques ont déçu ce trimestre, l'impact positif sur la hausse des taux commençant à s'estomper.
Le tableau est moins flatteur sur les valorisations. « Nous sommes dans une phase inédite où il y a une décorrélation entre la progression des valorisations et la progression de la rentabilité du secteur », observe Antonio Roman, gérant de portefeuille chez Axiom AI.
Certes, l'indice Stoxx 600 Banks a grimpé deux fois plus vite que l'indice général Stoxx 600 depuis le début de l'année (13% contre 6%). La superformance est même de 60 % depuis septembre 2020. Mais les valorisations restent historiquement bon marché, autour en moyenne de 6 fois les résultats estimés pour 2024 (contre 9 fois en 2021), selon les estimations de Jefferies, et entre 0,8 et 0,9 fois la valeur comptable (actif net). « Le prix du marché reflète une chute peu vraisemblable de 40% des bénéfices en 2024 », souligne ainsi Axiom AI dans une note.
Les raisons de cette mauvaise performance sont multiples, et surtout anciennes. Le secteur a été secoué par une succession de crises dont il ne s'est jamais véritablement remis comme, pour citer les plus récentes, la chute des marchés en 2018, la mise sous cloche de l'économie lors du Covid en 2020 ou bien, en mars dernier, la crise de liquidités de banques régionales américaines, qui s'est transformée en crise de confiance en Europe et qui a finalement provoqué la chute du Crédit Suisse.
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