Brexit : 2 ans après, où en sont les relocalisations vers Paris ?

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L'Autorité bancaire européenne, qui emploie environ 200 personnes, quittera impérativement son siège de Canary Wharf à Londres pour Paris avant la fin mars 2019.
L'Autorité bancaire européenne, qui emploie environ 200 personnes, quittera impérativement son siège de Canary Wharf à Londres pour Paris avant la fin mars 2019. (Crédits : EBA)
Les transferts de banquiers depuis Londres annoncés dans la foulée du référendum du 23 juin 2016 tardent à se matérialiser. HSBC, qui avait promis 1.000 relocalisations, n’a créé que quelques emplois. Bank of America et JP Morgan vont transférer 200 postes chacune. L’Autorité bancaire européenne prépare son déménagement dans la capitale pour mars prochain.

[Article mis à jour à 19h10]

Deux ans après le référendum britannique sur le Brexit, le 23 juin 2016, et neuf mois avant la sortie effective du Royaume-Uni de l'Union européenne, le 29 mars 2019, les relocalisations annoncées par les banques étrangères se font attendre. Au lendemain du vote, plusieurs grandes banques, américaines, britanniques ou asiatiques, avaient indiqué qu'elles devraient se préparer au scénario du pire, au "hard Brexit" et à la perte du "passeport européen" qui leur permet de démarcher et servir les clients du marché unique (grandes entreprises et institutions publiques) depuis Londres.

Francfort paraissait tenir la corde devant Paris, concurrencée également par Dublin, Luxembourg ou Amsterdam. Personne ne croyait pour autant à un "Brexodus", un exode massif de banquiers vers l'Europe continentale.

Une enquête de l'agence Reuters au printemps a montré que les banques présentes à Londres avaient divisé par deux leurs anticipations de redéploiement d'effectifs lié au Brexit depuis l'automne, en particulier vers Francfort : environ 5.000 postes seraient susceptibles d'être relocalisés, dont un peu plus de 2.200 à Paris.

« Il y a un an, tout le monde disait que Paris était dans les choux, que tout irait à Francfort. En réalité, ce sont souvent les entités juridiques qui ont été implantées à Francfort, qui reste une ville régionale. Paris est la seule autre capitale mondiale en Europe après Londres et elle mène aujourd'hui en termes d'annonces » fait valoir Arnaud de Bresson, le délégué général de Paris Europlace, l'organisme chargé de la promotion de la place financière.

« Entre 4.500 et 5.000 emplois directs devraient être relocalisés à Paris » estime-t-il. « Nous sommes dans une phase préliminaire. les choses pourraient s'accélérer dans les prochaines semaines. »

Brexit relocalisation banques

[Dernière enquête de Reuters sur les anticipations de relocalisations de Londres vers Paris, Francfort, Dublin, Amsterdam ou ville indéterminée. Crédits  Reuters]

HSBC en stand-by

Les mouvements tardent à se matérialiser. Les banques semblent toutes attendre le dernier moment pour ajuster leurs effectifs. Même HSBC, qui avait annoncé le chiffre spectaculaire de 1.000 transferts, soit 20% de son activité de trading, vers Paris, où la banque britannique possède le Crédit Commercial de France (CCF), depuis 2000, se montre aujourd'hui fort discrète. La première banque européenne par la capitalisation et les actifs a changé de patron récemment et de priorités, par rapport à l'Asie et à la transformation numérique. L'impact du Brexit s'est surtout traduit pour HSBC jusqu'à présent par des dépenses en conseil, en informatique (pour de nouvelles activités comme le "correspondant banking" et la conservation) et quelques recrutements et rares transferts à Paris.

« Les banquiers de Londres passent plus de temps à Paris, ils se familiarisent » rapporte une source interne, qui ajoute : « la période de transition d'un an va aider.»

Les banques françaises pas pressées

Du côté des banques françaises, qui avaient promis collectivement au ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, en juillet dernier, de rapatrier de l'ordre de 1.000 personnes de Londres à Paris, là non plus, rien n'est fait pour l'instant. Si la Société Générale nous confirme son estimation d'environ 300 postes, transférés ou créés à Paris dans les mois suivant le Brexit, d'autres banques sont plus évasives. BNP Paribas envisage plutôt désormais d'en profiter pour augmenter sa présence sur le marché britannique et s'attaquer aux grands groupes du Royaume-Uni.

La directrice générale de la Fédération bancaire française (FBF), Marie-Anne Barbat-Layani, a confirmé mi-juin « l'évaluation de 1.000 emplois » tout en soulignant que « les banques françaises sont assez peu concernées, à part certains desks spécialisés. S'il y a relocalisation, ce sera à Paris. »

Les géants de Wall Street musclent leurs équipes

Plusieurs banques américaines ont annoncé plus récemment leur intention de muscler leurs équipes à Paris.

La banque d'affaires Goldman Sachs compte transférer « plusieurs dizaines de banquiers » à Paris, où elle emploie une centaine de personnes. « L'ensemble de nos équipes de vente sur les produits de taux, change et matière premières pour nos clients en France, Belgique et Luxembourg, sera relocalisée à Paris dans la capitale à partir de cet été » a affirmé Richard Gnodde, le responsable des activités internationales de Goldman Sachs aux Echos le 12 juin dernier.

Sa concurrente JP Morgan, implantée depuis 150 ans en France où elle emploie 250 banquiers d'affaires, spécialistes des marchés et de la gestion de fortune, envisage  de transférer « près de 200 personnes, principalement dans les métiers de marchés », de Londres vers Paris, où son siège de la place Vendôme, sera sans doute trop petit. Le transfert n'est pas acté et se ferait si Londres n'obtient pas de période de transition.

Bank of America envisagerait de transférer 400 postes de Londres vers la capitale, affirmait début juin l'agence Reuters. La banque américaine ne confirme pas et s'en tient à son annonce officielle de novembre dernier de déplacer 200 personnes des équipes de vente et de trading vers Paris et Francfort. Elle confirme avoir signé le bail de locaux encore en travaux dans le 8ème arrondissement de Paris, rue La Boétie, pour l'année prochaine. Des locaux pouvant héberger jusqu'à 1.000 personnes. La banque est aussi en discussions avec Bernard Mourad, ex-banquier d'affaires chez Morgan Stanley, pour prendre la tête de la banque de financement et d'investissement à Paris.

Morgan Stanley, justement, qui emploie environ 120 banquiers d'affaires à Paris, dans un superbe hôtel particulier donnant sur le parc Monceau, pourrait renforcer ses effectifs de 80 postes, par transfert ou création, en plus des 200 transferts envisagés vers Francfort.

D'autres banques étrangères ayant de tous petits bureaux parisiens ont évoqué plus vaguement l'intention d'augmenter leurs équipes, sans précision, à l'image de la britannique Standard Chartered (qui employait une vingtaine de personnes en 2017) et l'américaine Wells Fargo (une trentaine d'employés à Paris). Citigroup a annoncé qu'elle avait choisi Francfort comme base de repli en Europe mais elle a aussi demandé une licence de trading à Paris.

L'assureur américain Chubb avait rencontré le Premier ministre Edouard Philippe en septembre dernier pour annoncer solennellement  son choix de Paris comme hub européen, mais sans indiquer les effectifs concernés.

L'Autorité bancaire européenne en mars

En revanche, il est un transfert absolument certain, c'est celui de l'Autorité bancaire européenne (ABE), qui doit impérativement avoir quitté son siège de Canary Wharf, le quartier financier de Londres, pour Paris d'ici à mars 2019. Le superviseur européen, qui emploie environ 200 personnes dont une part d'intérimaires, sera fixé prochainement sur son point de chute précis dans la capitale : la commission budgétaire du Parlement européen doit valider le choix qu'elle préconise à l'issue d'un appel d'offres dans la première quinzaine de juillet.

Dans sa candidature officielle, Paris avait proposé deux localisations, à La Défense ou dans le centre de la capitale, entre la Bourse et Opéra, option qui a semble-t-il la préférence de l'ABE. Il restera à organiser ce déménagement qui se fera en plusieurs étapes, en accompagnant les personnels et leurs familles. La Région Ile-de-France a déjà réalisé plusieurs présentations à leur intention.

Stéphane Boujnah, le patron d'Euronext, l'opérateur de la Bourse de Paris et de celles d'Amsterdam, de Bruxelles, Lisbonne et Dublin, confiait il y a peu que la capitale souffrait encore de quelques handicaps :

« Pour que le Brexit génère de la mobilité vers Paris, il y a encore trois écueils à améliorer : le temps de transport entre Roissy et le centre-ville, la propreté de la Gare du Nord par rapport à St-Pancras et le labyrinthe de La Défense. »

Ce lundi 25 juin, l'ABE a publié une "opinion" dans laquelle elle s'inquiète des risques liés au manque de préparation des institutions financières à la sortie du Royaume-Uni de l'UE, enjoignant les autorités compétentes à s'assurer que les ces entreprises prennent des mesures dès maintenant, sans attendre la période de transition.

« Les entreprises ne doivent pas considérer comme acquis le fait de continuer à opérer comme aujourd'hui, ni compter sur des accords politiques encore non réalisés ou sur une intervention de politique publique » a déclaré Andrea Enria, le président de l'Autorité, cité dans un communiqué. « Les risques, les capacités et les implications juridiques doivent être étudiés et traités » a-t-il insisté.

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a dit s'attendre à un afflux d'entreprises financières vers la zone euro?

« Il est crucial de faire en sorte que tout soit prêt en termes de régulation et de supervision pour l'afflux d'entreprises financières qui déménageront vers l'Europe continentale, et vers l'Irlande, à la suite du Brexit » a-t-elle déclaré  lors d'une visite à Dublin.

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Commentaires
a écrit le 30/06/2018 à 14:44 :
Il faut vraiment avoir envie de venir s’installer à Paris. Entres les grèves RER, TER, les taxis peu aimables, l’administration tatillonne pour ne pas dire plus, la saleté dans les rues, les poubelles non ramassées, les rats sur les boulevards, les incivilités récurrentes, les embouteillages. Quitte à choisir Francfort, c’est pas mal et en plus on a la saucisse !
a écrit le 27/06/2018 à 6:31 :
Ca y est c'est acte. Le Brexit aura bien lieu. Ne reste que les "conditions" que Bruxelles va dicter a sa convenance. Tout le monde va y perdre, la France et les anglais, dommage.
a écrit le 26/06/2018 à 8:30 :
l image de la FRANCE ne rassure plus des grèves tout azimut devant un pouvoir fermé aux négociations.. la FRANCE est elle encore la FRANCE ?
a écrit le 25/06/2018 à 22:06 :
Il serait très surprenant que les banques relocalisent massivement en Europe continentale tout de suite alors qu'il suffit de patienter un an ou deux pour être fixé.
Parce que quand on y pense si le RU garde son passeport européen alors le moins cher reste de ne pas bouger.
a écrit le 25/06/2018 à 21:38 :
la France macronienne leur fout la trouille , c'est pourquoi Paris n'aura que des miettes .
a écrit le 25/06/2018 à 18:57 :
le Brexit n'a as encore eu lieu, patience !
Réponse de le 25/06/2018 à 21:30 :
Pourquoi quoi vous dites ça ...?
Réponse de le 26/06/2018 à 19:20 :
@Reponse de Lebegue
Il dit ça parce que le Brexit (qui veut dire sortie du royaume-uni de l'Union européenne) n'est pas encore acté. Pour l'instant le Royaume-Uni fait toujours parti de l'UE...
a écrit le 25/06/2018 à 12:57 :
L' écrivain et blogueur Eric Verhaegue résumait déjà à chaud, le 30 juin 2016, les enjeux à venir. «L’objectif de l’Union européenne aujourd’hui est de punir la Grande-Bretagne et surtout de déstabiliser sa classe dirigeante», analysait-il alors. Et d'ajouter : «Aujourd’hui il y a une guerre psychologique, un matraquage psychologique qui est très fort.»
a écrit le 25/06/2018 à 10:30 :
Pour qu'il y ai relocalisation,il eut fallu une délocalisation!
a écrit le 25/06/2018 à 9:04 :
Comme d'habitude les américains sont les premiers à réagir, à agir tout simplement d'ailleurs, et s'ils agissent cela veut dire qu'ils savent que ce brexit se fera, tandis que la finance européenne, décadente et aliénée espère comme d'habitude que le brexit ne se fera pas que son influence néfaste lui permettra d'empêcher cet arrêt de juteux bénéficies rentiers que la soumission du RU à son encontre lui prodiguait.

"Sur fond d’échec des privatisations: Renaissance des travaillistes au Royaume-Uni" https://www.monde-diplomatique.fr/2018/04/POPELARD/58554

On comprend pourquoi les sociaux démocrates adorent le néolibéralisme, on est dans la même idée de la médiocrité qui s'auto-alimente.
a écrit le 25/06/2018 à 8:28 :
Les trois points a ameliorer...C'est pas gagne.
a écrit le 25/06/2018 à 8:22 :
Il y a un an vous citiez des chiffres de l'ordre de 10 000 à 100 000.
https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/brexit-la-city-entre-plans-b-et-reves-d-ailleurs-741350.html

En fait, personne n'en sait rien.
En tout cas, in fine , et malgré les Dires du Grand Capital, tout ce qui a été annoncé jusqu'aujourd'hui est archi faux.
a écrit le 25/06/2018 à 8:19 :
pour l'instant personne ne sait ou va le brexit, et pour etre honnete il se peut qu'il n'y en n'ait pas, vu que personne ne pourra forcer les brits a signer leur sortie ( et qu'ils ne signeront rien si c'est pas dans leur interet)
wait and see
Réponse de le 25/06/2018 à 16:37 :
29 Mars 2019, ils sont dehors, no matter what.
Trade deal qui suit ou pas c'est une autre affaire
Réponse de le 26/06/2018 à 3:18 :
L' économie anglaise se portait mieux avant, ce sera pire après le Brexit, personne n'aime avouer qu'il s'est trompé c'est dommage.
personne n'avait penser aux problèmes que poser que le Brexit amènerait, c'est parce qu'il était insensé d'y croire

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